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son secret à une femme: [v.y:/ <xvk rrl tw yjva'.xl -•.■7-:vj--3.<. 'i.h-vi y-Ày.r-V' ; la seconde, d'avoir pris la mer, a'.ors qu'il pouvait voyai^er sur terre : i-iz-j.-i Z'i. -hij^y.;, o-oj ojvaTov r,v t.s.'Çvjw. ; la troisième, d'être resté un jour intestat : y.o'.y.Hszoç. Ce dernier mot, au \\ T' siècle, n'était pas compris ; on le traduisait par : oisif. — Or ces trois regrets, exprimés sous cette forme, comme ayant pour objets des faits réels, énoncés par une proposition indicative, deviennent chez Rabelais conditionnels. « Sçavoir est s'il avait /(/;;/((/.« son secret à temme révélé ; si en oisiveté avait un jour passé ; et si par mer il avait pérégriné en lieu autrement accessible par terre. » Est-ce à dire que Rabelais n'ait pas compris, ou n'ait pas su rendre le texte grec ? — Nullement. Il traduisait à la vérité très fidèlement le texte qu'il avait sous les yeux, — et qui était celui d'Erasme : « Tria per omnem vitam accidisse dixit, quarum px'uituisset : primum, si quid arcani fœmin.u credidisset ; secundum, si quopiam navigio vectus esset quo pedestri itinere pervenire licuisset ; tertium, si quisdies ipsi per negligentiani absque fructu effluxisset. »
Ainsi, nous avons ici des preuves évidentes que Rabelais ne lisait pas les ylpophtegDiesdins le texte. Il est fort problable qu'il en a usé de même avec tous les traités de Plutarque, dont il avait à sa disposition des traductions latines. Aucune curiosité spéciale de philologue ne l'intéressait à la forme originale de Plutarque : il l'étudiait, non pour son vocabulaire ou son style, mais pour ce qu'il lui apprenait de l'homme et de l'antiquité. Ces documents sur les mœurs antiques, ces observations sur l'homme, les traductions et commentaires en latin des Moralia les lui fournissaient; il se dispensait donc de recourir au texte original.
Nous avons établi que Rabelais n'étudiait point Plutarque en philologue : il reste à déterminer quelle connaissance il avait du moraliste grec et ce qui l'intéressait particulièrement dans les Moralia.
Remarquons d'abord que Gargantua dans sa iameuse épître à Pantagruel ne parle pas des Vies de Plutarque. Pourtant Rabelais les a mises à contribution :
Gargantua, 14, M. L. I, p. 56. L'anecdote de « Philippe, rov de Macédoine », devinant le génie de son fils, est extraite de la Vie d'Alcxatuire.
Garg., 25, M. L. I, p. 90. Les prouesses de natation de César sont tirées de la ]'ic Je César (guerre d'Alexandrie).
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Giii'g-, 33. Les rOves de conquêtes de l'icrochole et de ses conseillers sont inspirés de l'entretien de Pyrrhus et Cineas. Vie île Pyrrhus, 14.
PtinUigrud. 8, M. L. 1, p. 255. « Lesquelles (lettres grecques) je n'avais conlemné comme Caton. >• Le fait nous est connu par Plutarque. l'ie de Ciiloii V Ancien,
Tiers Livre, 17, m. i.. 11, p. 86. « La case de la tant célèbre Hécale » est un souvenir de Plutarque. Fie de 'l'bésc'e, 14.
Oiuir! Livre, 37, .M. L. Il, p. 408. L'anecdote d'Alexandre et du Satyre est rapportée dans la Vie d'Alexandre, 24.
Qiiiirt Livre, 49, M. L. 11, p. 441. La chute du bouclier Ancile " en Rome » 11 régnant Nunia Pompilius, roy second des Romains », est rapportée dans la Vie de XuiiHi.
Ces contribution.s des Fies à l'œuvre lic Rabelais sont, on le voit, peu nombreuses ; peut-être, n'y a-t-il pas emprunts directs; beaucoup de ces anecdotes ayant été vulgarisées dans la littérature antique et dans la littérature d'érudition du wi" siècle. Ainsi, Rabelais pouvait lire l'histoire du bouclier Ancile dans Ovide. Fastes, iv, et dans Ravisius Textor, Ojjicina, f. 153 v".
Les emprunts aux Moraidx sont incomparablement plus nombreux. Les Abophtegnies, traduits par Erasme, ont fourni une contribution très importante, particulièrement au Tiers et au Quart Livre :
PiuUagniet , 15. Dit d'Agésilas sur les mur.iilles de Lacédémone. ^^oy)/;. Agésilas, 50, 31.
