‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 24 sur 216 · Quart Livre, 38, M. L. 11., p · texte numérisé non relu

Quart Livre, 38, M. L. 11., p

6. Quart Livre, 42, m. l. il, p. 417, et 45, .m. l. il, p. 421.

7. 11 l'emploie à trois reprises : m. l. i., p. 362, 11, p. 129 et 596. — Nous le trouvons encore chez La Noue, Discours politiques et militaires, VI': discours, p. 173. « Car encores que les bien avisés tiennent pour fausses tant de prouesses chevaleresques et forces gigantales, qui importunent les lisans... »

n'avait été présenté comme personnage principal d'un roman de chevalerie, du moins dans les productions françaises. Rarement même, les rédacteurs de romans avaient marqué de traits individuels les géants qu'ils introduisaient dans leurs récits. Ferragus, Brushant, Sortibrant, Bruver, Galaffre ont tous un rôle unique : ils représentent la force prodigieuse et sont destinés à mettre en valeur le courage des chevaliers contre lesquels ils luttent. Ils n'ont pas de physionomie propre. Le développement même de leurs aventures ne comporte aucun enrichissement de leur ;ime : Fierabras, qui remplit un quart des Conquêtes de Charkmagm, n'a pas plus de vie que Sortibrant qui ne fait qu'y apparaître dans un chapitre ; Galehault le Breton ne se distingue pas des Géants Sarrazins ; tous ne sont que des fantoches, dont le rôle est uniformément tracé d'avance, selon qu'ils représentent l'ennemi, ou l'auxiliaire du Paladin.

Les Géants des romans de chevalerie français n'apportaient donc à Rabelais aucun trait dont il pût profiter dans la création de la fable de son roman. Les récits de prouesses gigantales des Fierabras et des Ferragus n'ont exercé aucune influence sur ses propres conceptions. En fait, ses sources et ses modèles sont ailleurs : en Italie, dans le Morgantc Maggiore de Pulci et les Macarouces de Folengo ; et, en outre, dans un humble livret de colportage, dont le succès attira son attention, lors de son séjoyr à Lyon, en 1532 : les Grandes et inestimables Cronicqncs du giajit x et énorme géant Gargantua.

IL — Influence des romans de prouesses « gigantales » snr l'œuvre de Rabelais.

Les Grandes et inestimables Cronicques sont Wjfrzge. que Rabelais désigne deux fois dans le prologue du Pantagruel : au début, par son titre même ', et, plus loin, par la dénomination de Chronique Gargantuine '. Nous les connaissons par un exemplaire unique, conservé à la Bibliothèque Nationale, Rés. Y' 2124.

1. « Vous avez naguéres veu, leu et sceu les grandes et inestimables chronicques de l'énorme géant Gargantua, » p. 3, Ed. Juste (1553).

2. « Le monde a bien congneu le grant émolument et utilité qui venait de la dicte chronicque gargantuine, » p. 4, Ed. Juste (i)53).

12 l'œuvre de RABELAIS ET LA LITTÉRATURE ROMANESaUE

Il a été réiiiipriiné par Marty I.avcaux, t. I\', p. 25-56. Il ne portepas de nom d'imprimeur. (P. V. Plan, Bil'I. Rah. n° i).

Rabelais, dans ce même proloi^ue, témoigne du succès de ces Chroniques ; il ne doute pas que tous ses lecteurs ne les aient « veu, leu et sceu » ; et il affirme qu'il « en a esté plus vendu des imprimeurs en deux movs qu'il ne sera acheté de bibles en neuf ans '. »

En effet, en 1533, lorsque parut le Pnnlagrnel, il existait déjà trois éditions des Chroniques. Celle qui semble avoir suivi de plus près la publication des Grandes et inestimables Cronicqiies a pour titre : Le ijrani roy de Garî^anliia. Ij^s <;randes cronicqnes du grant et énorme géant Garganltia ; Lyon, sans date, ni nom d'imprimeur. Nous ne le connaissons que par un seul exemplaire: Bibl. Nat., liés. Y- 2127. Par le texte, elle ne diffère en rien de la première. (P. P. Plan., Bil'I. Ral>. n» 2).

La troisième en date (P. P. Plan, Bibl. Rab. n" 3), présente quelques additions - au texte des deux premières. Elle ne nous est également connue que par un seul exemplaire, conservé à la Bibliothèque royale de Dresde, où il fait partie d'un volume qui contient la Panlagrucline Pronoslicalion de 1533 et \c Pantagruel publié chez Juste, en 1533.

La dernière page nous donne le lieu et la date de l'impression : Lj'on, 1533. Comme le feuillet du titre manque, nous désignerons cette édition par le titre courant : Les chronicques du Grant Roy Gargantua.

De ce que cet exemplaire est sorti des mêmes presses que le Pantagruel auquel il se trouve adjoint, le papier, la typographie et la justification étant identiques, on en a conclu que les deux livres étaient du même auteur. Parce que Rabelais, dans la préface du Pantagruel, prône les Grandes et inestimables Chroniques, dont son livre est la continuation, on lui a attribué et les Grandes et inestimables Chronicques et les deux éditions qui les suivirent : LeGraiil rox de Gargantua et les Chronicques du Grant Roy Gargantua. Nous n'admettons pas cette attribution des Chroniques à Rabelais pour plusieurs raisons. D'abord, il ne s'avoue nulle part l'auteur de cet ouvrage. Dans le prologue de Pantagruel,

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