Quart Livre, 52, M. L. 11, p
à donner l;i sensation d'une sorte de refrain, sur lequel la voix s'enrte à mesure que tombent les objections et que l'orateur triomphe dans sa démonstration : « Tout pour la tripe ' ! » et « Dives Décrétales - » correspondent à cette allégresse croissante de l'orateur.
Parfois ce même sentiment se traduit dans une effusion lyrique par une suite d'exclamations et d'interjections : « O quelle harmonie... s'écrie Panurge imaginant un monde de préteurs et d'emprunteurs..., quelle s^'mpathie entre les éléments!... Xul procès, nulle guerre, nul débat, etc '. » L'extase de Homenaz contemplant d'avance le règne des Décrétales s'exprime par le même mouvement : « O lors, nullité de grêle, gelée, frimats, vimères ! O lors, abondance de tous biens en terre... etc. *. »
Des phrases courtes, pressées, des apostrophes, des exclamations, voilà les formes que revêt naturellement l'éloquence du personnage qui se passionne pour sa cause et « plaide d'affection. » C'est celle que Rabelais a lui-même adoptée, lorsque se jouant en pleine fiction, sans souci du réel, il s'est dispensé de donner à sa pensée la forme solennelle de l'éloquence cicéronienne. Dans la lettre de Gargantua à Pantagruel ', le tableau de la Renaissance et le programme d'éducation et d'instruction d'un prince lui ont paru exiger la forme pseudo-latine ; mais l'éloge de Pantagruélion appartient à la fantaisie et au paradoxe : aussi présentc-t-il les caractères de cette éloquence naturelle et « indigène » que nous venons de définir ''.
jusqu'à présent, ce sont surtout des spécimens de la forme oratoire de la péroraison dans cette éloquence que nous avons cités. Au cours de sa causerie, Rabelais a si souvent argumenté, sJrieusement ou plaisamment, qu'il n'est pas difficile de trouver chez lui d'autres exemples pour chacune des parties de l'argumentation.