‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 170 sur 216 · Pantagnui, 30, titre, M. L. 1, p · texte numérisé non relu

Pantagnui, 30, titre, M. L. 1, p

$. Tiers Livre, Prologue, p. 12. — Autre exemple, dans les propos de Panurge à la dame parisienne, m. l. i, p. 323. 6. Grand Testament, v. 1861 :

« Kt s'aucun dont n'ai cognoissaucc,

Estoit allé de mort à vie... »

l'artiiirc Baisecul-Humevesne ' (^Pantagruel, cliap. xi, xii, xni).

Nous avons vu comment ils sont introduits ; toute la « fatrasscrie » de la procédure étant brûlée, les deux parties sont sommées par Pantagruel de « conter de point en point leur atîliire selon la vérité » sous peine de perdre la tète. Le demandeur débite alors une longue kyrielle de « coq à l'âne », à laquelle font pendant celles du plaidoyer du défendeur et celles de la sentence de Pantagruel. Nous avons ainsi trois discours, que Rabelais a, de parti pris, conçuscomme inintelligibles.

La satire de la procédure et des mœurs des légistes étant terminée par la convocation personnelle des deux parties, ces potspourris de chansons, de dictons, de locutions consacrées, et de coq-à-l'àne, s'ils ont quelque valeur satirique, ne peuvent être qu'une image caricaturale de l'obscurité des plaidoiries et des procès, en général. Rabelais a représenté par des discours inintelligibles cette obscurité proverbiale. Il est possible encore que cette confusion de mots lui ait semblé bonne à traduire le trouble où la menace de Pantagruel a jeté le demandeur : « Si vous en mentes d'un seul mot, je vous osteray la teste de dessus les espaules. » — Naturellement la réponse du défenseur doit être de même style ; et l'arbitre trouve plaisant de les payer tous deux de même monnaie. Mais, quelle que soit l'origine de cette conception, le prodigieux développement de ces coq-à-l'âne reste un monstre pour nous.

On peut l'expliquer par des raisons d'actualité et par le goût de Rabelais. Le coq-à-l'àne avait été en grande faveur au moyen âge. Il avait son domaine propre dans un genre : la « fatrasie. » C'était un poème constitué par une suite de coq à l'âne assonances ou rimes. Il ne comportait aucune unité, aucune composition. La rime était la grande ouvrière, le principe d'invention de ces poèmes dont un auteur semble avoir donné la formule dans ce vers :

Je versifie en dormant... -

Au xvi'= siècle, le coq-à-l'âne se retrouve dans les « soties ».

1. Une bonne pan des Funfrchiches aiilidctecs est faite de coq-à-l'âne. C'était dans la tradition de W'iiigiiu-, comme le montrent les strophes que Rabelais emprunte à Mellin de S«-Gelavs et qui lui ont ser\-i de modèles.

2. Cl. A. Jubinal. Xoinvaii recueil de coûtes, dits, fabliaux cl autres pièces inédites des XIII, XIV et xv=s siècles. Fatrasies, p. 228.

La Sollie des Menus propos que M. E. Picot ' considcrc coin nu- le t\|ie de la " sottie primitive » nous en offre un excellent exemple. C'est un dialogue entre trois sots, où les proverbes et les dictons s'appellent les uns les autres, par de vagues ressemblances de formes ou de sens.

Hnfin, Marot ne dédaignait pas de versifier des coq-à-l'ane. Son Epilrc du Coq à l'âne, dédiée à Lyon Jamet (1535), où il donne à son ami des nouvelles du temps, du roi, 'de Paris, de Jehan du Pont-Ala3S, etc., n'a d'autre unité que l'actualité de ces renseignements ; point de composition, ni de suite logique dans les faits ou les idées : « Du coq à l'ânL- il va sautant. »

Rabelais ne risquait donc pas de choquer le goût de ses contemporains en développant .ses plaidoyers de coq-à-l'àne.

Hn outre, ce mode de composition par les coq-à-l'àne .se rencontre à un degré moindre dans d'autres parties de son livre. Ces trois chapitres sont le développement le plus copieux et le plus libre d'une tendance dont nous surprenons chez lui maintes manifestations. Quand il écrit à propos de la généalogie de Gargantua « un gros, gras, , <'';•«(;(/, gris, ]o\y, pclil, moisy livret, plus mais non mieulx sentant que roses- », il suit, sans se soucier de l'incohérence qu'offrira sa phrase, le procédé du coq-à-l'àne. Les trois premières épithètes sont dues à l'allitération qui les associe artificiellement et l'adjectif petit est appelé par joly, auquel dans le langage courant il est souvent uni. — Dans l'anatomie de Quaresme-Prenant, quelques-unes des comparaisons sont amenées par de semblables rapprochements de mots : ainsi la comparaison les c.conune nne gtiedoiifle, i été suggùiVi: par le mot pantoufle, qui figure dans la comparaison précédente et avec lequel il rimait dans un dicton rapporté au Tiers Livre, chap. wi '. — Enfin nous avons vu que dans les boniments des prologues, Rabelais se plaît à enchaîner des proverbes ou des dictons, en's'amusant de l'incohérence même qu'ils peuvent produire. Dès lors, ces plaidoyers de l'affaire Baisecul-Humevesne n'apparaissent point comme isolés et singuliers dans l'œuvre de Rabelais. Ils sont l'épanouissement d'un procédé qui est en germe dans beaucoup de ses plaisanteries, dans les queues de (phrases : « Avez-vous bien le tout entendu :

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