Cf. exemptes cités, supra, p
3. L'Exaise de noble seigneur Jacques de Bourgogne, seigneur de Fulais et de Brediini, pur Jeun Calvin, IS4S, réimprimé par .\. Cartier, Leiiierrc, 1H96, in-l6.
symétrie, ou tournures calquées sur le style latin et étran<^ères à la langue française. Rabelais, lui, dans ses épitres et concions, sacrifie à la forme; il a donné de la période cicéronienne un pastiche, qui amplifie jusqu'à les déformer en caricature les caractères de ce style étranger. L'efTort était d'ailleurs si grand et si contraire à sa nature qu'il s'est vite lassé de le soutenir : aucune des harangues et épitres n'est écrite tout entière de ce style factice '.
On pourrait trouver dans le roman de Rabelais d'autres indices de cet efTort pour reproduire le rythme de la période latine : nulle part cette imitation n'est plus exacte que dans ces spécimens d'éloquence d'apparat.
.Mais ce n'est point la seule empreinte de l'humanisme sur son Stvlc. Un des caractères les plus frappants de ce stvle est
l'abondance des réduplications de termes. Rabelais aime à doubler un substantif, un adjectif, un adverbe, par un second substantif, un second adjectif, un second adverbe de sens voisin et presque identique. 11 ne lui suflit pas d'écrire : « Si par le consentement de tous les élémens - » ; il adjoint à couseulciiieni un mot synonvme : « si par consentement et convcnencc de tous les élémens. » Dans la seconde rédaction du Oiinrl Livre (1552), il corrigera le texte primitif pour y introduire douze réduplications de ce genre >. Cette élégance était d'origine humaniste ; c'était une imitation du stvle de Cicéron, qui avait passé de la prose latine des lettrés du xvr siècle, dans leur prose française.
lin outre, son g,)iit pour le vocabulaire d'origine savante qui se manifeste non seulement dans les morceaux d'éloquence, mais dans toutes les parties de son eeuvre, est un autre efîet de l'influence humaniste. 11 semble partager l'illusion commune à tous les écrivains lettrés de l'époque ; il croit que l'originalité d'un auteur est dans son vocabulaire plutôt que dans son style '. Si l'on compare l'édition du Quart Livre de 1552 à la rédaction de 1548, on constate que la plupart des corrections au texte pri-
1. Il lui est même arrivO de le parodier. Il me semble que certaines parties du Prologue du Tifis Livre en sont la caricature : « Je, parcilli;nn;ut, quoyque sois hors d'eflVov, ne suis toutefois hors d'esmoy », .\i. l. m, p. 8-9. « Par donc n'estrt adscrit ", p. 9. « Puis doncques que telle est ou ma sort ou ma destinée », p. lO.