Tiers Livre, 5. M. L. il, p
240 l'humanisme
dans certaine \ illu et, foiuiant en été, révélaient aux habitants ce qu'ils avaient dit l'hiver. On sait ce qu'est devenue cette fantaisie dans le Quart Livre : elle a donné naissance à tout l'épisode des « paroles gelées », chap. lvi. Rabelais pouvait lire cet apologue dans Cl^vlius Calcagninus qui l'avait traduite en latin sous le titre : Foccs Jri^i^orc couircliv. (Fabula, i.xxxix). Mais il est plus probable que sa source immédiate est ici Flutarque lui-même. En effet, à la lin du chapitre (m. I.. Il, p. 465) il nomme Antiphaucs le philosophe cité par Plutarque et dont C;elius Calcagninus avait travesti le nom en Antiphoii.
Le De placilis pbilosopljoruni lui a fourni quelques détails curieux sur les opinions et doctrines des philosophes anciens.
l',intiii;ruel, 2, M. L. I, p. 227. « Le Philosophe raconte... que au teiupsquc I'h;ehus bailla le gouvernement de sou chariot lucificquc à P)iaéton, Jeiiict Phaéton... tant approcha de terre, qu'il niist à sec toutes les contrées subjacentcs. » C'est l'opinion d'iînipedocle, rapportée dans le De plue, phil., m, 16. » 'K|j.-:coy.)>ï,ç \-\'/ OiXiTiiv ït.t'.v î'vi'.J lôpwTi tt,; y?,; ÈïXj'.o;j.îVf,;,
Ibiil. (I Bruslant une grande partie du ciel que les philosophes appellent via lactea. » Plutarque, De phic. Jéil., m, i, attribue cette idée aux Pythagoriciens.
Tieii Livre, 5, m. l. ii, p. 27. i< Prenez... le trcntiesme de ceulx que imaginait le philosophe Metrodorus. » Cette cosmographie de Métrodore est exposie dans le De phic. phil., i, 5.
Tiers Livre, 29, M. L. 11, p. 1^4. « Encore suvs-je d'advis que nous entrons en la tétrade Pythagoricque. » Plutarque, Dephic. phil., 1, explique comment le nombre 4 était particulièrement cher à Pythagore.
Le traité : Ki xïK); ^"or.Tj; to AiOs ■i;io7a; raconte l'anecdote de Philoxenus et Gnatho, qui « crachaient au bassin » alin- d'être seuls à se rassasier de ce qui était servi. Quart Livre, A. Prologue. M. L. m, p. 190.
Qihvt Livre, 49, .\i. i.. 11, p. 441. « Ht par certain laps de temps après feiit veue Ei aussi divinement escripte et transmise des cieulx. » .Souvenir du traité de Plutarque : \hy. toD zl xoO Iv AÉA-io;;.
Tiers Livre, 20. « Cestu}' esternuement (selon la doctrine de Terpsion) est le d;cnion Socratique. » Plutarque rapporte cette opinion dans le De Socnilis Génie... MEyjpixoO tivo; ï.xouti (T;,'/|;<.)V); 5è ixeivo?) oTt -0 IwxpiT'j-j; ôa'.a'Jv.ov
-ÎITatpflôç T,V.
Oih\rt Livre, 47, .m. l. Il, p. 4^4. ir Lors .se descouvrit jusques au menton en la forme que jadis les femmes Persides se présentèrent à leurs enfans fuyans de la bataille... » Le fait est raconté dans Plutarque. De Virlulibiis Miitienim. Persides.
Au traité de la Cmiosilc, -ly. t:o"Ajzpï-;-|j.f/î'J'/r,;, il a fait trois emprunts : Tiers Livre, 51, M. L. II, p. 152, Democritus s'avcuglant pour se livrer plus à sou aise à ses contemplations intérieures; Quart Livre, 66, M. L. 11, p. 503, la Ponerople de Philippe en Thrace; et, Tiers Livre, 2 5,1a comparaison du Curieux avec la fée Lamia, qui est aveugle chez elle, avant déposé ses yeux « exemptiles », mais qui les remet au dehors pour découvrir les fautes d'autrui. — Panurge applique la comparaison à Herr Trippa, m. l ii, p. 124. « C'est une aultre Lamie, etc. »
La fameuse comparaison du moine avec le singe (Giirt^iiiilini, 40, M. L. I, p. 148) « mais si entendez pourquov un singe en une famille est toujours moqué et herselé... >> procède d'une réminiscence du traité : Comment on peut discerner l'ami du flatteur. Plutarque y compare le flatteur au singe qui ne garde pas la maison comme le chien, qui ne porte pas les fardeaux comme le cheval, ne laboure pas comme le bœuf. Rabelais a repris ce développement, p. 149. « Le singe ne garde point la maison, comme un chien, etc. »
Ain.si Rabelais a retenu de ces traités de morale non seulement des sentences, des anecdotes, des idées, mais encore des éléments purement artistiques : comparaisons et images.
