Tiers Livre, 48, M. L. Il, p
entre « les ocieiix moA'nes » et le singe « toujours mocqué et herselé » sont peut-être les seuls passaii;cs où l'accent soit de colère ou de mépris. Partout ailleurs, Rabelais, sans se soucier de faire aux moines leur procès, s'est amusé de leurs mœurs. Il constate leurs vices ou leurs travers, comme Erasme, mais au lieu de s'en indigner, il en rit. Il rit de leur crédulité : le « soubsecretain » de rabba3'e de Seuillé a « baillé » à Frère Jean une oraison « laquelle guarentist la personne de toutes bouches à feu ' ». Comme I-rùre Jean n'y ajoute « point de foy », elle ne lui profitera de rien.
11 rit de leur vulgarité. La trivialité des moines prédicateurs était insupportable au goût raffiné d'Erasme. Il rapporte dans V Apologie a Slunka qu'il a entendu un moine prêchant à Louvain sur la femme adultère, ajouter à propos de la lapidation : « Si idem fieret hodie, totus nions ollarius non sufficeret. i> Quelle injure pour les gens mariés et quel encouragement pour les femmes égarées, désormais assurées de se trouver en nombreuse compagnie ! Le propos que Rabelais prête à Frère Engainnant -, prêchant à Parillé, n'est ni moins trivial, ni plus édifiant : il ne songe pas à nous le présenter autrement que comme une bévue amusante.
Erasme ne voyait qu'absurdité Jans le respect superstitieux avec lequel les moines observaient certaines prescriptions de leur règle : la défense de toucher à l'argent par exemple. Cette même prescription évoque dans la mémoire de Rabelais une anecdote plaisante, celle de F. Adam Couscoil, Cordelier Observantin de Mirabeau, qui ayant chargé sur ses épaules au gué de Vède, Jean Dodin, receveur du Coudra}', le jeta dans l'eau dès qu'il eut appris que celui-ci lui faisait porter» pleine gibbessière » d'argent ">.
La vie et les mœurs des moines sont pour Rabelais un trésor de facéties dont il a égayé son roman. Nous y trouvons les apophtegmes usuels dans les monastères .• De Missa ad mcnsam *, — les « proverbes claustraux », Brevis oratio pénétrât celos, longa potatio évacuât scj'phos >, — les jeux de mots sur le bréviaire, qui