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lienne que nous avons cités, en contraste avec le personnage incarnant la ruse et l'astuce, nous trouvons une incarnation de la force et du courage : c'est le Géant. La prudence, parfois timorée, du premier fait ressortir la vaillance, généralement téméraire, de l'autre. Ciiez Rabelais, le Géant étant promu souverain, il restait à créer, parmi ses auxiliaires, un personnage remplissant le rôle qu'il jouait lui-même, lorsqu'il était vassal. Nous avons vu que dans la guerre contre les Dipsodes, c'est Eusthène, fort comme quatre bœuts, « de la lignée de Hercules », qui tient cet emploi. Nous ne connaissons d'ailleurs sa force et son courage que par ses déclarations et la confiance que lui témoignent ses compagnons ; car, dans les occasions difficiles, dans la lutte contre Loup Garou, le souverain lui-même, le Géant, pave de sa personne.
Dans le Gargantua, Husthène qui est un « apostole » de Pantagruel ne paraît pas. Mais son rôle est pris par un personnage qui ne l'abandonnera plus : c'est Frère Jean des Entommeures. Ce besoin d'activité, cette aisance dans la lutte, ce courage allègre, ce dévoùment absolu au souverain, que Pulci, Folengo et l'auteur des Grandes Chroiiii/iies avaient donné au Géant, nous les retrouvons dans Frère Jean. Tel il nous apparaît dans la guerre Picrocholine, prompt à l'action, courageux jusqu'à la témérité, détestant les « fuyards de Pavie » ainsi que les apôtres qui abandonnèrent le Christ au jardin des Olives ', plein d'entrain à la « repaissaille », parmi les propos gaillards^ les jurons et les calembours ; tel nous le reverrons au Tiers Livre, où il égaie et rassérène Panurge tout « matagrabolisé » de fâcheuses réponses sur le sort de son mariage ; au Quart Livre, au milieu des aventures périlleuses et dans la tempête.
L'invention de Rabelais dans la conception de ce personnage est particulièrement originale. L'idée du rôle de Frère Jean, incarnant parmi les vassaux du souverain, quelques-unes des qualités du Géant chez ses devanciers, lui a été suggérée par Pulci, Folengo ou les Chroniques ; mais il ne leur doit que cette idée du rôle : la physionomie du persoimage est sa création propre.
Nous ne voj'ons même pas de quel modèle littéraire il aurait pu s'inspirer poiu" dépeindre ce moine batailleur. Les exploits de