Tien Livre, $0 .M. L. 11., p
éléments proprciiicin artistiques : nous l'avons vu retenir de Pline une ini.i^e', de Plutarque, des comparaisons % de Lucien, des thèmes narratifs et comiques '. Il a donc été sensible à la valeur artistique de ces ouvraj^es anciens. Sans doute, il n'étudiait pas avec l'application d'un pliilolos^ue, comme Erasme ou Budé, la forme même de Lucien ou de Plutarque ; il est même très probable que le plus souvent il ne les lisait pas dans le texte grec. Mais, d'abord, il pouvait goûter, même dans des traductions latines, quelques-unes des beautés de leur art. l",n outre, nous savons par le témoignage de Tiraqueau qu'il était capable, dès l'époque de son « moinage », de traduire Hérodote. Il y a donc tout lieu de croire que, sans s'adonner spécialement à l'étude de la langue de Lucien ou de Plutarque, il a eu la curiosité de les lire dans le te.xte original. A-t-il e.s.sayé d'imiter quelques-uns de leurs caractères artistiques ? Son stvic, sa manière de composer et de développer, portent-ils l'empreinte d'une intkience des modèles grecs et latins ? C'est ce qu'on peut demander à quelques traductions et imitations d'auteurs anciens que l'on rencontre dans son œuvre.
i" Tradiiclioiis.
Les traductions seraient d'excellents documents sur la manière dont Rabelais sentait et es.sayait de reproduire les caractères artistiques des écrivains anciens, si nous pouvions être assurés qu'elles sont fliites directement d'après le te.xte original, sans l'aide d'une traduction latine, s'il s'agit d'un auteur grec, ou de commentaires, s'il s'agit d'un écrivain latin. — Or, en fait, il existait des traductions latines de ces traités de Lucien et de Plutarque, dont il a traduit des fragments ; et le seul auteur latin, dont nous trouvions quelques traductions dans son roman, Pline, avait été interprété et commenté par de nombreux érudits dès la tin du xv siècle.
Il fiiut tenir compte, en outre, dans l'examen de ces fragments traduits des auteurs anciens, des habitudes de la traduction au xvi"^ siècle, qui différaient sensiblement de notre méthode. Xous connais.sons les principes des Humanistes de l'époque sur la
1. La sépulture comparOe à un cmbr.isscmeiit de l.i terre. Ct. .supr.i, article Pline, pp. 228-229.
2. Ci. supra, article Pliitiiiciiic, p. 237. 5. Cf. supra, article Liiiicii, p. 210.
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traduction, par leurs théories et par leur pratique. Leur règle capitale, que nous trouvons énoncée chez maints traducteurs, c'est « qu'en traduisant, il ne se faut point asservir jusques là que l'on rende mot pour mot. » 11 faut « s'arrêter aux sentences et taire en sorte que l'intention de l'auteur soit exprimée '. » Il importe de « plutôt translater et interpréter l'affection de celui qui parle que ses propres paroles'. » « Ne jure tant superstitieusement aux mos de ton auteur, dit Thomas Sibilet, que iceux délaissés pour retenir la sentence, tu ne serres de plus près à la phrase et propriété de ta langue qu'à la diction de l'étrangère >. » C'est la méthode que suivaient tous nos Humanistes, depuis Budé traduisant des fragments de Plutarque dans son Inslitulion du Prince', jusqu'à Sihilet, « tournant de Grec en François » r « Iphigène d'Euripide'. » Tous en traduisant, interprétaient substituant à des idiotismes grecs ou latins des gallicismes'^, expliquant la pensée de l'auteur ancien par des additions de leur cru, amplifiant ce qui n'était qu'indiqué dans l'original. Une telle méthode qui laissait tant de liberté au traducteur, n'était point pour favoriser l'influence des modèles anciens sur l'art des écrivains français.
Ces deux réserves faites, il n'en reste pas moins intéressant de rechercher dans quelle mesure Rabelais a tenté de rendre en français les textes anciens. Le fragment qui nous présente les plus indiscutables caractères d'une traduction d'après le texte original est le récit de la mort de Pan. Ouart Livre, 28, m. l. ii, p. 368-369, traduit de Plutarque : De defeclu oraculonmi, 419, B et sq. Cette anecdote était également rapportée par Eusèbe, dans sa Pra-pamtio Eiviigelica. Lib. V, chapitre ix, dont Georgius Trapezuntius avait donné en 1470 une traduction latine, souvent
1. E. Dolet. La niaiiiirc de bien traduire d'une langue dans l'autre. Lyon, 1 540, iu-80.