Il s'est complu dans cette lecture de Plutarque, non seulement pour ce qu'elle lui révélait de faits concrets et d'idées générales sur la nature humaine et sur l'antiquité, mais aussi pour la variété des images et la fantaisie imprévue des fictions qu'elle lui offrait. — Sa propre imagination se chargeait de développer et d'achever ce que Plutarque n'avait fait qu'esquisser.
Ce n'est pas tout : la curiosité avide de singularités morales ou naturelles, que nous avons signalée comme un des caractères de l'esprit de Rabelais, trouvait son compte dans la lecture de Plutarque. — Il ne faut pas oublier que celui-ci se distingue parmi les moralistes anciens par une singulière et universelle curiosité. « L'érudition curieuse, infinie, jamais lasse, le goût des problèmes, la poursuite des faits historiques ou des phénomènes naturels et le besoin de les expliquer ', » se retrouvent dans tous les traités de morale dont nous avons parlé. - — Cette même curiosité lui a inspiré d'autres ouvrages, qui sont rangés sous le titre d'Hft'.xà ou Moralia, bien improprement, car ils n'ont pas grand rapport avec la morale. Ce sont, par exemple, les Qiiestims romaiuei, les Oiicslions grcajucs, les Questions platonicieiitics, les Vertus
I. ^L Croiset. Hist. Jeta littérature greeque, tome V, p. 502.
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RoiiKiiiics, !i..s Propos de lahle, simples recueils de notes ou brèves dissertations sur des cas sint^uliers de physique ou de philosophie, sur des usages populaires ou des superstitions. — Ce sont encore les traites consacrés à des recherches sur des questions de théologie : his ci Osiris, les Oracles de lu Pythie, Pourquoi les oracles ont cesse. — Tous ces ouvrages figurent dans l'édition princeps de Plutarque : mais il est à remarquer qu'on ne les rencontre pas dans les Traductions en latin des Moralia. Ils manquent dans l'édition de Josse Bade (i 521) ; dans celle de Cratander (1530), dans celle d'isengrin (1541), dans celle de \'ascosan (1544). Il en existe quelques traductions partielles en latin et de très rares traductions en français'. Du vivant de Rabelais, ces traités ou recueils de curiosités scientifiques et religieuses n'ont pas la même faveur que les dissertations morales. — Rabelais, lui, les a pratiqués aussi assidûment que les œuvres morales proprement dites.
Les Coiivivalia ou Syniposiaca lui sont familiers. Il les cite au Prologue du Tiers Livre, « si à Plutarche foy avez in Symposiacis », et leur fait de nombreux emprunts. Cet ouvrage se recommandait à lui par son titre même ; ne nous présente-t-il pas son roman comme écrit à table «pendant la réfection »? Les questions singulières que discutent les convives de Gargantua leur rappellent à eux-mêmes les problèmes examinés par Plutarque -. Les Syinposiûca ont pu servir de modèle à Rabelais : ils étudient les problèmes qui ont amusé sa curiosité. — Cur senes magis delectentur mero ? Cur voraciores simus sub finem autumni ? Cur autumnalibus somniis minimum fidei adhibeamus ? — Il s'est souvenu de ces deux dernières questions au Tiers Livre, 13, m. l. 11., p. 70 et de la première au chap. xwiii, .M. L. II, p. 137. — Il a retenu encore des Syniposiaca :
des anecdotes. Tien Lin,', Prologue, m. l. ii, p. 10. Sur « Aeschylus. »
Symp., 7 ; des observations médicales. Tiers Livre, 31, M. L. 11, p. 150. Sur les effets du
vin pris inteinpcramnient. Symp., m, 5 ;
1. Etienne Pasquier donna une traduction française du traite' : Ouelles tries ont le plus de raison, celtes de ta terre ou celles des edii.x. (Le même volume contient une traduction française du De Vitaïuta iisiini par .Ant. du Moulin). S. Gryphe, 1546.
2. Gar<r., 39, .\i. L. I. p. i.]6. « Ce problème n'est ny en .\ristoteles... ny en Plutarque. »
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des singularités. Tiers Livre, 3, M. L. 11, p. 26. Xenocrate déterminant le nombre des syllabes formées par l'accouplement des lettres. Syiiip., xui, 9.
Oihirl Livre, 52, M. L. Il, p. 489. Sur l'Echineis. Syiiip., 11, 7.
Sur les Alibantes, Pantagruel, 2, M. L. I, p. 227. Voir les Symp. xiil. 10.
Tiers Livre, 13, M. L. Il, p. 66 la comparaison de l'àme pendant le sommeil avec les nourrices qui s'ébattent lorsque l'enfant dort, est dans les Sviiip., v, Proivmiuni.
Aux Questions Roiimiiics et aux Oiicslions Gmipics il a fait également quelques emprunts :
Tiers Livre, 1, M. L. Il, p. 18. La « considération » de Numa Pompilius, homme « juste, politic et philosophe », est traduite des Oiixst. Rom., 15, où Numa est qualifié de iW,p ôixi'.o; za: -oXit'.xci; wv, xai siXoioso; yf/iii.tvo^.
Tiers Livre, 38, u. L. Il, p. 184. « Jadis en Rome les Quirinales on nommait la fête des fols. » Qiixst . Rovi . Aii ti tî KupLviX'.a jiwpwv ÉopT/,v ôvojii^ousiv.
