‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 64 sur 216 · Digeste. Titre II. De origine Jiiris, n · texte numérisé non relu

Digeste. Titre II. De origine Jiiris, n

5. Placuit publica authoritate decem constitui viros, per quos peterentur leges a Graecis civitatibus et civitas fundaretur legibus.

4. Piiiitiigniel, 10. M. L. I, p. 268. « Et toutefovs les loix sont' premièrement prinses des Grecs, comme vous avez le témoignage de Ulpian 1. posteriori Je orig. juris. » C'est le Titre du Digeste où se trouve l'anecdote d'.\ccurse.

LA « RESPUBLICA SCHOLASTICA »

très peu probable. Peut-être existait-il d'autres variations populaires sur ce thème dont il a profité et qui sont perdues pour nous. Quoi qu'il en soit, pour juger de l'originalité de l'invention de Rabelais, il ne .sera pas superflu de montrer ce qu'était devenue l'anecdote accursienne, chez Rosenblut, par exemple.

Le lieu de la scène, les personnages et leur mimique se trouvent changés. La discussion a lieu dans une ville de Hollande entre un docteur Juif et un bohème (Freiheit) que lui opposent les Chrétiens. Elle doit mettre fin à une querelle qui s'est élevée entre Juifs et Chrétiens, les coreligionnaires du docteur vaincu dans cette lutte singulière devant être condamnés à balayer la ville. Les Chrétiens n'ont pas trouvé de savant capable de défendre leur cause. Enfin s'est présenté le vagabond qui, affublé d'une robe de docteur et bien « antidote » d'une soupe de Malvoisie propose au champion des Juifs de discuter par signes sur trois questions. Le docteur accepte. 11 commence par lever un doigt : le vagabond répond en levant deux doigts. Le Juif ouvre la main : le vagabond brandit son poing fermé. Le Juif se met un doigt dans la bouche : le vagabond se caresse le ventre de la paume de sa main. Le Juif s'avoue vaincu. L'auteur nous livre alors la clef de ce mystérieux dialogue : les gestes du docteur avaient rapport à d'abstruses questions de métaphysique ; ceux du vagabond signifiaient prosaïquement, I" qu'il voulait pocher les deux veux du Juif, 2" lui donner un coup de poing sur le visage, 3" que si le Juif avait faim, il avait, lui, la satisfaction de caresser son ventre repu.

Ainsi Rosenblut a quelque peu changé et développé la mimique des personnages telle que l'esquissait l'anecdote d'Accurse. Mais il ne s'est pas avisé de chercher à pallier l'invraisemblance fondamentale de la donnée : l'argumentation par signes.

Si l'on compare à cette scène, celle de Rabelais, on constate que son invention et son originalité portent sur deux points principaux : 1° il a longuement développé la description de la mimique, 2° il a trouvé à la scène un cadre nouveau, qui atténue dans une certaine mesure l'invraisemblance du sujet.

1° Les quelques gestes échangés par le Grec et le Romain chez Accurse ne pouvaient suffire à Rabelais. Panurge n'a pas accoutumé de rien sacrifier de son plaisir dans les mystifications : il les prolonge autant qu'il peut ; elles ne paraissent jamais fastidieuses à Rabelais. Dans les réponses à Pantagruel, lors de la rencontre

de Panurge, il avait prêté successivement à ce dernier, non seulement tous les idiomes connus, luais encore des jargons imaginaires, ceux d'Utopie et de Lanternois. Sur le patron d'une phrase de jargon « escorche-latin » de Geoffroy Tor}', il avait rédigé pour l'escholier limousin tout un long discours. La discussion par signes, qui tient dix lignes dans Accurse, est décrite ici en quatre pages. Elle dure si longtemps que Rabelais éprouve le besoin de nous donner quelques indications sur la signification des gestes, à mesure qu'il les décrit ; nous n'aurions pas la patience d'attendre la fin de la description pour avoir la clef de la mimique. Il prête donc à Thaumaste une exclamation qui nous rappelle la nature des problèmes en question : « geomantie, philosophie, astrologie ». « Et si Mercure... » s'écrie-t-il, oubliant le pacte de discussion muette après la première réponse de Panurge. Puis, nous devinons que son esprit s'élève dans la région des idées abstraites, négligent du corps, au point de contraindre les assistants à se « estouper le nez. »

De même, quelques-uns des gestes de Panurge sont interprétés dans le récit; Rabelais après l'avoir décrit, imitant le geste de l'archer qui vise un ennemi, explique sa description dans une comparaison : « comme visant droit au nez de l'Anglais'. »

Au surplus la mimique de Panurge n'a rien d'ambigu : ce sont les gestes ordinaires de la dérision la plus impudente. Mais Rabelais s'est amusé à nous les détailler avec une minutie et une précision, en quelque sorte techniques. Il a trouvé un nouvel élément comique dans ce contraste entre le sérieux de la description et la vulgarité du geste décrit, dont la formule triviale se présente soudain à l'esprit du lecteur. Que l'on prenne par exemple la description du premier geste de Panurge : « il leva en l'air la main dextre, puis dicelle mit le poulce dedans la narrine diceluy costé, tenant les quatre doigts extendus et serrés par leur ordre en ligne parallèle à la pêne du nez, fermant l'œil gauche entièrement et guignant du dextre avec profonde dépression de la sourcile et paulpière. Puis la gauche leva haut, avec fort serrement et extension des quatre doigtz et élévation du poulce, et la tenoit en ligne directement correspondante à l'assiette de la dextre, avec distance entre les deux d'une coudée et demie-. » Tant de précision dans le choix des

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