I. PanUj;rucl , 17, M. L. 1., p
DANS l'œuvre de RABELAIS 6$
et à ses « officiers » on sera indulgent à Panurge ; on ne fera que rire de sa couardise et Pantagruel regardera d'un cvil bienveillant ses fourberies, même grossières ou méchantes '.
Il donne la mesure de cette complaisance pour Panurge dès leur première rencontre (cliap. ix). Car on ne peut se méprendre sur le sens de cette scène : Panurge, de quelque « urgente nécessité » qu'il soit pressé de « repaistre », s'offre le plaisir de mystifier Pantagruel, autant que l'avait fait l'escholier limousin. Mais cette fois le géant se montre plus patient et de prime abord adopte le joyeux compagnon pour taire avec lui « ung nouveau perd'amytié telle que fut entre Enéc et Achates. »
Où Rabelais a-t-il pris l'idée de cette mystification ? Il y a dans Maislre Pierre Patbelin une scène qui présente de grandes analogies avec celle-ci. Lorsque le drapier vient pour la seconde fois réclamer son argent, Pathelin fait « semblant de rêver » en patois Breton, Flamand, Limousin, Lorrain, Picard, Normand, finalement en latin macaronique et en « grimoire -. » v. 834-968. Etienne Pasquier a remarqué la ressemblance de ces deux scènes : « J'adjousteray que notre gentil Rabelais le [l'auteur de Pathelin] voulut imiter, quand pour se donner carrière, il introduisit Panurge, parler sept ou huit langages divers au premier abouchement de luy avec Pantagruel, le tout en la même façon qu'avait fait Patelin "'... » La conjecture de Pasquier est d'autant mieux fondée que Rabelais qui goûtait particulièrement Patelin, a fait un autre emprunt à cette même scène : les vers 960-961 « Q.uomodo brûlis? qua; nova? — Parisiis non sunt ova » se trouvent en tête de sa lettre à Mgr le Baillif du Baillif des Baillifs ••. Il reste que cette fitrce est beaucoup plus développée dans Pantagruel que dans Prt/c//» et que Rabelais ne s'est point contenté d'user de patois et de jargons : à côté du « lanternois » et du langage d'Utopie figurent le latin, le grec, l'hébreu '.Ilyaplusde «clergie » chez lui que chez Maistre Pierre Pathetin.
1. Pantagruel invité à voir le bon tour joué à la «dame Parisianne », y consentit volontiers « et veit le mystère lequel il trouva fort beau et nouveau. » 22, M. L. I, p. 528.
2. Cf. L. E. Chevaldin, Les ]oi-gons de la Farce de Palhelin, Paris, 1903.