Lyon, Seb. Gryphe
3. Nouvelles récréations, p. 194. Il nomme Bartole et Accurse, qui étaient les plus fameux des Legulei.
4. Bartoli Comiiieiitariii iii seciiiuhwi Digesti Non partent, ciini Do. Pétri Patili Paris. Anjrex Poniat. Andrex Barh. Alexan. Losxi additionihus. — Lyon, 155)-
104 '-E DROIT, LES ETUDES JLRIDlCiUES ET LES LEGISTES
no)i possunt ». L'Invective de Pantagruel contre les Glossateurs est donc un épisode de cette lutte qui jusqu'alors n'avait intéressé que les légistes, les humanistes et les clercs.
Toutes les critiques exposées dans de savants traités en latin, Rabelais les formule en langue vulgaire. — De pittoresques injures traduisent les révoltes du goût délicat des Humanistes au contact de la barbarie Accursienne. Ce que Laurent Valla, Budé, Alciat avaient condamné le plus énergiquement dans Accurse et Bartole, c'était leur langage, plein de termes barbares. C'est aussi le reproche principal que leur adresse Pantagruel : ces « gros veaulx de dime » n'ont pu entendre le « texte des loix », eux « qui jamais ne virent bon livre de langue latine, comme manifestement appert à leur style, qui est style de ramonneur de cheminée, ou de cuysinier et marmiteux, non de jurisconsulte ». Budé en son Dialogue de la Philologie (Livre II), pour décrire. l'état de négligence et de saleté dans lequel il avait trouvé la prose juridique, use d'expressions semblables : Mincrvain... judicialeiti, sqnaUiâain et horridain '. Alors, dit-il, les jurisconsultes, se faisaient scrupule de rien changer à leur vocabulaire, langage de boutiques, de barbier ou de savetier, « latini sennouis illuvies comiih'utitia, exqiiisilœque fœditatis barbaries, e toiisirinis, e stilriiiis, ex circiimforaneis locis stiidiose conversis ». On perdait tout crédit auprès d'eux, si l'on s'avisait d'imiter le style des anciens, d'éviter cette infection barbare, « viria; illiid bircosiini et nlpiiiiiiii », et de renoncer à ces termes, empruntés non au forum romain, mais au marché aux herbes, aux boeufs et aux porcs: « Ferbis e foro non qiiidcm rommjo ac siibscUiis dicato, sed olitorio et boario suarioqiie eoUectis ».
A cette latinité barbare des glossateurs, Rabelais oppose, comme Laurent Valla, Budé et Alciat, la pureté de la langue des Pandcctes « rédigées en latin le plus élégant et aorné qui soit en toute la langue latine, et n'en excepterais volontiers, ajoute-t-il un peu témérairement, ni Salluste, ni \'arron, ni Cicéron, ni Senèque, ni Tite-Live, ni Quintilien ». Xous avons là l'écho de cette admiration pour le Digeste et les études juridiques, qui animait tout le cénacle de Fontenay.
Nous y retrouvons également le culte de cette génération
I. De Pbilohgia, p. 6i, dans l'cditioii des Œuvres complètes, de B.îlc, 1557.
d'Humanistes pour la langue grecque, « sans laquelle c'est honte qu'une personne se die savante ». Si les glossateurs se sont montrés ineptes à l'intelligence des lois, c'est qu ils ignoraient le grec. Or les lois sont pleines de sentences grecques et les lois elles-mêmes « sont prises premièrement des Grecs ».
En outre, Pantagruel estime qu'il était impossible à ces «fols» glossateurs de comprendre les lois, puisqu'ils ignoraient la phi- ^ losophie, « les lettres d'humanité et connaissance des antiquités et histoire ». C'est le reproche que leur faisaient surtout Budé et api'ès lui, Tiraqueau. — Nous avons vu comment ce dernier encourageait les juristes de son temps à consolider et à illustrer la jurisprudence par toute la culture humaniste, c'est-à-dire : « ca siiiil : philosophoniiii pJacila, oralonnii dccnia, auliqiiitnlis hisloriarnmque monnmenta, Poetarum carmuia "... » Quant à Budé, la gloire qu'il revendique en propre dans le De philologia, c'est d'avoir restauré par la philologie, c'est-à-dire par la philosophie, l'histoire et, d'un mot, par les Humanités, les sciences juridiques, encore enténébrées avant lui des brouillards de l'âge gothique.
Rabelais se fait donc ici le champion de toutes les idées chères à ses maîtres ès-sciences du droit. Pantagruel englobe tous leurs griefs contre les glossateurs dans une seule invective ; il formule, au nom du bon sens, la protestation de l'Humanisme et des Juristes de la Renaissance contre une méthode désormais surannée. Il va plus loin : en ne distinguant point de la fatrasserie de la procédure, les interprétations tirées des glossateurs, il les rend responsables eux aussi de « l'allongement des procès et de la subversion du droit », et il les voue, par cette confusion, à la même impopularité.
Mais il y avait lieu de discerner dans notre analyse de l'Invective de Pantagruel ces deux éléments distincts que vise sa critique : les abus et cautèles de la procédure, et la jurisprudence des glossateurs. — De ces deux parties, celle qui a reçu le développement le plus abondant, c'est la seconde, c'est-à-dire celle dont la matière ne pouvait être exploitée que par un juriste, initié aux querelles d'Ecoles, et versé dans les sciences du droit. Sans doute, il n'y a rien d'original dans les griefs que Rabelais articule contre les glossateurs ; il ne fait que vulgariser des idées qui avaient