‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 23 sur 216 · Pantagruel, i, .\i. L. I., p · texte numérisé non relu

Pantagruel, i, .\i. L. I., p

5. Cf. A. Lefranc, La Généalogie de Pantagruel, dans Rev. Et. Rali., tome V, P- 193-

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les Quai ir /ils Axiiioii. Pour Sortibrant de Conimbres, Brushant de Mominièrc et Mabrun, ils figurent dans Thistoire de l'ierabras. Longis appartient à la geste de Vivien. Galehault est un roi « d'Outre les Marciies », en Grande-i3retagne, ennemi d'Anus, qui lut vaiiicu par Lancclot '. Cette énuniération était donc pour les lecteurs contemporains de Rabelais, sinon une évocation de souvenirs précis, du moins un rappel de légendes qui leur étaient chères.

Le Pantagruel contient une autre galerie de héros de romans. Au chapitre xxx, Epistémon, rappelé à la vie, décrit les occupations des damnés aux Hni'ers. Par un retour de fortune bien propre à consoler les pauvres gens de leur misère, tous les « états » sont renversés aux Enfers. Ceux qui ont été « gros seigneurs » ici-bas, exercent, ciiez les diables, quelque vil métier pour gagner « leur méchante et paillarde vie ». Rabelais passe donc en revue toutes les gloires de l'histoire et de la légende, les conquérants et les philosophes, les rois et les preux, et imagine de leur attribuer quelque occupation dégradante, dont l'idée lui est suggérée le plus souvent non par le caractère, mais par le nom du héros. Dans l'énumération se trouvent naturellement les Pairs de France et les Chevaliers de la Table Ronde, les Géants et les héroïnes de légendes : Fierabras, Morgant, Huon de Bordeaux, les quatre fils Aymon, Lancelot du Lac, Valentin et Orson-, Giglan et Gauvain ', Geoffroy à la Grant Dent, Godefroy de Bouillon ^, Don Piètre de Castille ', Jean de

1 . Cf. Lancelot ttii Luc, Juhan Petit, 1535, f" Ll et sq. Il est « fils à la géande, graigneur ciue chevalier qui céans soit. »

2. B. N. Y^., 153. L'Iiistoire des deux elievulierx t'utenliu et Orson, en (uns de l'empereur de Grèce et neveux du roy de Frunce Pépin, conteuLinl les i^'esles et pnvsses d'iceulx contre les Siirnisins, Paris, P. et Nicolas Bonfons.

3. B. M. L'Hvsloire de Gigluin, fils de messire Gauvuin... nouvellenieiil tnins- LUéde hingrtiige Espuignol en nosire hingtige Frunçoys pur C. Ptutin, Lvon, Claude Nourry, 15 30.

4. B. M. Les pnssuges de Oultrenier du noble Godefroy de Biiillon... du l'on ro\ saint Loys et de plusieurs vertueux princes, pour augmenter et soutenir la fo\ crestienne, ijoj.

Généralement l'histoire Godefrov de Boullon est accompagné de celle de ses deux frères Beaudoin et Eustache. Les faits et gestes du preux Goddefroy de Boiilion et de ses chevaleureux frères Baudouin et Eustache, Jean Petit, 1 504, Michel le Noir, 1 511, Philippe le Noir, 1523.

). Don Piètre de Castille est le héros d'une chronique espagnole : La Cronica dcl re don Pedro, par Lopez de Avala. Tolède, 1526. Nous n'eu connaissous pas de traduction française. — Il est cité de nouveau. Pi7;;/<i;'. 1 5 , m. l. i, p. 293 .

Paris ', Artus de Bretaigne % Perceforest ', Ogier le Dannoys, Galien Restauré', Mélusine.

A côté de ces héros de légendes médiévales, il faut placer, comme originaires des mêmes sources romanesques : Jason et Médée ', Antioche, Octovian *", Hélène ', Dido**, Lucresse ''. Ces héros de l'histoire et de la légende antiques étaient devenus des personnages de romans populaires, semblables de physionomie aux Pairs de France ou aux Chevaliers de la Table Ronde.

Outre ces deux catalogues, de nombreuses allusions et réminiscences rappelaient à la mémoire des lecteurs du Pantagruel les légendes des romans de chevalerie. C'était au chapitre xxiii, une allusion à la disparition d'Ogier, transporté par Morgue au pays de Féerie '° ; au chapitre xxxii ", une allusion à la description du pont de Monstrible, dont l'attaque constitue un épisode capital du Fierahras ; au chapitre xxiv une réminiscence de Pacolet, cet enchanteur qui sur son magique « cheval de boys » volait « plus

1. Sur Jehan de Paris, voir A. de Montaiglon : Le Reniant de Jethin âe Paris ivy de Fiance revu pour la première fois sur deux manuscrits de la fin du w<= siècle, Paris, 1874.

