Qui nunquam somuiarint
Chacun de ces chapitres est un court exposé des doctrines anciennes, sur la divination soniniale, appu3'é d'autorités et d'exemples. Nous }• trouvons la plupart des noms qui figurent chez Rabelais aux chapitres xiii et xiv du Tiers Livre : lamblique, Porphyre, Synesius, Galien, Cléon de Daulie, Thrasyméde, — ainsi que les idées discutées par Pantagruel et Panurge.
Sahellims.
L'ouvrage de Sabellicus : Marci Anton. Coccii Sabelliei E.xemplomm libri Decem est un des premiers recueils de Lectiones Antiqu;t; compilés au xvi= siècle. (Venise, 1507. Jean Barthélémy d'Asti). (Paris, 150S. Poucet le Preux). Chacun de ses dix livres est divisé en chapitres, subdivisés eux-mêmes en deux parties : les exemples judaïques et chrétiens, et les exemples païens. On jugera par les titres de quelques chapitres de l'intérêt qu'il offrait pour Rabelais : De insigni ortti , De insigni infantia, De insigni ptieritia. De sagittandi peritia. Ce sont des collections de singularités. Le dernier chapitre cité rapporte les traits d'adresse de Domitien et de Commode que raconte Rabelais à l'occasion de l'adresse déployée par Pantagruel pour tuer le Physetère, Quart Livre, 34. Il convient d'ajouter que la plupart des cas cités par Sabellicus se trouvent dans \'alére Maxime, Fulgose et Ravisius Textor.
Salliisle.
Garginitim, 20, M. L. i, p. 76. <( Car omnia orta cadunt, etc. » Réminiscence de Salluste. De Belle Jiig-, 11, 3: « Postremo corporis et fortunx bonoruni, m initiiim, sic finis est ; omniaque orta occidutit et aucta senescunt. »
Quart Livre, 52. « Pareillement en Saluste, l'avde (dict M. Portius Cato) des Dieux n'est impetré par veiiz ocieux, par lamentations muliebres. En veiglant, travaillant, sov évertuant, toutes choses succèdent à soubliavt et bon port. Si en nécessité et dangier est l'homme négligent, eviré et paresseux, sans propous il implore les dieux. » Sali. Catiliiia : u Non votis, neque suppliciis muliebribus auxilia deorum parantur : vigilando, agendo, benc consulendo, prospère omnia cedunt. Ubi socordia; tête, atque ignaviœ tradideris, nequicquam deos implores ; irati infestique sunt. »
Jules Ccsar Scaliger.
Le .xiii'^ chapitre du Tiers Livre — exposé de la divination somniale — offre de nombreux rapports avec le commentaire que J. C. Scaliger donna en 1539 du traité d'Hippocrate : De sotniiiis. L'ordre des idées est de Rabelais, mais presque toute la matière de ses développements se trouve dans la préface et le commentaire du premier aphorisme d'Hippocrate par Scaliger. \'oici, exactement, tous les éléments communs aux deux textes de Rabelais et de Scaliger :
La théorie générale des songes, d'après Aristote, exposée au début du chap. de Rabelais, m. l. ii, p. 66, 6-j ; la mention des gens qui jamais ne songèrent : Atlantides (cités par Hérodote), Cléon de Daulie, Thrasymède d'Héron ; l'opinion de Plôtin, Proclus, Jamblique sur ce genre de divination; les recettes pour se procurer des songes divinatoires : par l'Eumétride, la corne d'Hammon, l'épaule gauche du caméléon, vantée par Démocrite; les onirocrites ; l'opinion de Platon sur l'origine divine des songes ; celle de Xénophon ; celle de Hérophile. — En somme, presque tous les éléments du chapitre de Rabelais : théories, opinions, autorités, curiosités étaient dans ce commentaire de Scaliger, sur un traité d'Hippocrate dont Rabelais cite le titre : llîv. hrjTTÀwj, au début même de ce chapitre xiir du 77£7'.f Livre.
St'iuhjiie.
