‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 21 sur 216 · Pa>ildi;niel, Ed. Juste, p. ix · texte numérisé non relu

Pa>ildi;niel, Ed. Juste, p. ix

2. PaïUagruel, Ed. Juste, p. 5. « Je me donne .'i cent mille panerccs de beaulx diables, corps et àme, trippes et hovaulx, en cas que j'en mente en toute l'histoire d'un seul n.ot. »

3. 0/1. cit., p. 5. « Pareillement le feu sainct Anthoine vous arde, mau de terre vous vire, le lancv, le mau lu bec vous trousse, la caquesangue vous viengne... en cas que vous ne croyez fermement tout ce que je vous raconipterav en ceste présente chronicque. »

Ce sont des imprécations populaires : le mau de terre est, d'après Laurent Joubert, le haut mal, en Languedoc. Dans le même dialecte, le lancy est un élancement, une démangeaison quelconque. Le maulubec (ulcère) vous trousse, ou vous trousquc (cf. Prologue du Gav^aiitiui, M. L. i., p. 7) est une imprécation gasconne. La coquesangue s'applique au flux de sang, à la dysentrie. C. D'' Albarel. Ctiroiiiqtic iiiàliùilc. is avril 1907.

l'œuvre de RABELAIS ET LA LITTÉRATURE ROMANESaUE )

Il s'amuse donc lui-même de l'invraisemblance des aventures qu'il raconte. Naturellement sa raillerie n'atteint point seulement les « Horritîques fiiits et prouesses de Pantagruel », mais tous les exploits fabuleux qui ne sont que créations de l'imagination. Ses protestations dg. véracité soulignent également l'extravagance de son roman et celle de Hiioii de Bordeaux ou de Robert le Diable. Ainsi son œuvre s'annonce comme une dérision de la littérature des romans de chevalerie.

Pourtant cette satire littéraire des romans à la mode n'est qu'épisodique dans son œuvre. La parodie n'a pas été son dessein primitif, ni son objet principal. Les traits de satire à l'adresse des romans de chevalerie sont même assez peu nombreux dans son livre. M. Schneegans, dans son Histoire de la Satire grotesque" les relève et les range en trois catégories principales. La première comprend ces minutieuses descriptions des coups et des blessures, qui abondent particulièrement dans \e Gargantua '. Cette parodie viserait, à vrai dire, l'épopée antique autant que les romans de chevalerie. Mais il est fort douteux que ces descriptions soient, dans l'intention de Rabelais, des caricatures d'une habitude de la littérature romanesque. En y introduisant des termes d'anatomie, il a cherché et obtenu un effet comique, d'un tout autre ordre, que nous étudierons plus loin '.

M. Schneegans cite, en second lieu, les comparaisons que Rabelais établit entre ses héros et ceux des romans de chevalerie. Ainsi, au chapitre xxvii du Gargantua, il exalte Frère Jean au détriment d'un certain « Maugis hermite » qui se porta « vaillamment à tout son bourdon contre les Sarrasins, desquels est escript es gestes des quatre tilz Havmon ■• ». La comparaison que fait ici Rabelais se fût sans doute imposée à l'esprit des lecteurs qui connaissaient les gestes des Onalre fils A\niou : dans les deux récits nous trouvons un personnage qui par son caractère semble impropre à la bataille et qui déconfit l'ennemi avec une arme improvisée. Mais ce n'est certes pas en vue de cette comparaison que Rabelais

1. Schneegans, Gcschichle lier Grcti-skt-ii S,iliri\ II Tcil, I K.ip. Die Satirea dcr Ritterroniane.

2. Cf. Chap. xxvii, M. L. I., p. io6. — Chap. xliii, p. 159. — Chap. xliv, p. 163.

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a imaginé les prouesses de l-'rère Jean ; et le trait de satire qu'il décoche en passant aux exagérations romanesques tient une place bien petite dans l'épisode de la défense de Seuillé.

Enfin les exploits et inventions merveilleuses de Gargantua et de Pantagruel enfants seraient une parodie des aventures prodigieuses racontées dans les « Enfances » des héros. Là encore, nous ne découvrons nulle intention de satire littéraire. Les prouesses des géants de Rabelais ne sont point destinées à faire paraître « ternes » les « enfances » des chevaliers, dont elles n'évoquent même pas le souvenir d'une manière précise ; elles tendent simplement à amuser le lecteur, soit par des tableaux comiques de la vie universitaire, soit par de pures bouffonneries.

A tout prendre, la satire des romans de chevalerie est moins développée chez Rabelais que dans certaines productions antérieures qu'il a connues et parfois imitées : // Mahriam, Orlando innainorato, Orlando furioso, les Macaronàs de Folengo ' . Dans son principe, son roman n'est pas essentiellement une parodie de la littérature romanesque à la mode vers 1533.

Aussi bien, il n'est pas exact que son livre ait discrédité ce genre d'ouvrages dans la société cultivée et l'ait fait descendre dans la catégorie des livrets de colportage-. Au témoignage de Montaigne ', Lancelot du Lac et Huoh de Bordeaux faisaient les délices de la jeunesse de son temps. Sous le règne de Henri II les Ainadis eurent une telle vogue « que si quelqu'un les eust voulu alors blâmer, nous dit La Noue, on lui eust craché au visage, d'autant qu'ils servaient de pédagogues, de jouet et d'entretien à beaucoup de personnes ' >>. Or, les Ainadis procèdent directement des romans du cycle Breton, des L;incelot et des Tristan. Ils ne s'en distinguent que par les grâces nouvelles du langage >, la

1. \'oir sur cette question, Scliueegans : Ceschichie lier Grotesh'ii StUire, I Teil, II Kapitel. Die Italienische Ritterdichtung et III K.ip. Die niacaronische Poésie der Italiener.

2. Schneegans, p. 174. Rabelais... «brachte ilinen (aux romans) eiiie derartige Niederlage bei, dass sic fortan iu der feinen Gesellschaft unnioglicli wurdeii und nur in der Jahrmarktslitteratur eiu Kûmmerliches Leben fristeten. »

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