‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 30 sur 216 · Tiers Livre, 2, .M. L. II., p. 21. ). M. L. II., p · texte numérisé non relu

Tiers Livre, 2, .M. L. II., p. 21. ). M. L. II., p

20 l'œuvre de RABELAIS ET LA LITTÉRATURE ROMAKESQUE

Géant affranchissait Rabelais de l'influence des modèles populaires et favorisait sa liberté d'invention. Dans Pulci, Folengo, et les Grandes Chroniques, le Géant était un vassal ; chez Rabelais, c'est un souverain. Il est intéressant de noter brièvement comment Rabelais a conçu ce rôle de souverain pour son Géant. Il aurait pu en taire un paladin, un preux des anciens temps. Tel était le Balde de I-olengo : élevé parmi les « sophistiqueries » et « fanfrelucheries » des Pédants, des Jobelin Bridé ou des Thubal Holopherne, il s'était débarrassé du Compost, des Espèces, Nombres et Figures de la grammaire pour s'adonner à la lecture des Gestes de \Roland. ^Vai chevalier du moyen-âge, sa générosité naturelle faisait contraste avec la vulgarité des mœurs des paysans de Cipade, au milieu desquels il vivait, comme Gargantua à Paris. Cet idéal chevaleresque n'est pas celui de Rabelais, pour qui l'âge d'or n'est pas en arrière, mais dans l'avenir. Son Géant'se réglera donc, dans sa conduite politique, non sur les mœurs d'autrefois, mais sur l'idéal qu'entrevoyaient les Humanistes de la Renaissance et que saluait Rabelais dans des termes enthousiastes. Ses Géants appliquent les principes que les « philosophes » de l'époque eussent recommandés aux monarques. Leur rêve politique, c'était le despotisme éclairé, une autorité qui, loin de garder la neutralité dans le contîit des idées et des doctrines, se fût servi de sa puissance pour combattre l'erreur et imposer la vérité. Pantagruel faisant vœu de maintenir la foi catholique dans ses Etats ', et Gargantua punissant quiconque prêche des doctrines injurieuses pour l'honneur des saints % exercent leur autorité connue Budé et Calvin souhaitaient que François l" usât de la sienne en France.

La politique pacificatrice de Pantagruel en Dipsodie, l'humanité de Gargantua, maudissant comme un legs abominable du passé ces « briganderies et méchancetés » qu'on appelait autrefois « prouesses », sont conformes aux idées exprimées maintes fois par Erasme ou Budé sur les devoirs des rois et la politique internationale digne des Etats chrétiens"'. Enfin la vénération et l'enthousiasme avec lesquels Gargantua célèbre la Renaissance des lettres, dans l'épitre à son fils étudiant à Paris, sont les sen-

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