Rabelais a peu emprunté à Senèque. Il le cite inexactement au chap. 11 du Pantagruel, à propos de la pluie des Antipodes : « Comme Senèque narre au Quart Livre Questionum Naturalium, parlant de l'origine et source du Nil. » Senèque n'y traite nullement de la pluie des Antipodes.
Tiers Livre, 9, m. l. ii, p. 50. « Car la sentence de Senecque est véritable hors toute exception. Ce qu'a aultruy tu auras taict, soys certain qu'aultruy te fera. »'La sentence est de Publius Syrus, mais elle est rapportée par Senèque. Epist. XCI\' . « Ab alio exspectes, alteri quod feceris. »
Tiers Livre, 12, m. i,. 11, p. 63. « Senecque l'a de moi prédit et Lactance confirmé. » Lactance, De jaha religione, xvi, 10, énumère tous les vices de Jupiter et donne une référence à un livre perdu de Senèque, Philosophia iiioralis. Or, c'est précisément à la suite de l'invective de Panurge contre Jupiter que se place cette allusion à une prédiction de Senèque. Lactance est donc probablement la source de ce développement. — Nous transcrivons le passage de Senèque qui renferme précisément la sentence citée cliap. IX du Tiers Livre : Ce qu'a aultruy, etc. « Non illepide Seneca in libris moralis Philosophiiv : « Quid ergo est, inquit, quare apud poetas salacissimus Jupiter desierit liberos tollere ? Utrum sexagenarius factus est ?... an tandem illi venit in mentem : Ab alio exspectes, alteri quod feceris, et timet ne quis sibi faciat, quod ipse Saturno ?» — (Cette citation de Senèque se trouve également dans une glose de Josse Bade sur Aulu-Gelle n. a, xiii, 23, à propos des Manubies, dont il est précisément parlé au début de ce XII' chap. du Tiers Livre.)
Quart Livre. 26. La référence au De Cleiiwiilia, lib. V est transcrite de l'adage d'Erasme : Aie mortiw, cœhiDi iiiisceatur terra.
Quart Livre, 4. Le dit notable de Furnius à Octavian Auguste est emprunté au Deheneficiis, 11, 25, et la sentence des stoïciens sur les bienfaits citée àlasuite, m. l. ii, p. 282 est au chap. xxxv du même livre du De beneficiis.
252 l'humanisme
Stace.
Validais cite Stacc deux fois : Quart Livre, 2, m. i.. ii, p. 254 « la jeunesse [d'Acliiile] descripte par Stace Papinie » est une réminiscence des vers 108-118 du chant I de YAcbillcide.
Quart Livre, 21, M. L. 11, p. 547. Parmi les cénotaphes énumérés par Panurge, figure celui de Stace à son père.
Stace. Sylves, v. 3, a composé un Epicedion in ptitreiii suniu. Mais il est probable que Rabelais emprunte la mention de Stace à quelque ouvrage d'érudition.
Stobée.
Kîoa,- 'AaaA^aîa,-. UîANNOV TOV STOBAIOY KKAOr.M AIIO'I) WKPMATUN. Joaiinis Stohei Senteutiœ ex thcsaiiris graxorum delectœ, qiiaruni aiitcres circiter ducentos et qiiinquagiuta citât et in sennones sive locos comnunies digestœ, uiiiic priiniiiii a Conrado Gessnero Doclore Medico, Tigiirino, in Latinnni sernioneni traductœ, sic ut latina graris e regione rcspoiideant.
Tiguri. Christophe Froschoverus 1543.
Bien que Rabelais ne mentionne nulle part cet ouvrage, on conçoit à la seule lecture du titre de quelle utilité pouvait être pour lui un tel recueil. Il y trouvait, groupés par chapitres, tous les passages des livres anciens sur les lieux communs les plus variés : De prudentia, de imprudentia, de incontinentia, etc.
Il pouvait, au moment où il rédigeait la consultation sur le mariage, savoir tout ce qu'en avaient écrit les poètes et prosateurs latins et grecs. Il lui suffisait de se reporter aux titres suivants :
Lxv. Laus Nuptiarum.
