‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 190 sur 216 · Oiiiirl Litre, 5, .\l. L. 11, p · texte numérisé non relu

Oiiiirl Litre, 5, .\l. L. 11, p

3. Cf. J. Plattard. liiIroilitcHcii li l'citilioii critique du Qti.irl Livre de i)4S.

4. Cf. Brunot. Histoire de lu liiin'iiefriiiiÇiiise, II, p. 175.

niitif portent sur le vocabulaire. Les corrections de style consistent dans des modifications à l'ordre des termes de la phrase ; elles ont eu pour objet de donner une couleur archaïque au stj'le, non de varier la construction ou de la mieux adapter à la pensée '. Ses efforts ont tendu plutôt à allonger les énumérations, à enrichir le vocabulaire. On peut conjecturer qu'ils s'exerçaient dans le même sens au moment de la première rédaction. Rabelais trouvait d'instinct et aisément le mouvement et le tour de phrase qui s'accordaient avec le caractère de sa pensée : il portait son attention plus particulièrement sur le vocabulaire. C'est sur le vocabulaire qu'il comptait pour enrichir et rehausser son style. — Il reste qu'en dépit de sa facilité à user de la « verbocination latiale ^ », il avait le goût moins étroit que la plupart des Humanistes contemporains et que les mots empruntés à la langue populaire compensent dans son livre ceux du vocabulaire gréco-latin.

2" Influence populaire.

Rabelais n'a pris de modèle de style chez les anciens que pour ses développements d'éloquence d'apparat. Dans la description, le dialogue, la causerie, le récit, il n'y avait pas de formes idéales, dégagées des ouvrages antiques par l'étude humaniste et imitées par les écrivains français. En revanche, les origines populaires de son livre ont déterminé certains caractères du stvle de ses propos et de ses récits.

Ce sont des légendes très anciennes que les « chroniques » qui composent le Gargantua et le Pantagruel ; et l'on ne se représente guère un conteur de légendes ou de « chroniques » autrement que sous les traits d'un vieillard. C'est précisément la physionomie que se compose maître Alcofribas dans ses Prologues. Sa bonhomie, sa faconde, sa manière familière d'interpeller ses

1. Cf. Iitlroiliielicti à IWUtion critique du Quart Livre Je i J4S.

2. Il avait écrit, par exemple, dans la première rédaction du Qihirt Livre, II, M. L. u, p. 307 : « Vrayement vous me réduisez en récordation » ; il corrige, en 1552 : " Vous me réduisez en iiu'inoire. » — Naturellement, c'est surtout dans les Epitres et Concions que fleurit cette « verbocination latiale » et il ne juge pas que ce mot de rceordatioii soit déplacé dans la lettre de Gargantua à Pantagruel, IV, 4, m. l. h, p. 282. « Acquiesçoys en la doulce récordation. ))

auditLius et de kur domier des conseils, certains détails plus précis encore', le montrent nflectant ce personnage de vieillard indulgent et disert, qui convient à un conteur de légendes. Il en a pris et gardé le ton qui se traduit dans son style par quelque couleur d'archaïsme.

Lorsque l'on compare l'ordre des mots dans sa proposition à celui qu'ils ont dans les écrits des romanciers et des conteurs de son temps, on peut constater que sur deux points, au moins, le style de Rabelais est légèrement suranné -. Il affecte de renvoyer le participe passé à la fin de la proposition, après tous les compléments directs, indirects et circonstanciels. Il écrit, par exemple :

Quart Livre, i. « qui pareillement avaient le psaume susdit chante. »

xvii. « ce grand géant avait toutes' les poêles, poêlons, cliauldrons, coquasses, licliefrites et marmites du pays avallé. »

Ihid. <■' qu'il avait à ce matin en deux fois rendue. »

//'/(/. « ■^'estoil de la ville... éloigné. »

Cette construction était déjà démodée en i v)<^ et lorsque Rabelais ne jouait pas son personnage de conteur, lorsqu'il rédigeait, par exemple, la Scionmchie, ce rapport sur les fêtes données à Rome en 1 549 à l'occasion de la naissance du dauphin, il écrivait :

« Et est un point sur lequel les Platoniques ont fondé la participation de divinité es dieux tutélai'res. »

« Fut relevé de cette perplexité par le moyen du seigneur Horace Farnèse. »

« Les premier et second jurent abandonnés aux gladiateurs. »

« Le tiers /;;/ rond'aitu par trois grands chiens corses..., etc., etc. ' »

1. Cf. particulièrement Paultitriiiel 34, M. L. i, p., 585. « Si vous nie dictes, Maistie, il scmbleroit que ne feussiez grandement saige de nous escrire ces balivernes... » — Quart Livre. Ane. Prologue, M. L. m, p. 185. M J'ai ... entendu l'ambassadeur que la seigneurie de vos seigneuries ha transmis par devers ma paternité... » — et le ton du Nouveau Prologue. — En outre, à partir de la première édition du Tiers Livre, Rabelais prend le titre de Calloier îles Istes Hiires. C'était le nom par lequel on désignait les moines dans tout l'Orient et Henri Estienne, dans \' Apologie pour HJrcdote, 21, nous donne le sens de ce terme de grec vulgaire : Kaloiro ou Kalœro signifie beau père, bon vieillarJ. (Cf. sur ce mot une note de M. A. Leiranc dans Kev. El. Rab. IV, p. 196).

2. Je me permets de renvover pour l'examen de cette question;! mon lulro duction à l'édition critique du Quart Livre de i)4S.

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