Pautagruet, 11, 12, i
manifeste de la façon la plus sensible ei la plus étranj^e pour nous.
Mais nous le saisissons encore dans d'autres créations, plus aitistiques, de son L;énie. I.es mystifications et les farces sont développées avec une outrance dans la caricature, une fécondité dans rinxention des détails amusants, une attention à tirer parti de toutes les circonstances d'une situation comique, une diligence à épuiser toutes les ressources d'un thème, qui transforment les données empruntées à autrui. Qu'on relise les « Cliicanous daubés par Basché ' », le barguignage de Dindenaut et Panurge -, rinterrogatoire de Trouillogan ' ; ou mieux encore, qu'on rapproche le discours de l'escholier limousin du spécimen de jargon écorche-latin cité par Geoffroy Tory, les réponses polyglottes de Panurge à Pantagruel de la scène où Patelin feint de délirer en cinq idiomes différents, « l'argumentation par signes >! de l'anecdote contée dans une glose d'Accurse ' et on constatera la fécondité de Rabelais dans le développement d'une scène comique.
Son invention ne consiste point à imaginer cette scène : nous avons trouvé, dans ses lectures, les idées ou les modèles de la plupart des nouvelles, des farces, des scènes comiques de son roman. Même il reste fidèle aux données qu'il emprunte à autrui : ses farces et scènes de mystifications nous offrent très rarement cette variété d'incidents, ricochant les uns sur les autres pour aboutir à un renversement de la situation initiale, qui est l'effet comique ordinaire de nos vaudevilles. Si longues que soient ses scènes de comédie ou de farce, elles restent à la fin ce qu'on les a vues d'abord.
Lucien lui fournit, par exemple, l'idée de l'interrogatoire du philo.sophe éphectique et pyrrhonien, dont aucune réponse n'offre de prise à l'interlocuteur. Sur le point précis que Panurge .soumet à l'examen de Trouillogan, la méthode pyrrhonienne ne donne au philosophe que quatre ou cinq réponses dilatoires. Or, après ces quelques réponses tirées de doctrines de Trouillogan, l'interrogatoires se poursuit encore pendant un long chapitre, sans que l'aspect de la scène change, sans qu'aucune intervention de quelque