Lxvii. QjioJ pro divcrsis conjugum moribus nunc prosint, nunc obsint nupti.-c.
LXXi. Vituperatio mulieruni et amplius de nuptiis.
Ce dernier chapitre lui fournissait toutes les déclamations d'Huripide sur ce sujet et notamment la satire de la « maie femme » contre laquelle « remède jusques à présent n'a esté trouvé. » Quart Livre, 65, m. i.. 11, p. 500.
Une table 'des niaticres, copieuse et commode, lui permettait de retrouver rapidement un texte ancien pour illustrer un lieu commun. Ex. : Vinum spéculum mentis.
\'inum imperat lingux'.
Vinum levissimum reddit animum, etc.
Il est fort probable que plusieurs des sentences qui nous sont données aux Tiers et Quart Livres avec la référence à leurs auteurs ont été tirées de cette Anthologie, qui allait avoir une vo£?ue considérable dans la seconde moitié du .\.\ T siècle.
Si rahoii .
GLiiijaiiliia, 17, M. L. I, p. 66.
« Paris laquelle auparavant on appellait Lcucéce, comme dit Strabo, lib. IIII. » Strabon l'appelle .Vouxotoxi'ï ; c'est Julien dans le Misopogoii qui l'appelle .\£'j-<ît;i, de Xfjii.r,^ blanc.
Gtirgatiliiii, 45, p. 167. « C'est comme l'eau du Nile en Egypte, si vous crovez Strabo. «
Strabon, xv (p. 695). Kai t6v Nsïaov '0 îÎvî'. yrj'/:ii.(j'/ ijlïVaov ÉTÉpMV vtal ij.îYXÀ(j'^jf. \'î-r/l-j.,. Ti; TE yjva;7.a; È'sQ' ote -/ai TE'&jO'jjj.a t'Ixtï'.v *i; A'.yjûxia.;.
Tiers Livn-, 34, II, p. 165. Les femmes de l'isle Mandes en Egvpte blasonées par Hérodote et Slrabo.
Strabon, XVII. ù; 5s nivôipo; ïr,5'., o\ 101^01 iv Taûdi yyia:\i |iL'-'V'JV-'i'..
Omirt Livre, 17, M. L. Il, p. 352. Le témoignage de « Strabo, lib. VII » est allégué à propos de la réponse des Celtes à Alexandre le Grand. Mais c'est de sa propre autorité que Rabelais place ces Celtes, auprès du Rhin, pour en faire les ancêtres des « nobles, vaillans, chevaleureux, bellicqueux et triomphans François. » Strabon dit : K£)>to-j; toù; -spi zm 'A'îpîav.
Oimrt Livre, 20, M. L. 11, p. 342. Strabo est cité dans une liste de six auteurs qui ont p.ulé des Cabires ; Rabelais transcrit sans doute cette énumération de quelque ouvr.ige d'érudition.
Dans le chap. 38 du PiDilcigruel, .M. l. i, p. 381 <i le punavs lac de Sorbone, duquel escript Strabo » est un jeu de mot sur la V.irir, Sspliwvi; (l.ic d'Egpte. Strabon. l) que Rabelais emprunte à Budé. Cf. Biulxi Lihiihr.ilioiies, p. 364, D. (Cf. Delaruelle, op. cit., p. 28'.
Siietoue.
Rabelais lit Suétone au moment ou il rédige les Tiers et Oiuirt Livres.
Tiers Livre, 2. « Néron le maintenait et sur tous humains admirait C. C;tligula son oncle, lequel en peu de jours avait, par invention mirilicque, des-
pendu du tout l'avoir et patrimoine que Tibcrius lui avait laissé, n D'après Suétone, Xi'ivti, 30 : « Laudabat niirabaturque avuuculum Gaium nullo niagis noniine, quani quod ingentes a Tiberio relictas opes in brevi spatio prodegisset. » Rabelais, on le voit, ne suit pas le texte latin ; il cite probablement de mémoire.
