‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 151 sur 216 · Piinliijrniel · texte numérisé non relu

Piinliijrniel

4. Cf. A. Germain. Du Ai iiiùleciiie el des SL'iemci inridles 11 Monlpellier, p. 16. (Mémoires Je VAciuL des sciences et lettres de Montpellier, 1872'' ; — et L. Dcl.irucllc. Ce que Riihehiis doit à Ertisnie et il liiidc, p. I, notc.l.

thcim ', qui avait recueilli tojtites les formes de sténograpiiie transmises par les auteurs aucieîis, particulièrement par Pline et Aulu- Gelle. — Ce chapitre est d'ailleurs le seul du Pantagruel dont la matière soit presque toute d'invention livresque. En général, dans ce premier livre, l'érudition ne fournit à Rabelais que quelques traits, quelques détails accesso'utes, qu'il mêle au tissu de sa fable, en ayant soin de démarque'f ses emprunts et de cacher leur origine.

Au Tiers Livre, son procédé de composition a changé. La Geste populaire des Géants est épuisée ; c'est à son érudition qu'il demande de nouveaux thèmes à développer. Il a découvert une veine d'une singulière richesse : la consultation de Panurge sur le mariage va lui fournir une occasion de vulgariser toute une littérature d'érudition, fort capable d'intéresser le lecteur de romans populaires, puisqu'elle a pour objet les diverses formes d'une science de caractère occulte, la di\'ination.

On peut dire que toute cette <.<■ exploration du sort fatal » de Panurge est d'origine érudite. C'est l'érudition qui en est la base et la substance ; c'est elle qui fournit les développements les plus originaux ; c'est d'elle que procède l'intérêt de la plupart des scènes.

Sans doute quelques-unes des formes de divination auxquelles Panurge a recours étaient traditionnelles dans le peuple. Les oracles des sorcières, comme la « Sibylle de Panzoust », avaient crédit parmi les bonnes gens des campagnes. La Clef des Songes est un livre populaire et les émules de Herr Trippa, chiromanciens ou géomantiens, ont toujours fait de nombreuses dupes. Mais la croyance à la sorcellerie, à l'onirocritique ou à la chiromancie n'implique pas la connaissance de ces sciences; et il suffit de comparer le peu que savent de ces sciences occultes les gens du peuple, avec ce qu'en expose Rabelais, pour mesurer l'apport de l'érudition dans son reuvre. S'il adresse Panurge à une sorcière, c'est après avoir exposé comment cette sorte de divination peut se recommander d'autorités considérables et du témoignage de nations anciennes^ De même, il justifie la croyance aux songes par une théorie philosophique et l'exposition de toutes les conditions

1. Trithemius Joaunes. Polyi:^raphia: lihri sex. Oppeiibeiin, Joau. Hastlberg de Aia, 1518, pet. in-fo (Bibl. Univ., R., xvi, 650).

Page 1