‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 71 sur 216 · GtUs^anttia, chap. 15, fin. M. L. I., p · texte numérisé non relu

GtUs^anttia, chap. 15, fin. M. L. I., p

3. Pantagruel, chap. 16, « comme dit de Alliaco en ses suppositions. »

4. Tiers Livre, chap. 46. — « Salomon dit que infinv est des fous le nombre. A infinité rien ne peut décheoir, rien ne peut être adjoint, comme prouve Aristoteles. » Le raisonnement qui rapproche ces deux textes est plaisant ; mais il n'v a pas de malice à l'adresse d'Aristote.

5. Quart Livre, chap. 11, — « formes suivantes la matière, ainsi les nomme Averroès. »

6. Gargantua, chap. 20. Janotus à Josse Bandouille. ,M. L. I., p. 74,

7. Tiers Livre, chap. 30. M. L. 11., p. 147. k Où me renvovcz-vous, bonnes gens ?- Aux conditionales, lesquelles en Dialectique reçoivent toutes contradictions et impossibilitez. Si mon mulet transalpin volait, mon mulet transalpin aurait aesles. » Dans le mC>me chapitre, une allusion aux Insoluhilia de Alliaco.

DANS l'œU\KE de RABELAIS 89

il se {-M fort de tirer de certaine proposition énoncée par Pantagruel des conséquences qui le déconcerteraient. « Je vous mènerais à logicalement inférer une proposition bien abhorrenteet paradoxe. Mais laissons la. » (^Ticrs Livir, chap. \ix). Rabelais ne garde pas toujours cette discrétion ; il ne dédaigne pas, par exemple, de fonder une argumentation, qui remplit un long chapitre du Gargantua, sur une « règle logicale » d'Aristote. C'est le chupius X : De ce qu'est signifie par les couleurs blanc et bleu. L'auteur veut nous prouver que blanc signifie non pas « foy », mais « joye, soûlas et liesse. » Il commence par exposer la règle d'Aristote sur les propositions contraires : « Supposant deux choses contraires en leur espèce, comme bien et mal, vertu et vice... blanc et noir..., joie et deuil, si vous les coublez en telle façon qu'un contraire d'une espèce convienne raisonnablement à l'un contraire d'une autre, il est conséquent que l'autre contraire compète avec l'autre résidu. » En vertu de cette règle dont il nous

,, , , , vertu vice .,,,,.

donne d abord comme exemple : 7- — = — T; n etabht sa tnese,

•^ bien mai

à savoir que noir, contraire de blanc, signifiant deuil, blanc ne

peut signifier que le contraire de deuil, c'est-à-dire : joie. Et il le

« vérifie », par un appel au consentement universel, qui remplit

trois longues pages.

Il est donc à l'aise sur ce terrain de la logique ; il sait à l'occasion tirer profit, pour l'invention et le développement de ses idées, des souvenirs qu'il a gardés de la Scholastique.

Il y a plus ; il faut reconnaître qu'il se plaît aux jeux de raisonnements les plus scabreux : il aime, dans l'argumentation, à développer des sophismes.

Il semble tout d'abord qu'il veuille faire du sophisme l'apanage des représentants de l'éducation traditionnelle. Maître Tubal Holophernc, « qui fut premier de sa licence y> , prouve qu'il importe de boire en se levant, l'avantage n'étant point de courir vite, mais de partir tôt'. Les régents théologiques de Gargantua interprètent le dit de David : I^aiiuui est vobis ante lucem surgere, à la lettre, en fixant le réveil du disciple entre 8 et 9 heures. Mais ces

I. M. L. I., p. 78. i< Ce n'est tout l'adv.intaige de courir bien toust, mais bien de partir de bonne heure : aussi n'est-ce la santé totale de notre humanité, boyre à tas, à tas, à tas, comme canes ; mais ouv bien de boire matin. »

90 I-A « RESI'UBI.ICA SCHOI.ATISCA »

sophismes et cet abus des textes ne sont point particuliers aux « Sorbonagres » ; il est probable que c'était jeux de clercs.

Rabelais, en tout cas, a pour ces exercices d'esprit un goût très prononcé. 11 construit la moitié de l'apologie de Bridoye sur l'interprétation littérale de la métaphore aka judicwniin et il multiplie dans le reste du plaidoyer les arguments tirés de jeux de mots : muicarii, etc. '.Il emprunte à Calcagninus l'apologue de Physis et Antiphysie ; il le traduit d'assez près, mais il ne se tient pas d'ajouter aux sophismes par lesquels Antiphysie, dans l'auteur original, prouvait l'excellence de Aniodunt et Discordance, ses enfants ^

Ce sont surtout les discours de Panurge au Tiers Livre qui attestent le plus manifestement cette tendance de Rabelais à jouer du raisonnement, sans respect pour la raison. Dans l'apologie de la Dilapidation "', il y a des arguments qui ne reposent que sur de grossiers jeux de mots. Panurge, pour établir que son gaspillage a été « acte des quatre vertus principales », prend non dans leur sens moral, mais dans leur sens littéral les expressions: prudence, justice commutative, justice distributive, force. N'at-il pas fait acte de prudence, en prenant argent d'avance : on ne sait si le monde durera ! N'est-ce pas une forme de la justice commutative que d'acheter cher à crédit, et vendre bon marché, argent .comptant ? Sa justice distributive a consisté à distribuer son argent. Quant à la force, il en a montré autant qu'un second Milo, « abatant les gros arbres... ruinant les obscures forêts », etc.

Le second développement, qui complète ce premier paradoxe, la louange « des debteurs et emprunteurs », se termine également sur un argument qui n'est qu'un jeu de mots : l'expression devoir de mariage fournit à Panurge une preuve de plus à l'appui de son apologie des dettes : sans ce devoir, comment se perpétuerait le genre humain ?

Tout ce second paradoxe n'est, au reste, qu'un sophisme, où l'imagination joue un rôle si brillant qu'elle offusque la virtuosité dialectique. Panurge veut établir que les dettes sont conformes à l'ordre général de la nature. Le sophisme consiste à voir dans tout rapport, dans toute solidarité, dans tout concert d'élé-

1. Cf. iufr. chap. Les /<y/s/i'j- et les F.tiuks jiiriiliqiies.

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