XII AVANT-PROPOS
Comment se soin formées et développées ses facultés artistiques ? Quelle a été sur son livre l'influence des conditions et des traditions du genre auquel il appartient ? A quelles sources a été empruntée la matière du roman ? Comment a-t-elle été élaborée ? — Telles sont les principales questions que nous nous sommes posées en entreprenant ce travail.
Dans l'état actuel des études Rabelaisiennes, toutes ne comportent pas encore de réponses. Sur la formation du sens artistique de Rabelais nous n'avons aucun document intéressant. Nous savons où et comment il a acquis son érudition et sa culture d'humaniste : nous ignorons comment sont nées et ont progressé chez lui ces facultés artistiques qui s'épanouissent soudainement dans le PanliT^nicl. A 37 ans, ou à 49 ans, suivant que l'on adopte pour la date de sa naissance 1485 ou 1495 ', Rabelais débute dans les lettres françaises par un roman qui se distingue de toutes les productions contemporaines par une verve comique copieuse et variée, par des qualités d'écrivain absolument originales. Où a-t-il appris son métier d'écrivain ? comment s'est développé chez lui ce goût de la caricature et du paradoxe? Il ne nous est pas possible de le dire. Nous savons qu'il a jusqu'alors mené une vie d'aventures, qu'il lui a été donné d'observer des milieux fort différents : moines, légistes, médecins, humanistes. Il nous apprend même qu'il a joué à Montpellier un rôle dans la comédie de la « Femme Mute ' », — et ce renseignement est le seul indice certain de son goût pour la plaisanterie, avant la rédaction du Pantagruel ; encore n'est-on pas sûr de la date de cette représentation.
Pourquoi donc de tous les genres littéraires qui s'offraient à lui,
1. Sur cette question, voir un article de M. Lefranc : Conjaiiircs sur Ai diihde la naisSiUice de Ridvhiii, dans Re-v. El. Red'., t. VI, p. 265.
2. Tiers Livre, 54, .M. L. 11, p. 167. « Je ne vous avois oacques puys veu que jouastes à Monspellier avecques nos antiques amis Ant. Saporta... François Rabelais, la morale comœdie de celluy qui avoit espoust; une femme mute. »