Tiers Livre, 11. « Ne m'alléguez le fortuné jet de taies que fit Tibère dedans la fontaine de Apone à l'oracle de Gérion. » D'après Suétone, Tibire, 14.
Quart Livre, 17, .M. L. Il, p. 355. « Plus de celuy honteux... lequel... mourut en la présence de Claudius, empereur Romain. » Là encore, Rabelais cite de mémoire et ine.xactenient, car Suétone, Clciiule, 52, dit que ce personnage fut en péril (periclitatum), non qu'il mourut.
Qiuirl Livre, ai, M. L. 11, p. 3.(7. « Les Romains à Drusus en Germanie. » D'après Suétone, CUiiide, i.
Qiuirt Livre, 49, M. L. II, p. 440. « liiies et précieuses pierres... plus ou autant pour le moins excellentes que celles que Octavian consacra à Jupiter Capitolin. » Réminiscence de Suétone qui dans la Vie d'Auguste, 50, nous donne la valeur de ces perles : « Gemmasque ac margaritas quingenties H. S. una donatioue contulcrit. »
Quart Livre, 50, M. L. Il, p. 445. « Pareillement Néron louait les champignons et en proverbe grec les appellait viande des Dieux... » Suétone, Xe'rcu, 33 : « L"t qui boletos. in quo cibi génère venenum is acceperat, quasi deorum cibum posthac proverbio gntco collaudare sit solitus. »
Quart Livre, 57, M. L. ii, p. 400. Deux cas de « pronostication » par les noms sont dans Suétone : celui d'Octavian Auguste, Fie d'Auguste, 96, et celui de Vespasien, Vie de Vespasieii, 3.
Quart Livre, 26, .\i. L. Il, p. 363. « Lequel mot Néron le truant changea disant mo\- vivant, comme atteste Suétone. » Ce mot et les références alléguées ici se trouvent dans Erasme. Adage : Me uwrtiio, terra misceatur inccndio. Seules les autorités de Dion Nic.-eus et de Suidas attribuant cette parole à Tibère ne sont pas dans Erasme.
Tacite.
Tiers Livre, 24, .M. L. Il, p. 120. « D'advantaige je me recorde que .\gripine mit sus à Lollie la belle. »
D'après les Annales, xii, 22.
Tiers Livre, 48, m. l. il, p. 224. « Ne crove/. que plus énorme leust la désolation du peuple romain et ses confédéré/ entendans le décès de Germanicus Drusus. »
Annales, 11, 72.
Téreiice.
Gargantua, 21, ,M. L. I, p. 79. « Puis estudioit quelque meschante demye heure les yeux assis dessus son livre, mais (comme dict le comicque) son âme
l'humanisme 2)5
cstoit en la cuvsine. » Tcrence. Eiiiiikjkc, iv, 8. « J.ini duduni aninius est in patinis. »
Cité par Erasme, Adage. Aiiiiiiiis csl in avii<:.
'l'icrs Livre, 31. «Venus se niorlbnd sans la compaignie de Cérés et Bacclius. » Eiiiuiqiie, IV, 6. « Sine Cerere et Libcro friget \'enus. »
Expliqué par Erasme à l'Adage de ce titre.
Théophraste.
Rabelais le cite six fois, à propos d'histoire naturelle. Son Hislorin plnutnruiii était le traité de botanique ancien le plus lu, après Pline. Il était généralement publié à la suite des œuvres d'Aristote. Il figure, par exemple, dans l'édition Aldine de 1504 d'Aristote, traduite par Th. Gaza.
Tilc-Livc.
Pantagnid, 10. « La plus grande partie surmonte toujours la meilleure, ainsi que dit Tite-Live parlant des Carthaginiens. » T. L. xxi, 4.
Tien Livre, 45. « Ainsi escrit T. Live que es Bacchanales de Rome, les hommes et femmes semblaient vaticiner à cause de certain branlement et jectigation du corps par eux contrefaicte. » Ivabelais cite ici Tite-Live d'après un commentaire de Budé (Cf. supra Biuh').
Quart Livre, 22 M. L. 11, p. 555. L'exhortation de C. Flaniinius à ses soldats est rapportée dans Tite-Live, xxii, 5.
