Paulii<;ruel, 16, .M. L. I, p
de nous rappeler que Panurge a « crié le thériade » : et qu'il sait jouer des gobelets et même des doigts. Il nous le montre à l'œuvre ; et pour le décrire exécutant un de ses tours de charlatan, il emploie un style de boniment : il enfle insensiblement la voix sur trois adverbes de quatre et de cinq syllabes et souligne son effet en proclamant que l'opération se fait sans douleur. « Et quand il changeait un teston ou quelque autre pièce, le changeur eut été plus lin que maitre Mouche, si Panurge n'eut fait évanouir à chacune fois cinq ou six grands blancs, visiblenienl, aperteiiiait, maiiifesleinenl, sans faire h'sioii ne hkssnre aucune, dont le changeur n'en eut senty que le vent. »
Dans la plupart de ses « narrés », Rabelais a cherché à marquer ce rappcK't entre le ton de son récit et le caractère des faits qu'il raconte. Le procédé le plus simple, qui correspond à la reprise du mot de valeur dans l'argumentation, est la répétition du terme qui fait image, ou qui exprime le trait le plus saillant de la scène décrite. Dans l'anecdote du lion, du renard et de la vieille, il répète les mots mouche et émoiicbeter qui correspondent au trait qui est pour lui le plus comique dans cette scène : l'aflairement du renard à cette orde besogne '. Au Quart Livre, dans la description de la « foule » des moutons de Dindenaut, les mots « criants et bêlants » sont répétés à chaque aspect nouveau de cette scène : ils dominent le récit, comme les cris, dans la réalité décrite, couvraient toute cette ruée des moutons à la mer'. Ce sont là, on ne saurait trop le dire, des procédés de conteur populaire, auxquels Rabelais a su donner un caractère artistique. Ils prennent toute leur valeur dès qu'on les rattache à leur origine : ils sont la transcription de l'intonation, des gestes même du conteur et la notation d'un style « oral ».
Dès lors, ce caractère de conte oral particulier aux récits de Rabelais explique la présence des négligences que nous citions plus haut. Ce sont négligences qui passent inaperçues dans le récit oral, car ce n'est pas dans une correction extérieure, dans une