Garg., I, M. L. 1, p. II
l'esprit populaire 315
Bcuvcz donc un bon coup sans eaue. Car si ne le croicz, non fa\i-ji\ fifl-cUc ' » ; comme dans les feintes distractions de lanijage du prologue du Tiers Livre : « C'est belle chose veoir la churté du (vin cl cscni) soleil... qui est qualité compétente, pour en vin, non en vain, ainsi plus que physicalenienl philosopher... pour en lopinant opiner-... » Ils s'expliquent par son goût pour les jeux du vocabulaire et du hasard.
Les mêmes caractères se retrouvent dans les litanies burlesques des chapitres xwi et xxviii du Tiers Livre, ainsi que dans le « blason « de Triboulet par Pantagruel et Panurge(chap. xxwiii). La longueur même de ces énumérations, l'étrangeté de quelquesuns de leurs termes en obscurcissent pour nous la valeur comique. Nous n'y voyons guère que des listes fastidieuses d'adjectifs, parfois difficilement intelligibles. Ce sont jeux d'esprit populaires, amplifications de thèmes très simples dont l'effet comique est élémentaire. Les deux premières de ces énumérations sont de véritables litanies. Panurge « tout matagrabolisé » invoque le secours et le réconfort de Frère Jean : sa supplication prend naturelleinent la forme rituelle de la litanie (chap. xxvi). Pour flatter et toucher Frère Jean, il prodigue toutes les épithètes d'excellence qu'il peut imaginer, en les accolant à un terme de familiarité plébéienne. Au chap. xxviu. Frère Jean lui donne la réplique selon le même procédé; le ton seul a changé. Frère Jean s'apitoie sur le déconfort et la « fasclierie » de Panurge; toutes les épithètes qu'il choisit présentent donc un rapport, parfois très vague, avec l'état de découragement, de dépression et de misère, dans lequel se trouve Panurge.
Quant au n blason » de Triboulet par Panurge et Pantagruel c'est une sorte de description amœbée. Le principe de cette scène comique, c'est le désir qui pousse chacun des deux interlocuteurs à renchérir sur son rival, à rester le maître de la conversation, à garder le dernier mot. C'est cet amour-propre particulier qui anime et prolonge les querelles des poissardes et les altercations des cochers de fiacre. Bonaventure Despériers, dans la 63' de ses Nouvelles Recréations, nous décrit une de ces altercations entre une