‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 144 sur 216 · I . Cf. supra, chap. iv et v · texte numérisé non relu

I . Cf. supra, chap. iv et v

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la description des productions de Médamothi (chap. 4); la liste des morts singulières qui se termine par celle de Bringuenarillc (cliap. 17) ; l'épisode des Macré-ons ; un « notable discours sur les noms propres des lieux et des personnes » (chap. 37); les cas d'adresse rapportés à propos de la lutte de Pantagruel contre le Physetère (chap. 34) ; la liste des plantes et pierres de vertus singulières, comparées aux prodigieuses inventions de Gaster (chap. 6)) ; la fiction des paroles gelées (chap. 56). — En outre, elle est représentée dans les épisodes d'origine et de caractère populaire (Chicanous de Basché, bataille contre les Andouilles description, de Quaresme Prenant et de Messer Gaster, etc.) par une foule de sentences, d'anecdotes, de curiosités : liste des cénotaphes fameux (chap. 21), liste des livres, étendards ou insignes tombés du ciel (49), etc.. Elle tient donc une place de plus en plus grande dans le Tiers et le Quart Livre. On en a conclu qu'elle suppléait à la veine populaire, dont les ressources s'étaient épuisées dans le Gargantua et le Pantagruel et que c'était par impuissance à découvrir de nouveaux filons du même métal, que Rabelais puisait indiscrètement dans le trésor de l'érudition antique.

Les épisodes de Dindenault, de la Tempête, des Chicanous de Basché, du diable de Papefiguière, des Papimanes nous montrent, au contraire, que la fécondité de Rabelais dans l'invention et le développement des épisodes comiques de caractère populaire est loin d'être épuisée. Si l'érudition s'étale moins dans le Pantagruel et le Gargantua que dans les deux autres livres, c'est que Rabelais ne s'abandonne pas complètement à son génie, n'étant pas encore assuré du succès. Mais, avant même de publier le Tiers Livre, lorsqu'il est amené par le succès de ses deux premiers livres à les rééditer, il les enrichit d'érudition antique. Le premier chapitre de Pantagruel comporte, par exemple, dans l'édition de Juste (1542), quatre additions d'origine érudue : le « mode de nombrer des antiques Druides' », le « firmamentdict Aplane^ », la déclinaison de « la Pléiade moyenne ' », « Nason et Ovide ■• ».

La profusion de cette érudition antique ne doit donc pas s'expli-

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qucr par le dessein de combler les lacunes ou de suppléer aux défiùllances de l'imagination. En réalité, elle répond au L;oLit de Rabelais et à celui de son temps. Elle cesse de nous apparaître comme monstrueuse, dès que nous parcourons les ouvrages de Sabellicus, de Cœlius Rhodiginus, de Fulgose, de Ravisius Textor, de Petrus Crinitus. Les Antiquœ kctioncs, VOfficina, le De Honesta disciplina, les Dicta factagiic meinorabilia, les Excmplcrtiin lihri étaient, non des traités scientifiques, comme le De Asse ou les Jiiiiotalioiu'S in Pandeclai de Budé, mais des ouvrages de récréation. Or, nous avons vu quelle masse énorme d'érudition antique ils contenaient. A une génération, qui se délassait à lire de telles compilations, l'érudition étalée dans le roman de Rabelais ne risquait pas de paraître fastidieuse. Rabelais, avide lui-même de tout ce qui touchait à l'antiquité, cédait sans réserve au plaisir de répandre, en langue vulgaire, cette érudition : il était sur de plaire à ses contemporains. Il ne s'avisait pas qu'il put y avoir discordance entre le caractère populaire qu'annonçait les titres et prologues de ses livres et cette science ainsi étalée : ne répondait-elle pas à l'objet de son roman, qui était avant tout d'amuser la curiosité des lecteurs }

Les catalogues et énnnicralions. — L'examen des recueils d'érudition que nous venons de citer, explique également certains caractères de l'érudition dans l'œuvre de Rabelais, qui de prime abord nous avaient déconcertés. Nous nous demandions quel intérêt présente cette érudition, réduite à des catalogues, à des nomenclatures, à de simples énumérations. Comment Rabelais n"a-t-il pas hésité à énumérer sèchement, sans un mot de commentaire, tous les gens qui ont entrepris des voyages pour rencontrer des savants ou des sages : la reine de Saba, Anacharsis, Pythagore, etc. ' ? toutes les femmes qui ont eu des passions contre nature : Semiramis, Pasiphae, Egesta, etc. - ? tous les exemples de deuil fameux : Cérès, Isis, Hercule, Hécube, etc. ' ? tous les oracles ^ ? tous les cénotaphes illustres '■■ ? tous les les serpents (au total, 98 noms)

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