Tiers Livre, Prologue. Parole de Diogéne sur le bâtou qu'il ordonne pur testament que l'on dépose prés de lui. — Apojé., ni. Dioi;., m.
Tiers Livre, 31. Mot de Diogéne sur Paillardise « occupation des gens non aultrement occupés. » Apopli. Dioghie, 107.
Tiers Livre, 35. Réponse de la « fantesque de Sparte. » LMirnnruni Apcph.,
Quart Livre, 23. Mot d'.\nacharsis à propos des « ais » d'une « naul' ». Apopli. Aniuiiarsis, 7.
Qunrt Livre, 24. Réponse d'Anacharsis sur les dangers de la navigation. Apoph. Amidiarsis, 13.
//'/(/. Autre sentence sur la navigation. Apop. Amuliarsis, id.
Quart Livre, 17. .^ntigonus et Antagoras. Apop. Antigoniis, 17.
Quart Livre, 18. Mot de P\rrhon sur le pourceau. Apop. Pyrrlmi, 18.
Quart Livre, 32. Mot de Parisatis. Apop. Parisatis.
Quart Livre, 59. Facétieuse réponse de Cicérou. Apop. Cieèroii.
Quart Livre, 52. .\nccdote de Diogéne et de l'archer maladroit. Apop. Diogéne, 195.
Quart Livre, 55. « Démosthénc dit que l'iiomme iuvant combatra derechief. » Apop. Demosttienes orator., 6.
Quart Livre, 55, M. L. Il, p. 464. « Je ne dis de piedz et de mains, comme
disait Brums en la bataille Pharsalicquc, je dis .1 voiles et à rames. » Apop. M. Bruliis. 2.
Omir/ £/;n', 60. Réponse d'Antigonus à Hermodotus. Apop. Anligonus, '^.
Oihiit Livre, 64. Réponse de Diogénc « interrogé à quelle heure doibt riionime repaistre ? » « Le Riche, quand il aura faim, le Pauvre, quand il aura de quov. » Apop. Dios^hw, 60.
Cette abondance d'apophtegmes, empruntés à l'ouvrage d'Erasme ne doit pas nous surprendre : ce recueil tut un des livres les plus lus dans le second quart du xvi'-' siècle. La Bibliothcca Erasmiana de ^'an der Hagen énumère vingt éditions des Apophlt'giimta, de 1531 à 1547, et huit éditions pour la seule période 1347-1552.
Après les Abopbtfgines, le traité de Plutarque qui avait le plus de succès auprès des contemporains de Rabelais est le recueil des Préceptes inairimoniau.x. — Nous en avons cité deux traductions en « langue vulgaire, » Tune de Jehan Lodé, l'autre anonyme, traduite d'un ouvrage italien. De la Cure fainUicre avec aucuns préceptes de mariage extraits de Plutarque, 1546.
Ces préceptes étaient donc fort répandus à cette époque. On les retrouverait dans les traités de morale familière d'Erasme ÇCollo:]iiia, De matrimoiiio cbristiano), aussi bien que dans les gloses du De legibiis connubialilms de Tiraqueau. Ils ne pouvaient rester inaperçus de quiconque s'intéressait à la question du mariage et des lemmes.
Aussi est-il naturel qu'ils se soient présentés à la mémoire de Rabelais, lorsqu'il mettait en scène Rondibilis et Hippothadée répondant à la consultation de Panurge. Il semble bien, en effet, qu'il cite alors de mémoire. Le premier passage qui a son origine dans les Préceptes iiiatriinoiiiaii.x est au chapitre xxx du Tiers Livre; c'est la comparaison de la femme de bien avec le miroir. Si doré et si riche que .soit un miroir, il est sans valeur, disait Plutarque, s'il ne représente au vif la face de celui qui s'y mire : de même, qu'importe la richesse d'une femme, si elle ne conforme ses mœurs et conditions à celles de son mari. Hippothadée développe la comparaison et y ajoute une note chrétienne en rapport avec son propre rôle : « Car comme le miroir est dict bon et parfait, non celuy qui est plus orné de dorures et pierreries, mais celuy qui véritablement représente les formes objectes,
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aussi celle feninie n'est la plus à estimer, laquelle serait riciic, belle, élégante, extraicte de noble race; mais celle qui plus s'efforce avec Dieu so\ former en houiic i^râce et conformer aux meurs de son mary. »
Au chapitre xxxii, Rabelais se souvient encore d'une comparaison de Plutarque. La femme sage, dit celui-ci, doit se faire voir auprès de son mari, et se cacher dans sa maison, lorsqu'il est absent ; au contraire de la Lune, qui se montre lorsqu'elle est éloignée de son mari le Soleil, et disparaît lorsqu'elle s'en approche. Rabelais fait de cette comparaison un argument à l'appui de sa thèse. Le naturel des femmes nous est figuré par la lune. Celle-ci se cache lorsqu'elle est en conjonction du soleil, mais en son opposition elle reluit en sa plénitude. Ainsi les femmes se dissimulent « en la \eue et présence de leurs maris. Iceux absens, elles prennent leur advantage, se donnent du bon temps, vaguent, trottent, déposent leur hj'pocrisie et se déclarent. » Rabelais ne retient de Plutarque que la comparaison ; il donne comme une loi, constatée par l'expérience, comme un fait, ce qui était présenté dans les Préceptes comme un défaut à éviter.