Tiers Livre, 18, M. L. 11, p. 92. « L'antique Palintocie des Mégariens. » Ouœst. Grscc, 18.
Tiers Livre, 20, -M. L. 11, p. loi. La signification du nombre quinaire et des cinq flambeaux allumés à Rome au jour des noces est donnée Oiixst. Rom., II.
Quart Livre, 22. Mixarchagetas, surnom de Castor chez les Argiens, est donné dans les Ona-st. Cnvc. -zUo .M;;ap/ay;Ti; £■/ '-\y;t:.
Le Tiers et le Quart Livres témoignent d'une lecture récente de deux traités d'histoire religieuse : le De Iside et Osiride et le De defeetn oractdoniiii.
Tiers Livre, i. Le tableau des bienfaits du roi pacifique, la mention du surnom d'Osiris donné par « le commandement de Jupiter faict à une Pamvle », M. L. Il, p. 17, viennent du De IsiJe et Osiriile, 355, qui cite également (361, c) l'opinion d'Hésiode « en sa Hiérarchie » " bien toujours faire, jamais mal, être acte uniquement royal », et l'exemple d'Hercule allégué par Rabelais.
Tiers Livre, 48, .M. L. 11, p. 224. » Isis » pleurant la perte d' « Osvris » figure dans la liste des deuils fameux.
Tiers Livre, 51, M. L. Il, p. 237. « D'elle sont les Isiaques ornés » est peutêtre une réminiscence du même traité. — o'jt "iTsaxoiî a: X'.wj-zoX-.i: [~o:où-:v].
Quart Livre, 57, M. L. 11, p. 470. « Comme en Candie le simulachre dejuppiter estoit sans aureilles. » Plutarque, Isis et Osiris. Oîov h Kpr.xT, AidjT.v ïyi\ixx [XT, r/ov w-a.
Quart Livre, 60, M. L. Il, p. 485. La réponse d'Antigonus à Hermodotus se trouve dans les Apopbleviiics d'Erasme, Antigoiuis, 7 ; mais la flatterie n'est pas formulée dans les mêmes ternies que chez Rabelais : « Hermodotus Antigonum in carminé scripserat /o-i'/i ^"//h;;/ ». Si Rabelais écrit m lequel en ses poésies l'appelloit Dieu et filz du Soleil », c'est qu'il a lu récemment dans Isis et Osiris, 24 : 'OÔïv '.-VvTiYOv-j;... 'EpuoôoTOJTivà; Èv i:o'.t,!1i-:v iCiToi T,),io'j-aî;a zi; Oî&v àvayoptij ovTOî, (j"j Toiaj-i uo:. sIttev, ô /.a-avorpôpo; -ôv.loev.
Il cite à deux reprises, au Quart Livre, le De defeetn oraeulornni :
27, M. L. II., p. 367. « Voyez Plutarche on livre de la cessation des oracles » et 58, m. l. il, p. 473. Il lui doit : Tiers Livre, 13, M. L. II, p. 67 la mention de Cléon de Daulie et de Thrasymèdc qui jamais ne songèrent De Defect. Orac. 430. B. ; au Quart Livre, presque toute la matière du cliap. 26, sur le « manoir et la discession des iiéros », tout ce qu'il dit sur l'âge des Hamadryades (27 fin) ])i- Deferl. Orac. 415. D., le récit de la mort de Pan (28) De Dcfecl. Orac. 419. B., la cosmographie imaginée par le philosophe Fetron (55, p. 464) De Defect. Orac. 429. E., la mention des Eurycliens (58, p. 473) De Defect. Orac. 414 D., et le mot du Cyclope Polyphème « sacrifiant à son ventre »
En somme, un épisode tout entier (séjour dans l'Ile des Macréons, dissertation sur le rôle des héros et démons, mort de Pan) a été emprunté à ce traité. L'anecdote qui est au centre de cet épisode — la mort de Pan — nous indique ce qui avait intére.ssé Rabelais dans cet ouvrage de Plutarque : il y trouvait des questions et des récits de caractère étrange et mystérieux, bien propres à prendre place dans la narration du voyage lointain de Pantagruel. La mort de Pan était d'ailleurs un épisode connu même de ceux qui ne lisaient point Plutarque. Eusèbe l'avait rapportée au livre \' de sa Prwparatio Evaugcliia, où il citait en même temps le passage du Dedefectn oraciilorinii, sur les Sporades de l'Océan ' « manoir des héros », la comparaison des âmes des héros mourants avec les flambeaux prêts à s'éteindre -, le sommeil de Saturne dans une des les « Ogygies » >.
Petrus Crinitus, dans son De i.viiesla disciplina, xiv, 3, l'avait résumée en citant l'opinion d'itusèhe sur la mort de Pan, un des démons chassés de la terre à la venue du Christ.
Enfin, en 1549, à l'époque même où Rabelais rédigeait le Quart Livre, Guillaume Bigot', un ami de Boyssonné, qui avait été à Turin un familier du seigneur de Langey, donnait une traduction latine de ce fragment de Plutarque, dans son