Macaronces, p
11. Macaronces, p. 286. « Longue de 400 brasses et ne s'en fallait pas une. »
32 L ŒUVRE ni-: RABELAIS ET LA LlTTHRATfRE ROMAN'ESaUE
qu'il fallait 400 aunes de toile pour faire la bande du petit orteil de Gargantua, sauf demi quartier justement. » A l'appui des récits les plus manifestement fabuleux, sont citées des preuves d'autorité. « Aucuns auteurs veulent dire que Gargantua fut totalement nourri de chairs en son enfance. Je dis que non (ainsi que dit Morgain et plusieurs autres) ». Il y a dans cette précision spécieuse, dans ces scrupules d'exactitude à propos des fables les plus extravagantes une ironie qui surprend chez un auteur si peu enclin à jouer avec son sujet. Rabelais, à son tour, a tiré de cette vraisemblance spécieuse des effets plaisants, qui s'accordent avec son ton ordinaire de bonhomie. Il fixe la date de la naissance de Pantagruel : « Au mois d'octobre, ce me semble, ou bien de septembre (afin que je n'erre, car de cela me veux curieusement garder) ' » ; il cite le nombre exact des troupes engagées, des ennemis tués, des soldats faits prisonniers; il note que Loup- Garou, dans sa chute sur la place de la ville, écrasa un chat brûlé, une chatte mouillée, une canne pétière et un oison bridé •.
Ces deux procédés sont plus fréquemment employés dans le Gargantua et le Pantagruel, qu'ils rattachent ainsi à leurs origines populaires encore toutes voisines. Plus tard, Rabelais les négligera peu à peu ; c'est l'appareil de l'érudition qui jouera alors le rôle de garant spécieux de la véracité du conteur.
Cette imitation de quelques traits caractéristiques de la manière du rédacteur des Chroniques n'a pas seulement contribué à donner aux « narrés » de Maître Alcofrihas une saveur populaire : véritablement elle a donné le ton au conteur ; — et ce ton était celui de la causerie familière. En effet, le rédacteur des Chroniques, qui souligne par cette précision spécieuse l'invraisemblance de son récit, s'amuse de son sujet ; il n'est pas dupe de sa légende et il tient à le montrer au lecteur. Dès lors, le récit n'est plus impersonnel ; le conteur se met lui-même en scène, avec sa malice plus ou moins fine. Rabelais fera le même personnage et adoptera cette bonhomie malicieuse. Aussi bien, n'est-elle pas