Quart Livie, 49, M. L. 11, p. 441. « Le siniulachre de C\ bêle... » Tite-Live en parle, xxix, 10, 11.
Ouiirt Livre, 65, .M. L. 11, p. 494. L'anecdote de Tarquin coupant les tètes de pavots est dans Tite-Live, l, 54. Remarquons dans le texte de Rabelais les mots : jardin secret, qui traduisent : hortum a;dium, c'est-à-dire jardin privé. Rabelais emploie la même expression. Prologue du Ohii;/ L/ïvc, m. l. m, p. 185, dans l'anecdote de Timon : « Hors mon jardin secret... »
VaK'iT Maxititc.
Le Recueil de dits et faits mémorables de \'alére Maxime est un des ouvtages de l'antiquité latine qui furent le pUis goûtés au moyen-:îgc et au xv^ siècle. Jean de Meung l'exploite ; Villon le cite ; Antoine de la Salle en traduit des fragments dans sa Salade ;
2)6 l'humanisme
les sermonnaires lui empruntent des exemples qu'ils tournent en moralités. \ln 1485, Simon de Hesdin et Nicolas de Gonesse en donnL-nt une traduction. Au wr siècle, sa voj^ue ne fait que s'accroitre. fosse Bade en donne une édition en 15 17, une autre en 1535.
Rabelais ne le cite qu'une fois {Gû>\ç. 10) mais il l'a certainement pratiqué et quelques-unes des singularités qu'il allègue, lui sont connues par \'alère .Maxime.
GtXigaiiliki, 10 et Quart Livre, 7. Parmi les morts singulières énumérées par Rabelais, cinq sont citées par V'alére Maxime, IX, 12. De iiiorlibus non viilgaribus. Ce sont celles de Sophocle, Juventius 'l'alva, l'hilenion, Eschyle et Anacréon.
Tiers Livre, 27. L'anecdote de « Caton le Censorin, lequel voyant par sa présence les festes Floralies en désordre, dési.sta être spectateur, » est racontée dans Valére Maxime, 11, 10.
Tiers Livre, 44. La controverse débattue devant Dolabella est racontée par Valére Maxime, vni, 4, qui donne à Dolabella le prénom de Publius. Aulu- Gelle, XII, 7, la rapporte également en donnant à Dolabella le prénom de Cneius, qui est celui qu'il porte dans le texte de Rabelais.- C'est donc Aulu- Gelle qui est la source de ce passage.
Quart Livre, 37. « Comment par la signification d'un nom Pompée ^e désespère. » Valére Maxime, l, 5.
//'/</. L'anecdote de Paul Emile et de Persa est traduite de Valére Maxime, I, 5, et littéralement. Seul le nom de la petite fille Tertia est altéré en Tratia. Les éditions que nous avons consultées (Josse Bade, 15 17, i))5) donnent Tertia.
Quart Livre, 57, M. L. 11, p. 472. k Comme feut veu entre les Saguiittns. » Valére Maxime, vi, 6, décrit les effets de cette famine.
Il y a dans le roman de Rabelais : i" un assez grand nombre de réminiscences des épisodes les plus fameux des poèmes de Virgile :
Pantagruel, 24, M. L. I, p. 334. Le « département de Enea:'. d'avecques Dido » est un souvenir du iv<= chant de VHnèide.
Paiit., 26, M. L. I, p. 335, 336. « Sinon » et « Camille Ani;uone » sont des rémiui.scences des chants il et xi de ÏEncide.
'l'iers Livre, Prologue, m. 1.. 11, p. 15 et chap. 17, réminiscence du rameau d'or, « tant célébré par Virgile ». Eu. vi.
Tiers Livre, 17. Les feuilles du sort jetées au veut sont un souvenir de Virgile. Lu., m, 443-4)3 '-'t vi, 74-76.
