I. Puiltdt^'IKfl, 27, M. L. L, p
I, (KUVRE DE RABELAIS ET LA LIT lERA TURE ROMANESQUE 23
fiicéiies stercoraires de Cingar : pourtant elles n'ont pas le même caractère rustique et populacier. Panurge est un clerc ; il cite du latin pour justifier ses larcins ' ; ses tours sont de ceux que la bohème de l'Université pratiquait déjà du temps de Villon : il se plaît à « toujours machiner quelque chose contre les sergents et contre le guet »; il persécute de ses plaisanteries les « pausres maîtres es arts et théologiens- ».
Il arrive même que, tout occupé à dessiner la physionomie de l'individu, Rabelais oublie le rôle qu'il lui avait assigné dans sa conception primitive. Au Tiers et au Quart Livre, Panurge a presque cessé d'incarner la ruse utile, créatrice de stiatagèmes. Au cours de ses pérégrinations périlleuses, jamais Pantagruel n'a recours aux ressources de subtilité de Panurge ; il ne voit en lui qu'un bouffon hâbleur et couard, dont l'esprit n'invente plus que des facéties. Panurge n'est plus pour Rabelais une incarnation de la rase, mais le bohème astucieux et disert qu'il avait décrit parmi les « domestiques « de Pantagruel, étudiant à Paris. Faconde, paradoxe et bouffî^nnerie, voilà les traits du personnage dans le Paiilngrnel, en dehors de la Geste de Dipsodie ' : ce sont ceux qu'il conserve dans les livres postérieurs. Il fait sa rentrée en scène au Tiers Livre en développant copieusement d'ingénieux paradoxes ; au Quart Livre, il égaie de sa faconde bouffonne ses compagnons de voyage, même au fort de la tempête, à propos des testaments et des cénotaphes ■*.
Ainsi s'accuse dans la transformation du personnage de Panurge, l'originalité de Rabelais. Il emprunte à Folengo et Pulci l'idée d'un « officier » du héros, incarnant la ruse. Il confie ce rôle à un individu, qu'il emprunte à un monde qui lui est particulièrement connu : celui des clercs. Aussi son roman s'enrichira d'épisodes tirés de la description et de la satire du « pays latin », du milieu dans lequel s'est formé et a vécu ce « mauvais escholier » de Panurge.
Dans les épopées héroï comiques et les romans d'origine ita-
1. Pantai^iuel, 17. « Accipies est dit selon la manière des Hébreux, qui usent du futur au lieu de l'impératif, comme vous avez en la \o\ : Dominum deura tuum adorabis » etc., m. l. i., p. 502.