‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 164 sur 216 · C. M. L. !ii.. p · texte numérisé non relu

C. M. L. !ii.. p

iiiiL- ttllc aiiiDritc, il.iiis ce iloiiKiiiic, (.luc tulle préface française de Marot, pour un livre entrepris « à l'iiisligalion, prière et reqtiesle de honorable personne Galiot du Pré », semble véritablement calquée sur une préface latine du même goût '.

Il n'y a donc pas grande originalité dans ces harangues, concions et épistres, auxquelles Rabelais a confié quelques-unes des Ridées les plus sérieuses de son livre. Ce sont d'estimables exemplaires de l'éloquence académique de la Renaissance, moins parfaits peut-être que beaucoup d'autres, car rarement la gravité et la majesté de l'exorde ont été conser\-ées jusqu'à la fin du développement des faits ou des idées particulières rattachées à l'idée générale. Nous ne les devons pas à une admiration particulière de Rabelais pour Cicéron. Les pastiches du style cicéronien procèdent d'exercices scolaires, de l'application de procédés d'un usage uni- \ersel alors dans les lettres et les discours en latin. Rabelais â cru que la gravité de quelques-unes des idées qu'il voulait exposer \ exigeait ce vêtement de forme latine. Mais ce ne sont pas là les formes oratoires qui convenaient à la nature exubérante de son génie : il a su en trou\cr d'autres, plus souples, plus riches et non moins amples.

Telle a été l'influence de l'Humanisme sur l'invention et la

composition de l'auNre de Rabelais. L'Antiquité lui a fourni,

.directement ou indirectement, quelques idées générales et une

jfoule d'anecdotes, de singularités et de sentences. Ces éléments

ont intéressé surtout sa curiosité : rarement ils ont été pour lui

|sujets de réflexions morales ou philosophiques. Le fonds des

lectures de Montaigne ne sera pas très différent de celui de

Rabelais. Lui aussi dépouillera les Sabellicus, les Textor, les

Rhodigin et les Fulgose ; sa première ambition d'écrivain sera

même de les imiter-. Lui aussi fera de Plutarque son auteur de

chevet. Mais tout autre seront chez lui l'élaboration et l'utilisaiicn

de cette matière commune. Il rapprochera des « cas singuliers »,

« des « exemples », pour les comparer et en tirer quelque conclu-

\ sion. A l'étude de Plutarque et des moralistes, il demandera une

1 . On retrouvera les mêmes procédés cicéroniens dans une cpitrc en prose de Marot à ladite daine [d\4leii(oii\ toiiehaiit Vannée du roy en Haynaut, 1521. Ed. Jannet, tome I, p. 1.4^.

2. Cf. Pierre \'illc\ . /.i'.( io-.ircei et l'évolution def lissais Je Moiitiii'-iie.

méthode d'investigation [thilosophique, la révélation de son propre moi et des principes de conduite. Rabelais ne « se cherche » point, en lisant les moralistes anciens. Il n'a pas de doute métaphysique, et ne se met pas en quête d'une méthode ou d'un svstème philosophique. Il goûte les écrivains grecs et latins pour la satisfaction qu'ils donnent à sa prodigieuse curiosité des formes multiples et variées de la vie. Ce que son roman vulgarise de l'antiquité, c'est précisément ce qui peut piquer et amuser la curiosité des lecteurs. — Quant îi l'art des écrivains anciens, il n'a exercé qu'une faible influence sur son œuvre. Les pastiches de Cicéron mis à part, il n'y a guère de différence entre l'élaboration des matériaux anciens et celle de la réalité contemporaine : telle anecdote d'origine antique, comme la plaisanterie de Cicéron au camp de Pompée', est racontée avec le même sens du pittoresque que le jugement de Seigny Joan - ; et dans la distribution ou l'organisation de cette masse énorme d'érudition, Rabelais a suivi sa tendance ordinaire aux développements oratoires. Exemples, singularités, références,

énumérations servent généralement d'arguments dans des démons-

trations dont l'idée, le plan et le tour appartiennent à Rabelais.

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