‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 62 sur 216 · Etienne Pasquier, Recherches de la France, \'îii · texte numérisé non relu

Etienne Pasquier, Recherches de la France, \'îii

5. Sur les idiomes de Panurge, cf. l'article de M. Saiuéan : Le Vocabulaire de Rabelais. Rev. Et Rab. Tome VI, p. 285.

70 I,.\ « RESPfBI.ICA SCIIOLASTICA »

VI. — L'cirginnenlat'wn par signes entre Thaiimasle et Panurge.

Panlagruel, chap. xviii, XIX, XX.

L'argumentation par signes, qui occupe trois chapitres du Pantagruel, est une scène drolatique, dont le principe comique est double : il consiste à la fois dans le spectacle d'un savant berné par un bouHon et dans la série de quiproquos qui résultent d'une discussion par gestes.

Le premier de ces deux thèmes avait été traité maintes fois avant Rabelais, dans la littérature satirique ou comique. La verve malicieuse des conteurs du Moyen-Age avait déjà opposé à la science ou à la sagesse le bon sens vulgaire. Nous avons un exemple de ce procédé comique dans ces Dialogues de Saloiiiou et Marconi, auxquels Rabelais fait allusion dans le conseil de Picrochole : « Qui ne s'adventure, n'a cheval ni mule, ce dit Salomon. — Qui trop, dit Hchephron, s'adventure, perd cheval et mule, répondit Malcon '. » Ainsi, à chaque sentence « émise par le sage roi » un personnage grotesque oppose « une vérité triviale ou une observation plaisante ou obscène ^ » Deux farces de la fin du .W' siècle, le Gaudisseur et le Sot, le Gentilhomme et son page, présentent « le même contraste de l'emphase orgueilleuse aux prises avec le bon sens populaire et gouailleur '. >>

A ce premier élément comique, nous trouvons jointe, dans une autre classe de productions satiriques, une série de quiproquos provenant de la forme spéciale de la discussion, qui ne consiste qu'en gestes et signes. Ce thème de l'argumentation par signes avait depuis longtemjjs été exploité dans diverses littératures. Sans remonter aux littératures orientales, à Y Histoire des quarante Vi:^irs ou aux Contes Tainonls ', nous trouvons au xv° siècle deux variations sur ce thème. L'une est une historiette rapportée par un Espagnol, Jean Ruiz, archiprêtre de Hita, qui met en scène un portefaix romain « faisant quinault » un docteur grec >. L'autre

1. Sur ces Dialogues, voir Gaston Paris, La littérature au moyen «Vf, p. 167.

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