PiWlagnifl, I, M. L. I, p
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liaan<,'ca' du Petit-Font et un rcgein de collège. C'est le régent qui attaque ; il se plante devant la poissarde, « comme voulant escrimer à beaux coups de langue. » Celle-ci relève le défi : « Mercy Dieu, dit-elle, tu en veux donc avoir, magister crotté! Allons, allons par ordre, gros baudet et tu verras comment je t'accoustrerai. Parle, c'est à toi. — Allez, vieille sempiternelle! dit le régent. — \'a, rullian. » Pt le duel continue jusqu'à ce que le régent, ayant épuisé la liste d'injures qu'il avait apprise par cœur, en tire un second « rollet » de sa manche et se met à le lire. Cette défaillance dans cette singulière escrime est interprétée comme un aveu d'infériorité : il est hué et s'enfuit. — Bonaventure Despériers ne nous a d'ailleurs rapporté qu'un petit nombre des injures échangées : le conteur, après avoir assisté au:: premiers engagements de la lutte, s'en va « faire un tour ». Il revient au bout d'une heure et trouve les combattants encore aux prises. Rabelais n'était pas homme à se désintéresser d'un tel assaut de mots de gueule '. Il ne se contente point de nous donner l'idée de l'émulation, qui pousse Pantagruel et Panurge à renchérir alternativement sur les louanges de Triboulet. « Triboulet, dit Pantagruel, me semble compétentement fol. Panurge répond : Proprement et totalement fol, etc. » Trop heureux d'avoir trouvé une nouvelle occasion d'étaler les richesses de son vocabulaire, Rabelais aligne sur deux colonnes parallèles deux séries d'épithètes ou de compléments déterminatifs, d'une infinie variété de sens et d'origine, qui tendent moins à décrire tous les aspects de la folie de Triboulet, qu'à nous donner l'impression de la perfection de cet état. Dans ces trois chapitres du Tiers Livre (26, 28, 38), l'invention de ces énumérations est tout à fait analogue à celle que nous avons déjà signalée dans d'autres espèces de jeux de mots. Les mots s'appellent les uns les autres, tantôt par l'allitération : c. mignon, c. moignon ; — tantôt par la rime : r. positif, c. gérondif, c. génitif, c. actif ; — tantôt par de vagues rapports de sens comme dans ce dernier cas, ou encore dans la double série des louanges de Triboulet. Là, nous voyons Pantagruel prendre d'abord toutes ses épithètes dans le vocabulaire astrologique : Fol céleste, fol
I. Voir la liste des injures adressées aux bergers par les fouaciers de Lerné. Gargantua, 25 : « Les oultragèreiit grandement, les appellans Tropditeulx, Brcschedens, Plaisans rousseaulx, Galliers, Chieulictz, Averlans, Limessourdes, Faictneans, Friandeaulx, Bust.irius, T.ilvassiers, etc., etc. » m. l. i, p. 98.
iovial, fol merctirial, fol hiiiatiquc, pendant que Panurge puise dans le lexique de la musique. Fol de haute gaine, expression métaphorique courante pour exprimer une idée d'excellence, lui suggère : Fol de b quarie et de h mol. Puis, le Fol céleste de Pantagruel lui inspire, par opposition : Fol terrien. Pantagruel, suivant la série de ses épithètes astrologiques, rencontre : Jovial, (né sous le signe de Jupiter). Panurge l'entend au sens de joyeux et suit la série des épithètes et compléments déterminatifs exprimant cette idée : Fol jolly et folUaut, Fol à pompettes, fol à pilettes, Fol à sonnettes, etc. - ■ Ainsi les calembours, les à peu près, les jeux de mots ont leur rôle dans l'invention de ces listes énormes de vocables. Leur effet comique primordial est simple : c'est pour les deux premières, une caricature de litanies ; pour le blason de Triboulet, une « escrime » de louanges, dont nous pouvons des équivalents dans la réalité et dans la littérature. M.3.M ces fantaisies sont devenues pour Rabelais des occasions de prodiguer les mots ; il faut y voir surtout une nouvelle manifestation du goût qu'il éprouve à étaler les prodigieuses richesses de son vocabulaire.
B. Les ]iux d'esprit sur les méltiphores.
Comme Rabelais est aussi sensible à la valeur métaphorique d'un mot ou d'une locution qu'à sa valeur phonique, il en résulte que, à son tour, la métaphore peut lui fournir de nouveaux eBets comiques. Les plus communs sont ceux qui proviennent de la n'alisa'.ion de la métaphore. Le procédé a de tout temps été exploité par les auteurs comiques. Sans remonter aux comédies d'Aristophane, nous en trouverions de nombreux exemples dans notre ancien théâtre français, dans les farces et dans les sotties. La « Farce de Marchandise » met en scène Métier et Marchandise passant le Temps à travers l'étamine '. La Sottie de V Arbalète - nous montre un sot qui veut devenir savant. On lui a dit qu'il fallait mûrir sa pensée, dévorer des livres et parler
I. Vlollet le Duc. .Ancien Tliedlre frtiitùiis, t. III, p. 2jO. Rabelais a repris la même idée comique. Gari^miliui, 22, .M. L. I, p. 8j : « .\prés avoir bien... passé et beluté temps. » Le « beluteau » est un crible pour la farine. Cf. Oiuirl Livre, 14. .M. L. II, p. 5;o : <• Loyre poitrissoit la pastc, sa femme belutait I.i farine. »
2,. Petit Je JuUcville. Ripertoire du Tliédire comique ,iu wi'Vi'/MjVt", p. 1 10.
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à trait (à propos). Il a donc enveloppé sa tête comme un melon de couche; il ni.;che les feuillets d'un livre; et pour parler « à trait M il fait une haranj^ue à une flèche d'arbalète.
Rabelais use du même procédé fréquemment, surtout au Ounrl Livre. Les navigateurs passent « Procuration ' » ; à Tholiu et Bohu, ils ne trouvent que frire % « toutes les paelles, paellons, chauldrons et autres ustensiles à frire avant été avalés par Brini^uenarilles. — Pantagruel « rompt les Andouilles auxL;enoux '. » Dans la locution usuelle, rompre les Ainloiiilles aux i^eiwiix c'est-à-dire sur le genou, c'était jouer la difficulté, en appliquant à une tâche aisée un eff'ort superflu. Rabelais prend la métaphore à contre-sens : Son géant brise les genoux des Andouilles. — De même au chapitre 43, il est dit que Quaresme-Prcnant passait son temps « à voir l'urine » des Physetères. Rabelais prend ici à la lettre une expression métaphorique, dont le sens nous est donné au chap. 23 du Garj^autiui. « Je voudrais bien que les plaisans chevaliers jadis Rhodiens vous résistassent, pour voir de leur urine », c'est-à-dire pour voir ce qu'ils ont dans le corps, de quoi ils sont capables ^. — Dans le chapitre 56 (les paroles gelées), ces réalisations de métaphores sont naturellement suggérées à Rabelais par le thème même de l'épisode. Panurge prend Frère Jean « au mot », « sus l'instant qu'il ne s'en doutait mie. »
Les plus piquants de ces jeux d'esprit portent sur la réali.sation imprévue des métaphores les plus familières, de celles qui sont