‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 191 sur 216 · Cf. La Siioiuachie... .M. L. m, p · texte numérisé non relu

Cf. La Siioiuachie... .M. L. m, p

Bien plus dars la première rédaction du Quart Livre, celle de 1 548, il avait négligé d'observer cet usage déjà démodé et il avait suivi l'usage courant, plaçant dans tous les exemples que nous avons cités plus haut, le participe immédiatement après l'auxiliaire.

La même différence de construction s'observe pour l'infinitit régime d'un verbe ou complément d'une préposition. Il écrit, dans la rédaction de 1548 : xi. « sans répondre au problème proposé. »

XVII. « apte naturellement à digérer moulins à vent tout hrandits. 1)

I. « firent de leurs maisons apporter force vivres et vinaige. » conformément à l'usage ordinaire de l'époque, comme nous le montrent, entre autres exemples, ceux de la Sciomachie :

« délayaient toujours à déclarer leur joye et alaigresse. »

« envové.. /)('/(;• acerlaiiier le Père Saint, les cardinaux français et ambassadeur de ce que dessus. »

En 1552, dans l'édition définitive du Quart Livre, il corrige toutes les phrases que nous citons pour renvoyer systématiquement le verbe à la fin, conformément à l'usage du xv^ siècle.

Il a donc délibérément donné à son style une couleur archaïque. C'était dans le ton du conteur de légendes, dans le personnage qu'il s'était composé pour que son œuvre restât fidèle à ses origines populaires.

5° L'originalité.

Puisque, comme nous venons de le voir, il a retouché son œuvre, puisqu'il a connu le travail du style, pourquoi dans cette besogne de revision et de correction n'a-t-il pas songé à faire disparaître certaines négligences, qui sont précisément les premières dont nos écrivains expurgent leurs brouillons ? Pourquoi, par exemple, a-t-il laissé des redites inutiles,? Elles abondent dans son roman. La fin du^chap. i\' du Pantagruel, qu'on a pu citer comme une merveille de style ', en contient plusieurs : « il

I. Stapfer. Rabelais, p. 482. « Je ne sais rien de plus parfait, de plus magistralement écrit... »

espovcnta bien l'assistance, mais par autant qu'il avoit les bras lyez dedans il ne povoit rien prendre à manger, mais en grande peine se enclinoit pour prendre à tout la langue quelque lippée. Quoy voyant son père entendit bien que l'on l'avoit laissé sans luy bailler à repaistre et commanda qu'il fut dcslyé desdictes chesnes par le conseil des princes et seigneurs a«/j/fl;w '. »

De même, on peut s'étonner que Rabelais ait inséré dans ses propos ou sa narration tant de parenthèses, généralement assez étendues. Le plus souvent, il lui eût été facile de les fondre avec le reste du récit. Tout au moins, était-il naturel lorsque la parenthèse interrompait la suite logique des idées, de rappeler sommairement, à la reprise du propos, où en était le raisonnement avant la parenthèse. Rabelais ne s'en soucie pas. Il écrit, par exemple Çriers Livre, 15): « On temps jadis peu de gens dipnoient, [comme vous diriez les moines et chanoines, aussi bien n'ont-ilz aultre occupation, tous les jours leurs sont festes : et observent diligemment un proverbe claustral, de missa ad mensam : et ne différeroient seulement attendans la venue de l'Abbé, pour soy enfourner à table, là en baufrant attendent les moines l'Abbé, tant qu'il vouldra, non aultrement ne en aultre condition] : mais tout le monde souppoit, exceptez, etc. ». Il était aisé, pour mieux marquer

I. M. L. I, p. 236. Autres exemples : Pantagruel, 24, m. l. i, p. 552. « Puis la niist dedans l'eau... Puis la nionstra... Puis en frotta une partie d'huile... Puis en frotta un part de laict... Puis en frotta un coing de cendres... Puis en frotta un aultre bout de la sanie des aureilles... Puis les trempa... Puis les gressa... Puis la mist... dedans un bassin d"eau fresche. » Il y a, sans doute, dans cette répétition de la même conjonction un effet comique très simple : Rabelais attire notre attention sur la multiplicité des ressources de subtilité de Panurge. — Mais on ne saurait expliquer de la même manière la répétition de Dout, dans la phrase suivante : Ihid. « Trouvèrent escript... Lamah haz abthani, dout appellèrent Epistenion, luy demandant que c'estoit à dire ? A quoy respondit que c'estovent motz Hêbraicques signifians, pourquov me astu laissé ? Du»/ soubdain replicqua Panurge... )>

Cf. encore la monotonie des conjonctions dans le récit du chap. 25. « Lors dist Pantagruel... Alloue respondit Panurge... A quoy dirent les aultres... Aiionc Pantagruel dist... Alors Panurge... n ou encore dans le récit du duel de Pantagruel et de Loupgarou (29) et particulièrement, M. L. I, p. 561. « Mais Panurge leur dist... Mais les géants n'eu tindrent compte... etc. »

De même encore dans le récit du vo\-age en la bouche de Pantagruel (chap. 32^, M. L. I, p. 376. « Lors ]e ptvisay que quand Pantagruel baislait, les pigeons à pleines volées entroyent dedans sa gorge, peiisaus que feust un colombier. Ph/j entrav... Z.O/S je ^l'Hîi; et calcule... Puis descendis... Là commença v penser, etc. «

cette opposition que le conteur veut établir entre le dîner et le souper, de rappeler la première partie de la phrase que la parenthèse, si longue et si amusante, nous a fait (Uibliei-.

Ces particularités, que nous tiendrions, dans la prose moderne, pour des négligences, s'expliquent par un caractère essentiel du j i style de Rabelais, sur lequel nous insisterons particulièrement. ! C'est le style d'une prose qui est destinée moins à être lue, qu'à \ 'ji< être entendue, c'est le style d'un langage parlé.

Ce caractère se marque d'abord par la fréquence des interven- — tions du conteur dans son récit et ses propos. Les prologues sont j \ — ""■ véritablement, en grande partie, des dialogues du conteur avec ses auditeurs. Dans le récit lui-même, le narrateur se met en scène : « Je voy... j'entends bien... je trouve » sont des phrases qui reviennent souvent dans les premiers chapitres du Paiilagnicl. Sans cesse, Rabelais interrompt son propos pour interpeller ses auditeurs : « Vous sçavez le reste de la chanson ', » — « Vous noterez qu'en icelle année'... » — « Il dict es saiges femmes (où sont-elles ? Bonnes gens, je ne vous peulx veoyr) '... » — « Que fist-il ? qu'il fist, mes bonnes gens escoutez ». »

Son intervention est parfois moins directe et plus discrète. Elle se traduit par des interrogations, qui attirent l'attention de l'auditeur sur un point du récit : « Qui fut bien esbahi et perplex, ce fut Gargantua son père >... », ou encore par quelqu'un de ces termes, qu'on a appelés les « éléments subjectifs du langage '' ».

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