Quart Livre
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goût pour le rytTune oratoire.i II se manifeste avec éclat dans les pàssages'quê nous venôns'd'énumérer, qui sont tous des discours ;
mais il apparaît, à un degré moindre, dans presque toute son œuvre, (^est que Rabelais, plus qu'aucun prosateur, exception faite des orateurs, « parle » véritajbJeaient son livre. Ses « narrés » sont avant tout un conte ((oral » et il n'a rien négligé pour nous le rappeler. Ou plutôt, quand il interpelle les auditeurs, quand il les prend à témoin de la véracité de ses dires en invoquant leur propre expérience, quand il multiplie ces éléments subjectifs du langage qui correspondent à des gestes, ce n'e.st pas qu'il s'é\ertue à bien faire son rôle de conteur, mais il se sert du stvle pour noter sa parole et transcrire la mimique qui l'accompagne.
A narrer ainsi, il éprouve le même plaisir et cède aux mêmes tendances qu'un conteur « oral ». Tout d'abord il « entend « les mots : il est sensible à leur timbre, à leur physionomie, aux infinies variétés de leurs combinaisons, à la cadence des intonations, à la puissance expressive du rythme. De là vient cette complaisance aux longues énumérations; de là ces entassements de substantifs et de verbes par lesquels il s'efforce de rendre par exemple l'innombrable activité des Corinthiens mettant leur ville en état de défense ', ou l'affairement haletant de Diogène autour de son tonneau -. Parfois même le trésor du vocabulaire l'attire et le trouble à la façon d'un charme : c'est alors que pour la seule joie de faire sonner des vocables étrîinges et variés, il énumère toutes les villes aux noms exotiques que doit conquérir Picrochole >, il dresse des listes de plantes aux noms grecs et latins +, le catalogue des serpents, réels et imaginaires >, des kyrielles d'adjectifs et de compléments déterminatifs pour blasonner la folie de Triboulet '', des litanies d'épithètes accolées à un substantif de cajolerie plébéienne ", le menu de Gaster aux jours gras et aux jours maigres ^