‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 22 sur 216 · Essais, I · texte numérisé non relu

Essais, I

4. De la Noue, Discours poUtiqiies et militaires, Vie discours. Que la lecture des livres d'.'\niadis n'est moins pernicieuse aux jeunes gens que celle des livres de Machiavel aux vieux.

5. De la Noue, op. cil. « Notre langage estant devenu plus orné et nos esprits plus fretillaus, il u fallu inventer quelque nouveauté pour les égayer

LCKL'XKE DF. KAIÎELAIS liT LA I.l TTICKATURE ROMAKESaUE 7

description plus exacte des mœurs courtoises ' et le développement du merveilleux magique ^ Mais les prouesses chevaleresques en restaient le fond principal ; elles continuaient de séduire l'imagination des lecteurs, comme au temps où Ponocrates, lui-même, en 1 534, leur taisait une place parmi les lectures récréatives du jeune Gargantua : « Au commencement du repas, était leue quelque plaisante histoire des anciennes prouesses ' ».

Au lieu de critiquer l'engoùment du public pour les romans de chevalerie, Rabelais n'a pas dédaigné de l'exploiter au profit de son propre livre. \'olontiers, dans son premier ouvrage, le PautagrneJ, il évoque au cours de son récit le souvenir des héros favoris du public. Dans la Généalogie de Pantagruel ^, il a placé une galerie de personnages dont la littérature romanesque avait vulgarisé les noms. Son Géant compte parmi ses ancêtres d'abord tous les Géants antiques, dont Rabelais trouvait l'énumération dans r(^/(V/?w de Ravisius Textor >, puis, mêlés à des noms inventés à plaisir, Fierabas, Morguan, Ferragus, Longis, Galehault, Galaffre, Sortibrant de Conimbres, Brushant de Mommière, Bruyer, Mabrun.

De ces Géants, deux seulement sont désignés nettement par la mention d'une circonstance de leur légende : Fierabras, « lequel fut vaincu par Olivier, pair de France », et Bruyer, « lequel fut vaincu par Ogier le Dannoys ». Les autres noms sont suivis d'une qualification de pure fantaisie. Aussi, ne sont-ils pas toujours faciles à identifier, quelques-uns ayant été portés par plusieurs personnages et étant devenus de véritables noms génériques. Il y a, par exemple, un Ferragus dans la Coiiqiiâc du i^raiil roy (ZhnrJonaiguc des Espagncs, un autre dans Moiganl k Géant, un autre dans J'alailin et Orson. De même, on trouve un Galafire dans Hiiou de Bordeaux et un autre dans

("les vieux romans . Voilà comment les livres d'Aniadis sont venus en évidence parmi nous, en ce dernier siècle. »

1. Cf. Etienne Pasquier, Recherches de la France, VIII, 5 « Le seigneur des Essars voulut représenter sous un Périon de Gaule et sa postérité ce qui estoit de la vraie courtizanie... »

2. C'est là pour La Noue un des principaux dangers de la lecture des Avhuiis : ils progagent le goût de la sorcellerie et de la magie.

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