Gargantua
des citations latines', tantôt des réminiscences de l'Ecriture % tantôt dos devinettes et des facéties populaires '. Au Tiers Livre, dans rentrcticn de Rondibilis et de Panurge, on devine au seul ton des paroles de Panurge tous les sentiments par lesquels il passe : la confiance et l'espoir qui le rendent artable ', puis le découragement, l'irritation contre le médecin qui décidément ne sera pas ^ invité à ses noces'. De même encore au Oiiarl Livre, le dialogue de Dindenaut et de Panurge, sans une seule indication scénique, nous dépeint l'extérieur avantageux, la parole confiante, puis agressive du hâbleur et la malice sournoise de Panurge, qui s'encourage d'un seul mot à la patience et s'expose ensuite aux rebufiiides du marchand, assuré qu'il est d'avoir sa revanche "^ !
Dans ces dialogues, Rabelais suit la tendance qu'ont tous les auteurs à varier leur ton, selon le caractère des personnages dont ils rapportent les propos, à imiter la parole même, le timbre ou l'intonation des divers interlocuteurs qu'ils mettent en scène. ^ L'art de Rabelais a consisté à obtenir par le style un effet qui ne semble possible que dans le récit oral, à nous donner par la sonorité des mots, leur groupement et le rythme de la phrase, la sensation de ces différences d'intonation.
Naturellement, en vertu du même principe, lorsqu'il rapporte le discours d'un seul personnage, il s'efforce d'établir la même correspondance entre le ton de sa voix, c'ey-à-dire entre le r\-thme de sa phrase, et les dispositions ou sentiments qu'exprime successivement le discours. Il faut que sa parole soit une peinture de l'âme du personnage, que ses auditeurs reconnaissent des intonations, des tours de phrase qu'ils savent être les signes de telle passion ou de tel sentiment. Dès lors plus de période cicéronienne,
1. M. L. I, p. 21. « Car privatio presupponit habit.im. Je suvsclerc. Fœcuiidi calices quem non fecere disertum ? »
2. M. L. II, p. 22. « Je boy comme un templier et je tanquam sponsus et mov sicut terra sineaqua... »