2. Le pieux clievatier Artus de Bretaigne, Paris, Michel le Noir, 1 5 14, B. x. Y-., 105. Artus, Paris, Jean Bonfons.

3. Le roman de Perceforet avait eu deux éditions dans les quatre années qui précédèrent la rédaction du Pantagruel : La très élégaiile, délicieuse, inellijhie et très plaisante hystoirc du trè<: noble, victorieux et excetlcntissime rox Perceforest, Paris, Galliot du Pré, 1528, et Paris, E. Gourmont, 1531.

4. Galien Restauré, ou Réthoré, fils d'Olivier de Vienne, était un héros populaire. Galien relhore noble et puissant chevalier : fils du comte Otivier de Vienne per de France : contenant plusieurs nobles victoires tant en Espai^ne qu'eu Grèce, Paris, P. Sergent, 1527. Autre édition en 1530 à Paris, chez A. Lotrian.

5. Les faits et prouesses de fason, par Raoul Le Fèvre, Lyon, Nicolas Philippe et Marc Reinhard (fin du xv= siècle). — Jason et la Belle Médée, L\'on, Gaspard Ortuin, 1491.

6. Octavian ou Otheviau, roi de Rome, figure dans les Chansons de Gestes. Brunet signale une traduction anglaise, du xvi= siècle, d'un roman français resté en manuscrit : The romance of Octavian, eniperor of Rome.

7. Hélène est un des personnages de la Destruction de Troye, souvent rééditée à la fin du xvie siècle.

S. L'Enéide avait été traduite en roman de chevalerie. Lvon, Guillaume le Roy, 1481.

9. « Lucresse n figure dans le titre d'un roman de la fin du xvi<-". F.urwilus et la Belle Lucresse, Lyon, Tréperel.

10. M. L. I., p. 330. (( Peu de temps après, Pantagruel ouyt nouvelles que son père Gargantua avoit été translaté au pays des Phées par Morgue, comme fut jadis Ogier et Artus. »

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légèrement que nul oyseau », dit le rédacieiu' de I'iilnili)i cl Oison. La légende de Mélusine et de (Geoffroy à hi (jimiu Dent v est rappelée trois fois '. Elle était liée à l'histoire de Lusignan et de Maillezais : Mélusine avait habité le château de Lusignan et Geoffroy avait lait hniler l'abbaye de Maillezais. Or Rabelais avait vécu à Maillezais et à Lusignan au temps de son « inoinage » ; peut-être avait-il vu cette effigie de Geoffroy qu'il nous décrit au chapitre v, « comme d'un homme furieux, tirant à demy son grand malchus de la guaine -. » Ces souvenirs personnels expliquent l'intérêt particulier qu'il portait à cette légende locale, vulgarisée par le roman de Mi'l usine à la fin du w*-' siècle '.

Après le Piiiiliiijnu'l, les réminiscences des romans de cheva lerie deviennent plus rares dans son |œuvre. Nous relevons dans le Garganina, un souvenir des Onalre fils Aymou, dont 'un personnage, Maugis, est comparé à Frère Jean '. Au Onarl Livre, nous trouvons une nou\'elle allusion à la légende de la «.ser pente » Mélusine ', à deux reprises une mention du « sangréal » *•. Manifestement Rabelais ne se soucie plus d'utiliser à son profit le succès des romans de clie\alerie. Il est sûr de son public et ne se recommande que de ses propres œuvres. Il n'a plus à s'avouer de personne : il a son fief indépendant et bien personnel.

Ce domaine propre, c'est le roman d'aventures et de prouesses « gigantales ». Le mot, qui est sans doute torgé par lui ', accuse le caractère nouveau de sa création. Avant lui, jamais le Géant

2. Cl. H. Clouzot. Topoi^'iiiphie Rtihhiisit'inu-, Lusignan, Maillezais, dans Rev. Et Rdh., tome II, p. 165-167. « En 1854, des fouilles entreprises dans le chœur de l'église (de Maillezais 1 ont mis à jour une tète de guerrier d'une expression et d'une énergie remarquables. Elle montre si bien les dents « comme d'un homme furieux » qu'il est permis d'y reconnaître la figure évoquée par Rabelais. »

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