Quart Livre
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sur des cflusidiis lyriques. — Les rythmes de cette éloquence indigène ont plus de vivncité et d'entrain que ceux de l'éloquence cicéronieiiiie : mais toutes deux ont en commun l'ampleur du niouvL-ment et l'abondance verbale.
Rabelais emprunte l'étolTe de ces ari,'umentations à son expérience et à sa science. Sa culliu'e d'humaniste est caractérisée par un goût, commun à son époque, pour l'érudition proprement dite. A sa vaste mémoire, à sa pratique des œuvres des grammairiens anciens et modernes, des Recueils d'exemples et des Leçons antiques, son livre doit ces listes de singularités, ces « cas étranges », dont l'exposé et le commentaire constituent la matière principale de ses développements oratoires. '1
y Entraînés et accrus par le rythme du discours, ces développe- "inents ne sont pas limités par un sentiment de l'harmonie des proportions. Rabelais épuise les ressources d'une argumentation, s'attarde dans une parenthèse à réfuter une objection, enfle démesurément d'exemples variés une confirmation, sans se soucier du rapport de ces éléments avec l'ensemble du discours.
La même(4ÎÉgligenêê~3E5;prop5Hîôn§^ se remarque dans la composition générale de son œuvre. Les qualités classiques de belle ordonnance et de symétrie en sont absentes. La comparaison de l'édition du Oiinrt Livre de 1 5 52 avec celle de 1548 nous montre quelle était sa manière de composer. Il considérait son li\re comme un « roman à tiroirs » et se contentait de l'affabulation la plus rudimentaire. Au Quart Livre, un thème général : la navigation de Pantagruel vers le Cathav par le passage du nord-ouest, Sert de lien assez lâche entre tous les épisodes. Mais la rédaction primitive s'accroît, en 1552, par l'insertion de nouveaux chapitres (Médamothi), par le développement de certains éléments contenus dans l'édition de 1548, sans qu'aucun souci des proportions ou de la symétrie préside à cet accroissement du texte primitif. -■ -.
Enfin, le troisième caractère essentiel du génie de Rabelais est dans l'intensité des sensations qu'il reçoit des formes concrètes de la vie. 11 a une aptitude singulière à saisir la physionomie des êtres et des choses : de là procède le pittoresque et la poésie de son expression. La sensation de la réalité, dans ses multiples
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aspects, est pour lui une jouissance si vive que son attention s'y arrête, s'y complaît, et ne va guère au-delà. Les idées sont loin d'exercer sur son esprit le même prestige. Il s'intéresse peu aux spéculations métaphysiques. Les idées générales, qui constituent sa philosophie optimiste, sont affirmées dans des formules dogmatiques : « Fais ce que vouldras ' » ou exprimées dans des épisodes comme le programme d'éducation de Gargantua - et la description de la vie à l'abbaye de Thélème ' : elles ne sont ni discutées, ni soutenues par une argumentation, ni appuyées sur des considérations philosophiques ou morales. — Parmi les philosophes antiques, nous avons vu qu'il s'attache non aux créateurs de systèmes, aux penseurs, mais à ceux qui dissertent sur des problèmes de morale familière, dont il reprend lui-même l'examen : « Il ne fiut point emprunter à usure », « Aide-toi, le ciel t'aidera * », etc. — Son utilisation de l'histoire trahit la même indifférence aux spéculations politiques ou sociales : ses lectures de prédilection sont l'Histoire Auguste, Suétone, Macrobe, Aulu-Gelle, Valère-Maxime, les collectionneurs d'anecdotes, ceux qui nous renseignent sur les particularités de la vie antique, qui décrivent par des traits concrets la physionomie des grands hommes. Grâce aux documents de réalité précise transmis par ces histoires anecdotiques, Rabelais goûte la satisfaction de pouvoir transposer la vie antique dans la réalité contemporaine : un bon mot de Cicéron, rapporté par Plutarque, permet à son imagination de se représenter l'attitude même du personnage dans une scène déterminée et d'esquisser un trait de sa physionomie'. .^—-"^
Ainsi, plus que les idées générales, la vie réelle l'intéresse ; et dans l'antiquité, il pratique surtout les œuvres où il trouve la saveur de la réaliti^même.
Naturellement, la vie contemporaine^ celle dont il avait la sensation directe et immédiate, tient la place principale dans son rpxnan. On peut dire qu on la retrouve partout, dans la plupart des formes de son art et dans la inalicre qu'élabore sa fantaisie.