Le traité de Plutorque siu' V Usure avait été traduit en latin, en 1513, par lîilibald. Nous trouvons cette traduction annexée à une traduction latine du Vilaruui auclio de Lucien par Nicolas Béraud '. Rabelais connaît bien ce traité de Plutarque. Il en a retenu l'idée générale, exprimée dans une loi de Platon, qui pourrait .servir d'épigraphe à toute la dissertation.
Rabelais l'oppose au paradoxe de Panurge sur l'éminentc dignité de l'emprunt et des debteurs, comme la conclusion qu'il convient de donner à tous ces propos, étalage de brillante rhétorique, « graphides, et diatyposes ». C'est Pantagruel qu'il a chargé de formuler cette règle de bon sens : on ne laisse puiser de l'eau chez soi au voisin que s'il a bêché et creusé chez lui « jusques à trouver celle espèce de terre qu'on nonmie céramite », qui retient l'eau ; — de même « lors seulement devrait-on (selon mon jugement) prester, quand la personne travaillant n'a peu par son labeur faire gain ou quand elle est soudainement tombée
I. Luciiiiii Diiikwiis, ciii liliihis rHaniin n-ii jjhihsophonim lUictic, iiiiiic priiiiiiiii Ititiiins peins Xicolao Beitildo iiileifiele. — Pliiliiirhi Hhelhis De ]'itii>ul,i iiiiiia c giaxo versus, iiileipiete liilihilih \iiieiiilergeusi. S. 1. n. d.
en la perte inopinée de ses biens ". » Et Pantagruel rapporte encore et approuve la sentence des Perses citée par Plutarque : « le second vice estre mentir, le premier estre devoir. Car dehtcs et mensonges sont ordinairement ensemble ralliés. »
Il avait rencontré dans cet opuscule sur l'Usure, cette plaisante remarque : les usuriers peuvent se moquer des philosophes qui tiennent que rien ne se peut faire de rien et de ce qui n'est pas ; car, chez eux, usure se fait et s'engendre de ce qui n'est pas et qui ne fut jamais. — Panurge, louant les debteurs et emprunteurs, se souvient de cette étrange réfutation des thèses des philosophes '. « En cette seule qualité, je me réputais auguste, révérend, redoutable que sus l'opinion de tous philosophes (qui disent rien de rien n'estre fait), rien ne tenent, ne matière première, estoys facteur et créateur. » Ainsi démarquée, il faut reconnaître, d'ailleurs, que la facétie est monis piquante. La comparaison des usuriers avec une cause première inconcevable, créant quelque chose de rien, présentait des éléments adéquats : le néant d'une part et, d'autre part, ce néant qu'est rintérèt non payé, qui engendre pourtant d'autres intérêts à payer. Mais Panurge, « facteur » de dettes, qui ne représenteront jamais rien pour les créanciers, ne crée rien !
La Consolation à Apollonius racontait l'apologue du Deuil, qui arrivé trup tard au partage des honneurs par Jupiter, s'était vu attribuer les larmes et les douleurs accordées aux morts ; de telle sorte qu'il s'attache à ceux qui l'honorent par de telles offrandes, tandis qu'il s'éloigne de ceux qui négligent son culte. Rabelais (m, 33) transpose l'apologue en substituant au Deuil, Messer Coqiiage. Sa fête a été fixée au jour de la fête de Jalousie; et quiconque lui offre les sacrifices chers à Jalousie, espionnages, soupçons, etc., est sur de l'avoir propice.
Dans le traité Coinm.'nt on pourra apercevoir si l'on profile en l'exercice de la vertu, Rabelais rencontrait cette comparaison que fait Antiphanes, « en se jouant », entre les propos de Platon, dont l'efficacité ne se révèle que peu à peu et les paroles qui gelaient.