VioUet le Duc, Ancien Thàitre fiançais, tome II
5. Cf. R. Gagiiini, Epislula: et oratioiies, tome II, p. 5, de l'édition Thuasne. 4. Du h'criste qui se voulut exercer à lire et île la baraui;uc qu'il Jil à sa première lecture.
112 LE DKOITj LES ÉTUDES JURIDIQUES ET LES LÉGISTES
OU de son, il semble qu'il se produise, dans la mémoire de Bridoye, un déclanchenieiit de séries toutes faites de références juridiques.
L'ertet comique est d'autant plus intense que les références paraissent superflues généralement. Point n'était besoin de faire appel au Digeste, à saint Thomas, à Albert de Rosa, à Barbatia et à la glose /// proemio § ne aulem tcrlii, pour prouver que l'exercice est h\giéniquc ; et l'on ne s'attend guère à voir l'autorité de plusieurs jurisconsultes confirmer cette proposition : que l'ourse à force de lécher son ourson « le met à perfection de membres ». Mais le contraste que produisent ces allégations d'autorités juridiques avec l'insignifiance des propos qui les appellent, est précisément un autre effet comique qu'a recherché Rabelais.
Aussi bien, il est fâcheux que nous prenions insensiblement l'habitude de les passer sans les lire, car, bien souvent, elles valent par elles-mêmes. Iilles renferment quelques détails plaisants. — Ce sont, par exemple, ces apophthegmes de forme si triviale : Cmrerc plus que le pas vctiilaiii coinpcUit Ci^cslas. ■ - Oui non laborat non iiiaiiigc ducal. — Dcficicnlc pccii-dcjîcil oninc-nia', etc. C'est encore le commentaire saugrenu qu'un glossateur avait donné du mot oljccil dans un passage du Digeste et que toutes les éditions du Digeste se transmettaient fidèlement. Brido3-e expose comment Dendin « accourait incontinent qu'il sentait un procès ». Machinalement, il s'interrompt pour insérer son commentaire du mot « sentir » : iit ff. si qiiad. paiip. fec. I. At^aso. gloss. in z-crh. oljccil, idesl, nasiint ad ciiliDn positil. La référence est exacte. Il existe une loi Agaso, au Titre : Si qiiiidnipcs paiipcricni fccit. ¥A\c stipule qu'on pourra actionner le propriétaire de la mule qui, en ruant contre un cheval tentant de la flairer, aurait brisé la jambe du muletier (agaso, onis)-. Et à ce propos, la glose explique gravement le sens précis du mot flairer : oljccil, id est iiasmii ad cnlmii posait ! Rabelais ne pouvait pas laisser échapper l'occasion de sertir cette perle dans sa « brodure » de commentaires juridiques. — Mais, comme quelques autres, elle passe inaperçue des regards distraits qui glissent sur ces allégations importunes, pour suivre le sens de la phrase fâcheusement interrompu.