Cf. J. Fleury. Rabetais et ses œuvres. Tome I
est une farce de Rosenblut, un Xurembergeois qui se fit remarquer au x\ " siècle parmi les auteurs des Fastnachtspiele, farces jouées par des amateurs pendant le carnaval '.
Le type et l'origine de ces deux scènes est dans une glose d'Accurse^, ce jurisconsulte dont Rabelais s'est moqué dans l'épisode Baisecul-Humevesne. Il rapporte que jadis les Romains déléguèrent un fou pour discuter avec un certain sage, « quemdam sapientem », venu à Rome pour voir si les Romains étaient dignes d'avoir des lois. Le Grec, sans raison apparente ou énoncée, probablement par ignorance de la langue, se met à discuter par signes, « nutu disputare c;tpit. » Il élève un doigt, « significans unum deum. » Le fou croyant que ce doigt était levé pour lui crever un œil, dresse à son tour deux doigts et le pouce, « sicut naturaliter evenit », pour menacer de crever les deux yeux de son adversaire. Le Grec voit dans ces trois doigts un symbole de la Trinité. Il ouvre alors la main pour signifier que tout est découvert à Dieu. Le fou interprétant ce geste comme une menace de gifie, répond en brandissant son poing fermé. Le Grec croit qu'il indique par là que Dieu tient tout enfermé dans sa main et, jugeant l'épreuve suffisante, se retire : « Sic credens Romanos dignos legibus recessit. »
Telle est l'historiette, brève et sèche, que rapportait la glose d'Accurse. Il n'est pas douteux que Rabelais l'ait connue. Elle était un monument de cette ignorance d'Accurse dont se gaussaient alors les Jurisconsultes Humanistes. Budé, dans ses Annotations aux Pandectes la cite précisément comme exemple, de 1' « ignorantia Accursiana » en relevant l'erreur de chronologie qui place une discussion sur la Trinité à l'époque où la civilisation grecque entre en contact avec Rome. En outre, elle se grefl^ait sur une phrase du Digeste' qui établit les origines grecques du droit romain, auxquelles Rabelais fait allusion ailleurs ^.
C'est cette anecdote qui très probablement a inspiré les scènes de Jean Ruiz et de Rosenblut. Rabelais les connaissait-il ? C'est
1. Cf. sur cette farce. Ceninitiiii. tome IV, p. 482. Roseiiblnts Dispiila:;^ eities Freiheits mit eiiieni Juden, par Reinhold Kohler.