‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 32 sur 216 · Cf. Tantagruel · texte numérisé non relu

Cf. Tantagruel

3. Entre autres indices qui nous font croire que cet épisode a été un des /f premiers rédigés, nous signalerons, dans le style, des traces de gaucherie et |( d'inexpérience qui disparaîtront dans les autres livres. Rien de plus lourd que les transitions d'une scène à une autre ; dans la même page : « Laissons ici Pantagruel avec ses apostoles... Or, maintenant retournons au bon Pantagruel. » chap. xxvni, m. l. i., p. 352.

22 L ŒUVKE DE RADKLAIS El LA LITTERATURE ROMANESQUE

Folengo autour de Balde, une de ces puissances qui parfois suppléent au courage et à la force. Carpalim est la vitesse ; Eusthènc a la force brutale de quatre bœufs ; la ruse est représentée par Episténion et surtout par Panurge. C'est à ce dernier que Rabelais a donné le second rôle dans tout cet épisode.

Pantagruel doit à ses stratagèiues la déconfiture des 660 chevaliers et l'inondation du camp d'Anarche ; c'est lui qui donne confiance à ses compagnons, par l'auspice du bâton brisé sur deux verres restant intacts. Panurge n'a encore rien du fanfaron dont la couardise égaiera la navigation de Pantagruel, au Quart Livre; au contraire, il est brave ; il e.st « délibéré de vivre et mourir avec Pantagruel ». 11 entreprend de « déconfire « tout seul, par stratagème, 660 chevaliers et il y réussit. Pendant le duel de Loup Garou et de Pantagruel, il se retire au milieu des Géants et leur conte « les fables deTurpin, les exemples de S' Nicolas et l'histoire de la Cigogne «.Enfin telle est la confiance de Pantagruel en sa subtilité, qu'il l'appelle à son secours, lorsque. son mât se brise au contact de la massue enchantée de I.t)up Garou. « Ha, Panurge, où es-tu ? » s'écrie-t-il. Et dans le « dicton victorial », le Géant rend hommage à la ruse, en attestant « qu'engin vaut mieux que force ' ».

Ainsi dans tout cet épisode, le rôle de Panurge correspond à celui des personnages incarnant la ruse, au service du héros, dans Morgant et les Macarouees. Il n'a d'ailleurs pas de traits individuels, pas plus que Carpalim ou Eusthène : il n'est qu'un « rôle ».

Dans le cours du roman, Rabelais néglige presque complètement ces deux derniers personnages. Mais il n'abandonne pas Panurge ; et, comme il le met en scène souvent, dans des épisodes de la vie réelle, il ne se contente plus d'en taire un simple inventeur de stratagèmes, il le voit comme un individu. Il le dote de traits de caractère, de mœurs et d'habitudes qu'il emprunte à la réalité : il en fait un étudiant bohème. Transporté d'Utopie à Paris, Panurge cesse d'être une abstraction, un symbole ou un rôle ; il prend une physionomie individuelle. Il se distingue de tous les astucieux boufibns dont la littérature populaire offrait l'image à Rabelais : de Margutte, de Cingar, de Til Ulespiègle. Ses tarées ne sont pas moins grossières que les

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