Tien Livre, 45, M. L. 11, p. ^14. « Ce que de sov confesse Virgile en l'esbranienient de Apollo Cvntliius. » Réminiscence de \' Egl. vi, v. 5 : « C\nthius aureni Vellit et adnionuit. »
Quart Livre, 22. « De fait, Eueas, en la tempeste de laquelle fut le convov de ses navires prés Sicile surpris... » Souvenir de VEnèide, i, 94 et sq.
Quart Livre, 28, .M. L. Il, p. 370. Le témoignage du « bergier passionné Cor\don » sur Pan, le grand Pasteur, est un souvenir de VEgloi^ue, 11. « Pan curât oves oviunique magistros. » Autre allusion au IV'e chant de l'Enéide dans le chap. xxxvi du Tiers Livre, ,\i. L. Il, p. 17;. « Mes Salmignondinoys disent coucher seul ou sans femme estre vie brutale et telle la disoit Dido en ses lamentations. » En., iv-v, 550. « Non licuit thalami experteni sine crimine vitam — Degere, wore Jenv. »
2" Quelques citations et traductions du texte même du poète latin :
Gargantua, 40, .M. L. i, p. 148. Les moines, chassés de « toutes bonnes conipaignies » comme les frelons par les abeilles, évoquent ce vers des Gèorgiques, IV, 168 :
« Ignavum fucos pecus (dict Maro) a presepibus arcent. » Tiers Livre, I. « Comme de Octavian Auguste dict le noble poète Maro : Il qui estoit victeur par le vouloir.
Des gens vaincus faisait ses lois valoir. » Gèorg., IV, 561.
« Victorque volentes »
« Per populos dat jura. >> 7Vtv .s Ljîvc, 2. " Par l'autorité de Thestilis Vergiliane. » Réminiscence de VEglogue, II, V. 10 et 11 :
« Thestylis et rapido fessis messoribus .estu. « K Allia Serpvllumque herbas contundit olentes. » Tiers Livre, 14, M. L. Il, p. 76. « comme... atteste le poète disant. « Lors l'heure estoit, que sommeil, don des Cieulx, Vient aux humains fatiguez, gracieux. »
En., II, 268-9. "' Tempus erat quo prima quies mortalibus ivgris Incipit et dono divuni gratissima serpit. »
5" Des détails d'érudition empruntés au texte de \'irgile par l'intermédiaire de grammairiens, d'érudits ou d'historiens :
Tiers Livre, 5, .M. L. Il, p. 29. « Comme Metabus... » réminiscence de Virgile. En., xi, 539 et sq.
Tiers Livre, 10. Les « sorts virgilians » sont empruntés à l'Histoire Ausrusie,
Tiers Livre, 13. Le développement sur les portes des songes est emprunté, non directement au vie chant de l'Enéide, mais à Macrohe, Commentaire sur le songe de Scipion.
Tiers Livre, 21. « Orodes envers Mezentius. » Enéide, x, 759.
Qiiiiit Livre, 54, M. !.. 11, p. 460. « Non, toute ttrrc porte tout. Indit- sluIc porte le noir Kbénc. Kn Sabée provient le bon encent. » Cii'oif;., Il, 109, 116, 117.
Kec vero terra; ferre onines oninia possunt...
Sola India ni^runi
l'ert ebenum ; solis est tliurea virga Saba;is.
4" Rabelais cite et met à contribution les scholics du |ilus fameux des commentateurs de Virgile : Servius.
Garg., 3. Servius figure à tort parmi les écrivains qui ont parlé de l'enfant né le 11= mois après la mort du père; son commentaire sur c Matri longa decem... » ne touche pas à cette question.
