‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 157 sur 216 · Clwp. III, M. L. I., p · texte numérisé non relu

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une incrvcillfusu adresse à tuer le Physetère (iv,34), mais elle est rapprochée d'une série de cas d'adresse prodigieuse, attestés par les Historiens. — Qu'on ne s'étonne point si le tonneau, d'où Rabelais tire à boire pour les travailleurs, est « inexpuisible >>. « Il a source \ ive et veine perpétuelle. Tel estoit le breuvage contciui iktlans la coufK- de Tantakis, représenté par figure entre les sages Brachmanes, telle estoit en Ibérie la montagne de sel tant célébrée par Caton ; tel estoit le rameau d'or sacré à la déesse souterraine, tant célébré par Virgile. » (Tiers Ijvic. Prologue). Ainsi, soit que le conteur éprouve le besoin de montrer l'étendue de son savoir pour se donner un air de gravité au moment même où il narre quelque prodige d'une invraisemblance manifeste, soit qu'il se kisse fort de trouver parmi les auteurs anciens des garants à ses inventions fabuleuses, soit qu'il prévienne notre étonnement sur les merveilles de son récit, en nous alléguant des séries de merxeilles analogues, tenues pour authentiques sur le témoignage des historiens ou de la tradition, — toujours nous pouvons retrouver comme principe de ces différents emplois de l'érudition, ce besoin de véracité spécieuse, qui est dans le caractère du conteur d'a\entures extraordinaires.

L'crmlilioii ilcirloppir pur le i;oi'il Je rtVi^iiiiieiiliillon. — La forme même qua généralement prise chez Rabelais cette érudition, a influé sur son développement. Elle pouvait, à la rigueur, remplir le rôle que nous venons de définir sans revêtir d'autres iformes que celle de la nomenclature ou de l'énumération. Or, en liait, le plus grand nombre des développements d'érudition apjxirlieiment à des discours, soit du conteur, soit des personnages : ils |ont un caractère nettement oratoire.

Rabelais a pris soin d'organiser et de distribuer cette matière qu'il empruntait aux Recueils d'exemples et aux compilations de tout genre. Il la subordonne à l'objet de son récit, auquel elle sert le plus souvent de préparation. Alors, l'intérêt de curiosité est ménagé par une progression où les singularités renchérissent sur les singularités, jusqu'à ce que l'exposé du prodige inouï, que nous réservait le conteur, vienne couronner la liste et satisfaire notre curiosité. Au Qnarl Livre, chap. 34, avant de nous raconter en détail un exemple de l'adresse prodigieuse de Pantagruel, il nous prévient que tous les cas d'adresse que nous pourrions lui énumérer et qu'il

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rappelle successivement, ne sont rien nu prix de celui qu'il va nous exposer: « \'t)us dites et est escritquele truant Conimodus... \'ous nous racontez aussi d'un archer Indian... \'ous nous dites aussi merveilles de l'industrie des anciens Français... Vous faites pareillement narré des Parthes... Aussi célébrez-vous les Scythes... » A tous ces exemples, extraits de Sahellicus ou de Textor, que Rabelais a présentés ainsi sous forme d'objections, il oppose alors le tableau des prodiges de son héros : « Le noble Pantagruel en l'art de jetter et darder estoit sans comparaison plus admirable. Car »

La liste des morts étranges empruntées principalement à Valère Maxime, et à Fulgose est présentée d'une manière analogue, au O/zrf// Livre, cliap. 17. Mais le prodige imaginé par Rabelais, pour couronner cette série, est une facétie populaire qui tait contraste avec tous les cas si minutieusement rapportés. Après nous avoir averti que Bringuenarilles était trépassé en façon tant étrange que « plus ébahir ne nous faut de la mort d'jî!schylus... Plus d'Anacréon poète... Plus de Fabius... Plus de celui honteux... Plus de celui qui à Rome... Plus de Spurius Sauteius... Plus de mille autres... », après avoir longuement joui de la déconvenue qu'il nous ménage en suspendant notre curiosité par l'allongement de cette énumération de trépas bizarres, il ajoute dans un éclat de rire, où s'épanouit la joie du conteur rustique amusé du succès de son « attrape >> : « Le bon Bringuenarilles (hélas !) mourut estranglé, mangeant un coing de beurre frais à la gueule d'un four chaud, par l'ordonnance des médecins. »

L'érudition sert aussi de coiifinnalioii dans une argumentation, à l'appui d'une idée ou d'un fait. — Ainsi, au Quart Livre, chap. 38, pour rehausser le mérite de la victoire de Pantagruel sur les Andouilles, il expose qu' « Andouilles ne sont à mépriser entre les humains. » Il cherche alors dans l'histoire, des peuples ou des personnages tenant de l'Andouille et qui pourtant laissèrent une réputation de force, de cautèle ou de hardiesse. La Mythologie, la Bible, l'histoire naturelle, les légendes populaires lui fournissent des exemples de personnages qui ont avec l'Andouille quelque rapport de nom, comme les Souyces (mot qu'il dérive de Saucisses), ou de forme, comme les Géants antiques, qu'Ovide appelle Anguipedes, le serpent tentateur d'Eve, qui ne fut autre que l'Andouille Ithyphalle, symbole de Messer Priapus ; les

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I liinantoiHKics i.]ui, .si.lon Pline, rampent à la façon des serpents ; Mélusine, lenime serpent ; Ericbtonius ; la nvmphe Scvthiqiie Ora.

De même (Qiiiiil Livre, chap. 62) après avoir dit que Gaster " inventait l'art... de faire les boulets arrière retourner contre les ennemis », il ajoute que « le cas ne trouvait difficile, attendu que l'herbe nommée Htliiopis ouvre toutes les serrures qu'on lui présente... » Et sept « attendus », renfermant chacun un exemple des vertus singulières attribuées par les Anciens à certaines plantes, viennent successivement confirmer la proposition de Rabelais.

Le Tiers Livre nous montrerait par beaucoup d'autres exemples comment cette érudition antique est appelée par les besoins de l'argumentation, puis développée par le rythme oratoire luimême. Chacune des formes de la divination, à laquelle Panilrge a recours, est exposée et commentée par un des personnages, généralement par Pantagruel. Or, l'exposition de la théorie est toujours suivie d'une confirmation par les exemples. Au chapitre 21, la divination par les mourants est garantie par les exemples d'Isaac, de Jacob, de Patrocle, d'Hector, de Polymnestor, d'un Rhodien, de Calanus, de Orodes. Au chap. 14, Pantagruel allègue, pour prouver que le sommeil finissant en sursaut est un mauvais présage, les exemples d'Hécuhe, d'Eurydice, d'Enée et de Turnus.

Dès que le dessein de l'argumentation a été indiqué par des torinules très simples : « \'ous dites, vous racontez... Attendu, attendu... Plus ne faut vous esbaiiir... plus, plus... », Rabelais entasse ses exemples, comme autant de preuves. 11 peut glisser dans une parenthèse une anecdote, une discussion épisodique : ici, une remarque de Fabius Pictor sur « Enéas » qui n'entreprit jamais rien sans l'avoir pi'évu par « divination soniniale ' » ; ailleurs, à propos de la mort étrange d'Eschyle, une anecdote sur l'intrépidité des Celtes, aïeux des Français ^ : ailleurs, dans les « Attendus » du chap. 62 du Onarl Livre, une interprétation d'un pasage obscur, sur le « meilleur Suzeau ' » ; jamais le mouvement

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