Oiiail Livre, 13, m. l. ii, p. 31 j et 67, p
2. Cf. H. Estienue. Apoloi;ie pour Hérodote, XV. « Voici donc l'histoire du tour ou plutôt des tours d'un Villon, non p.ts natif de France, mais d'Egvpte... » Ed. Risthelhuber, I, p. 239.
Bonaventure Despériers. Nouvelle civ. D'un lotir de Villon jonc dextrement par un Ilnliett à un Français esliinl d Venise.
68 LA « RESPUBLICA SCHOLASTICA n
et les victimcssont les pcrsonnai,'es aux dépens desquels s'ctaicnt déjà divertis Villon, Pierre l-'aifeu et Til Ulespiègle. 11 persécute particulièrement les sergents et le guet, les pauvres maîtres ès-arts et théologiens, messieurs de la cour et leurs pages. Mais dans les plus impudentes de ses facéties il reste un clerc ; son esprit subtil n'est point satisfait du seul succès de sa ruse : il faut qu'il découvre quelque sophisme pour légitimer sa fourberie, ou pour la couronner par une fallacieuse apologie. Quand on lui reproche d'avoir volé à tous les troncs, en feignant d'y déposer quelque aumône ', il se défend, en interprétant la phrase consacrée du « pardonnaire » placé près du tronc : Ceiitiiphim accipies. « Ils me disent que pour un denier j'en prenne cent : c^ir accipies est dit selon la manière des Hébreux, qui usent du futur en lieu de l'impératif, comme vous avez en la loi, Doiiiiiiuin deiiiii liiuin adorabis, etc. » Ht il allègue à l'appui de cette interprétation spécieuse l'autorité « de Raby Kimy et Rabi Aben Esra, et tous les massorets »; machinalement, il complète son argumentation d'une référence, à la manière des légistes, et cite un de leurs glossateurs favoris : « et ibi Bartolus. »
Rabelais a donc doué son personnage de Panurge, dès le début, des ressources de subtilité, de savoir et d'éloquence qui attestent une culture de clerc. Ces qualités, offusquées d'abord par l'ingéniosité dans la fourberie et la bouffonnerie, se manitesteront d'une manière de plus en plus éclatante. Au Tiers L/z'/r, Panurge révélera toute l'étendue et la variété de son érudition. Dans les paradoxes qui ouvrent le livre : l'apologie de la Dilapidation et l'éloge des Debteurs, il nous éblouira non seulement par son habileté dans la dialectique, par sa facilité à argumenter, mais encore par la profusion de ses connaissances. Antiquités grecque et latine, médecine, jurisprudence, lui fournissent à l'envi des arguments, des rapprochements, des allusioiis, des ornements. Au cours de la consultation sur le mariage, il tiendra tête aux plus savants docteurs, à un philosophe, à un médecin, à un théologien ; dans les conversations avec Pantagruel, Rabelais lui prêtera toute sa propre érudition.
Cette faconde et cette virtuosité de sophiste ne l'abandonneront jamais. Pour le plaisir qu'elles procureront toujours à Pantagruel