Tiers Livre, 12. Tous les développements de Panurge et de Pantagruel sur Minerve, Jupiter et Vulcain, à propos du vers : Kec Deus liunc mensa, Dea nec dignata cubili est, repose sur l'interprétation que Servius donne de ce passage. Cf. 'Virgile, éd. de Robert Estienne, 15 32, p. 21. « Servius. Sicut Vulcano contigit : qui cuni deformis esset, et Juno ei minime arrisissct ; ab Jovc est pr;ecipitatus in insulani Lemnuni. Illic nutritus ab Sintiis, cuni Jovi ful'niina fabricasset, non est admissus ad epulas deoruni. Postea cuni rogaret ut vel Miuerv:E conjugium sortiretur : spretus ab ea est. L'iidc diviiios honores non nieniit : ad qtios per convivium nnininiivi aiit per conjunctioneiii vcniliir (leur uni... Non Deus, id est Jupiter. Nec dea. Id est Minerva. »
Rabelais s'est souvenu de cette note de Servius, au Tiers Livre, 51 fin. Les enfants de Pantagruel « pourront s'asseoir à table avec nous [disent les dieux effrayés] et nos déesses prendre à femme, ijui sont les seuls moyens d'itre déifies. »
Tiers Livre, 37. « En cette manière fut du vulgue impérit appelé Hatuel le grand vaticinateur Faunus, fils de Picus, roi des Latins, » d'après Servius, commentant le vers 47 du vie cliant de V Enéide. « Dicti autein sunt Faunus et Fauna a vaticinando, id est fando, unde et fatuos dicinius inconsiderate ioquentes. »
Quart Livre, 58, M. L. 11, p. 405. « Pourquoy Krichtoiiius premier inventa les coches, lectières et chariots... »
Virg. Georg. m, 113.
Primus Erichtonius currus et quatuor ausus Jungere equos, rapidus que rôtis cousistere victor
Servius, dans son Commentaire, indique le motif qui avait guidé l'inventeur. Cf. Ed. Rob. Estienne, p. 125. Erichtonius o ad tegeiid.uii pedum ftuditatem [il est né driiconleis jvdil'us\ junctis equis usus est curru, quo tegeret sui corporis turpitudinem. »
Ainsi quelques passages de Virgile sont restés dans la mémoire de Rabelais, parce qu'ils évoquaient le souvenir de quelque curiosité de la mythologie, quelque trait de mœurs antiques expliqué par Servius.
l'humanisme 2)9
Vilruve.
\'itruvc est cité Panla^., 7, parmi les auteurs de traités d'architecture et c'est dans son ouvrage 11, 9, que se trouve l'anecdote de César assiégeant Larigno. Tiers Livre, 32. Mais Rabelais pouvait la lire dans Cœlius Rhodiginus. Lectiones Anliqiiœ, x, 10.
2éo l'humanisme
DEUXIÈME PAR'rn;
Influence de l'Humanisme sur l'invention et la composition du roman de Rabelais.
Les Caraclères de l'Hiinianisinc de Rabelais.
Il est aisé niaintLiiant de xoir quelles étaient, dans les littératures anciennes, les lectures favorites de Rabelais et de déterminer les caractères de sa culture antique. Les conlidences de Gar- . i;antua à son fils, étudiant à Paris, en donnent une idée assez-' exacte : « Et voluntiers me délecte à lire les moraulxdePlutarclie, les beaulx dialogues de Platon, les monumens de Pausanias et antiquitez de Atheneus "... >> Traités de morale et de philosophie (Plularque et Platon), ouvrages d'éruditition (Pausanias; t% Athénée), voilà les livres préférés de Gargantua : ce sont également ceux qui tiennent la place la plus importante dans le tableau des lectures de Rabelais que nous venons de dresser.
Il a, sans doute, exploré tout le domaine des littératures grecque et latine, mais il est évident que certaines catégories, I d'écrivains ne l'ont guère arrêté. Aux orateurs grecs, par exemple^ / il n'a rien emprunté. Les plaidoyers de Cicéron, de même, ift: semblent pas l'avoir intéressé. Il connaît les grands poètes épiquesj.; Homère, Virgile ; il fait quelques allusions aux épisodes les plus fameux de leurs poèmes, à la « peste mise en l'host des Grégoys par Apollon ' », au cri de Mars blessé par Diomède \ à la faim arrêtant le deuil ' des Grecs après la mort de Patrocle, à l'outre pleine de vent, donnée par le « bon ronfleur .ïolus » à Ulysse ', au « département d'iùieas d'a\ecques Didon '' », aux lamentations