Cf. Piiutiigruel, 29, M. L. I, p
Paiiliigruel, 22, M. L. i., p. 380 : « pour une niinorative, il prit 4 quintaux de scammonée sophoiiiacquc, six vingt et 18 charretées de casse, etc. »
Pivilagniel, 2, .M. L. i., p. 226. ic 56 mois. 3 semaines, 4 jours, 15 heures et quelque peu davantage. »
Gargantua, 8. « 9600 aunes moins deux tiers de velours bleu. »
dans le rôle du conteur des Gestes du Géant? Quel moyen, en effet, de présenter gravement et sérieusement un héros dont le caractère est fait de bienveillance, d'indulgence et de l'enjouement propre à ceux qui sont toujours sûrs de la victoire dans la vie ? Le roman tout entier est éclairé du sourire de cette bonhomie qui est l'apanage du Géant.
Mais Maître Alcofribas est moins discret que le rédacteur des Chroniques ; il ne se contente point de montrer, par échappée, le sourire du conteur qui s'amuse de sa propre fable ; il se met en scène.tout entier avec son expérience, qui est grande et sa science, qui est innnense. Il en résulte que le ton même du récit des Chroniques, cette eauserie familière qui laisse apparaître le conteur, devenait chez Rabelais un principe d'invention. Dès les premières lignes du Pantagruel, à propos de l'origine des géants, loin de s'astreindre à ne narrer que sa fab'.e, il foit des digressions où apparaissent sa science, son érudition, sa faconde, sa verve comique et son observation satirique.
III. — L'enrichissement de l'œuvre par l'expérience de la vie et la culture intellectuelle.
Ainsi le roman de Rabelais se rattache par sa fiction principale et par quelques caractères de l'exposition à la littérature romanesque populaire. Nous ignorons à la suite de quelles circonstances et par quel instinct Rabelais a été amené à cultiver ce genre. Mais nous apercevons comment se sont enrichies et transformées dans son œuvre, la matière et la manière de ces modèles. Nous venons de voir comment le ton même du conteur de la Geste des Géants invitait l'auteur à se montrer lui-même dans son récit ; il admettait la causerie familière, avec tous ses caprices et toutes ses digressions.
En second lieu, le choix même du sujet devait jouer un rôle capital dans la composition de l'œuvre de Rabelais. Les « faits épouvantables » et « horrifiques prouesses » ne pouvaient être l'unique élément du récit ; la guerre et les voyages d'aventures ne suffisaient pas à développer tout ce que cette conception du géant offre d'intéressant à l'imagination.
Il intéresse, en effet, et il amuse par le rapport que l'esprit
54 l'œuvre De RAbeLais eï la littérature romanesque
établit entre le caractère prodigieux de sa taille, de son appétit, de ses facultés et la nature normale de l'homme. D'instinct, le conteur cherche à multiplier ces rapprochements et ces contrastes. Aussi, dans // Morgatilc Magg'wrc, le fjéaiit est introduit dans l'humanité moA'cnne, mêlé à des scènes de la vie familière. Dans les Chroii'ujHcs, Gargantua vient à Paris ; il est vrai que ce n'est guère que pour donner la mesure de sa taille : une fois assis sur les tours de Notre-Dame, « les jambes lui pendaient jusqu'en la rivière de Seine '. » Il y avait là l'indication d'un thème que Rabelais développera : à deux reprises, dans le Pantagruel et dans le Gargantua, il mêlera le géant à la vie du Paris contemporain. Mais le contraste et la comparaison ne porteront plus seulement sur la stature et l'appétit. Pantagruel, Gargantua, le « Géant » en un mot, représentera l'idéal intellectuel et nK)ral auquel seront comparées quelques-unes des institutions ou des mœurs contemporaines : la science des clercs, la discipline des Sorbonagres, les prétentions de l'escholier limousin, la procédure et la jurisprudence, etc.
Nous avons ainsi toute une suite de scènes de la vie contemporaine, à l'Université, au Parlement, etc., sur lesquelles le Géant porte un jugement, inspiré par le bon sens et la raison. Parfois même, comme dans Vargunieiitalioii par signes, il ne joue qu'un rôle secondaire ; il a quelques critiques contre les usages des clercs, leurs frappements de mains, par exemple ; puis il se borne à présider la scène ^
Restait à grouper, à relier entre eux ces « tableaux » de « revue » où le Géant joue le rôle de « compère ». Dans ce choix des cadres, Rabelais obéit à des préoccupations d'ordres divers.
Dans le Pantagruel, l'éducation du Géant l'amène à passer en revue les diverses Universités de France ; puis pour achever son instruction, Pantagruel reste à Paris, jusqu'au moment où il est rappelé en Utopie pour combattre les Dipsodes. L'idée du séjour à Paris était suggérée à Rabelais par les Grandes Chroniques, où nous voyons Gargantua s'arrêter quelque temps dans la « plus grant ville du monde » avant d'aller se mettre au service d'Artus K