‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 154 sur 216 · M. L. Il, p · texte numérisé non relu

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lui des (Iblouissemcnts et des liallucinations. « Autour de lu}' aboient les chiens, uIIl-iu les loups, etc. » Son esprit, qui a voulu négliger le corps, en est ramené plus bas : « amiiiic si l'oiseau, sur le poing estant, voulait en l'air son vol prendre et incontinent par les longes serait plus bas déprimé. »

Lorsque l'on compare ces chapitres de Rabelais aux traités techniques dont il s'est servi, on constate que ces images abondantes et variées sont bien la création originale de son esprit. .Aucun des nombreux commentaires du De Soimiiis d'Hippocrate ne contient cette comparaison de l'.ime libérée de son office pendant le sommeil avec les nourrices dont la présence devient inutile auprès du « bers' ». Il emprunte à « Hermès Trismégistus » la comparaison de Dieu avec une sphère, dont le centre est partout et la circonférence nulle part, mais cette définition prend chez lui une ampleur, qui la transforme en une image singulièrement « signifiante » -.

Cette fécondité et cet essor de l'imagination de Rabelais sont remarquables en un tel sujet. Elles confirment ce que l'examen des sources de cette érudition nous a déjà appris sur l'étendue et la portée des études qui ont préparé la rédaction de ces épisodes. Rabelais n'avait plus à consulter ses livres ou ses notes, lorsqii'il exposait avec cette aisance et cette abondance d'images et d'exemples vulgaires « la théorie et les conditions de la divination somniale ». Toute cette érudition était assimilée. Elle ne se distingue point, dans l'élaboration de l'œuvre de Rabelais, des éléments empruntés à l'expérience de la vie ou au fonds de culture.

1. Cf. par exemple, l'exposé méthodique de la divination somniale dans le Tivphoiiiiis, sive de Diviiuiticite, le premier des trois dialogues de Leonicus publiés à Lyon, chez S. Gryphe, i ; 52, in-S".

2. M. L. II, p. 67. « En contemplation de ceste infinie et intellectuale sphcEre, le centre de laquelle est en chascun lieu de l'univers, la circumference poinct... à laquelle rien ne advient, rien ne passe, rien ne déchet, tous temps sont praasens. » — Cette définition de Dieu se trouve dans le Roman Je la Rose (cf. Rtn\ Et. Rab., 1905, p. 304. .\rt. de M. Smith), dans Marsile Ficin et Nicolas de Cues (cf. A. Lefranc. Mai-c;uerile de \avaire et le platonisme de la Renaissance, dans Bibl. de l'Ecole des Chartes, 1897-1898), dans Gerson, Vincent de Beauvais, saint Bonaventure. M. J. de la Perrière conjecture avec beaucoup de vraisemblance que Rabelais l'a empruntée à la Tiismei;istica iheokwia de Svmphorieu Champier, qui l'avait d'ailleurs placée en tête de .son Ordre de chevalerie. L\on, 1 5 10. i< A l'honneur d'iceluy... qui est une sphère inintelligible duquel le centre est partout et la circonférence en nul lieu. » Cf. J, de la Perrière, dans Réf. Et. Rab., 1906, p. 264-67 et 404.

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B. J.'F.niditiiVi adapta.

Il n'en est pas de même pnur une masse de laits, de citations, de références, de curiosités qui représentent ce que nous appelons l'cnuiition adaptée au roman. Celle-ci joue un rôle tout différent; elle n'est point principe d'invention d'épisodes ; elle est plutôt ornement postiche. Elle revêt des formes variées. Presque toutes procèdent d'un double principe : tantôt dans le récit, Rabelais recourt à l'érudition pour accréditer sa fable par des rapprochements avec d'autres faits analogues ; tantôt dans les discours, il tire de l'érudition la matière de quelque « confirmation ». Ainsi dans le premier de ces deux rôles, l'érudition appelée en témoignage de faits fabuleux, se rattache au caractère du genre cultivé par Rabelais. Dans son second rôle, elle est en rapport a\ec cette tendance oratoire, que nous as'ons déjà notée comme un des traits de son génie.

L'érudition, i^arautie spécieuse de la véracité du récit fabuleux. — Rabelais nous racontant comment Panurge pressé du désir de se marier « se fit percer l'oreille dextre à la judaïque et y attacha un petit anneau d'or à ouvrage de tauchie, au caston duquel estait une pusse enchâssée », ajoute gravement : « Et estait la pusse noire, afin que de rien ne doubtez. C'est belle chose estre en tout cas bien informé. » {Tiers Livre, chap. vu.) Voilà la parodie d'une tendance commune à tous les hâbleurs et d'un procédé familier à tous les créateurs de fictions fabuleuses, qui entourent un récit mensonger d'un détail de circonstances menues et précises, pour donner par ce luxe d'ex'actitude inutile, l'illusion de la véracité. Rabelais, nous l'avons vu, n'avait pas manqué à cette règle, particulièrement dans la plus ancienne partie de son œuvre, la Geste des Géants proprement dite '. Il avait rapporté exactement, en quintaux et quarterons, le poids de la massue de Loup-Garou, suppliant qu'on ne le chicanât point, s'il lui arrivait de se tromper de l'épaisseur d'un ongle ou « d'un dos de... cure oreille-. » Pour

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