‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 41 sur 216 · et. M. L., IV, p · texte numérisé non relu

et. M. L., IV, p

2. Cf. P^mtiigntel, 17, M. L. i., p. ;ii. 5. M. L., IV, p. 34.

L ŒUVRE De RABELAIS ET LA LITTERATURE ROMANESQUE 35

L'éducation du jeune Géant constitue également, dans le Gargantua, le lien entre tous les tableaux où Rabelais passe en revue les mœurs de l'Université de Paris et particulièrement de la Sorbonne. L'enfance de Pantagruel n'avait pas épuisé ce thème, si riche pour un clerc et un humaniste.

C'est encore une guerre qui provoque le départ de Gargantua. Mais cette guerre n'a pas pour théâtre quelque contrée fabuleuse : Utopie ou Dipsodie ; elle se déroule en Chinonnais. Le merveilleux y est réduit à quelques données fort simples : la taille et la force du géant, qui prend des boulets pour des grains de raisins et démolit un château à coups de massue ; le nombre prodigieux des combattants. Toutes les autres données : topographie, art militaire, incidents de campagne, mœurs des personnages, sont empruntées à la vie réelle. Manifestement dans cette guerre picrocholine, l'influence des modèles littéraires, et les souvenirs de la fable de Gargantua ne tiennent aucune place. L'imagination de Rabelais ne travaille que sur des éléments fournis par son observation personnelle. Lorsqu'on parcourt cette contrée chinonnaise si familière à Rabelais, lorsqu'on a sous les yeux tous les villages et lieuxdits qui figurent dans son récit, on assiste en quelqque sorte à la conception des divers épisodes de la campagne picrocholine, subordonnés à la topographie réelle du pays. Il y a plus : c'est peut-être dans le souvenir personnel d'un incident qui avait intéressé sa famille que Rabelais a pris l'idée originelle de tout cet épisode du Gargantua. La guerre entre Picrochole, roi de Lerné et Grandgousier, souverain du village voisin, Seuillé, a peut-être été suggérée à François Rabelais par la rivalité qui avait longtemps mis aux prises Antoine Rabelais, son père, propriétaire à la Devinière, sur Seuillé, avec son voisin, de Sainte-Marthe, seigneur de Lerné '. Quoi qu'il en soit, c'est la la vie même de Rabelais, l'image du pays natal familière à sa mémoire, qui lui a servi de cadre pour cette série de tableaux de la guerre picrocholine.

L'épisode principal du Tiers Livre, la consultation sur le mariage de Panurge, se rattache également à une question qui avait tenu une place importante dans les pensées et les études de

I. Cf. Lefranc, Rev. Et Rah., tome IV, p. 375. Rjbelais, /<•.( S' Mortlx et l'eiirturc Piill.vihc.

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