Tome III, p. 241, Picivchole cl Gduclxr de S^" XLiilhe
)6 l'œuvre de RABELAIS ET LA LITTÉRATURE ROMANESaUE
Rabelais à l'époque de son « nioinagc. » Doit-on se marier? Quelle est la conduite à tenir dans l'état de mariage ? Que faut-il penser du bien et du mal qu'on a dit des femmes? telles sont les questions qui reviennent sans cesse à propos du mariage de Panurge. Ce sont aussi celles qui avaient été agitées à Fontenay, vers 1525, à l'époque où Tiraqueau préparait une seconde édition de son De legibtis coiniubialilms. La question des femmes, de l'amour et du mariage, sans cesse débattue au moyen-àge, venait d'être rouverte par le livre d'Amaury Bouchard : Wt-S'. r?i; yy/av/Eia; »'j-:ÀYii, qui présentait une défense du sexe féminin en réponse aux attaques contenues dans la première édition du livre de Tiraqueau. Celui-ci ne se tint pas pour battu ; il alla chercher de nouvelles armes dans la jurisprudence, l'histoire, la poésie ; ses amis s'intéressèrent, collaborèrent peut-être à ce travail de dépouillement de l'antiquité, qui devait aboutir à un enrichissement prodigieux des commentaires de la première édition. Rabelais assista à cette préparation, prit part aux conversations, aux études, aux discussions provoquées par cette polémique. C'est dans ce fonds d'idées, de théories, de citations que devait s'alimenter l'épisode qui sert de cadre à la plupart des scènes du Tiers Livre '.
Le thème général du Quart- Livre, les voyages et aventures, se rattachait à la littérature romanesque populaire. Mais M. Lefranc a montré quel rôle a joué dans l'invention de l'itinéraire général, l'intérêt que les Français portaient, vers 1 548, aux navigateurs qui, par l'Atlantique et le passage du Nord-Ouest, cherchaient une voie vers le Cathay, le pays du « fabuleux métal », où Rabelais place la Dive Bouteille '.
Ainsi dans ce roman qui, par ses origines, semblait le domaine fiUitaisie ou même de l'extravagance, les réalités contemporaines prennent une place importante. Dans le dessin général du Tiers et du Quart Livre, dans la campagne picrocholine, qui occupe la moitié du Gargantua, dans l'invention de ces fictions qui servent de cadres à des épisodes variés, nous trouvons des éléments empruntés à la vie que Rabelais avait sous les yeux ; aux souvenirs du ù'iiacle de Fontenay, aux querelles de villages du