Cf. Dr Dorveaux, Rev. El. Rah. (1905), p
2. L'Aiiatoviie lin Corps }>uiihuii ràiuite en TMes, p.ir maistre Loys Vassée, traduites par maistre Jean Canappc, Paris, 1554. La prél'ace est datée de Lyon,
LES SCIEN'CES MEDICALES I 5
B. — La plupart de ces emprunts sont faits, nous venons de le voir, à l'anatomie. Le sujet même du roman de Rabelais, la Geste des Géants, lui offrait de nombreuses occasions de nous donner des descriptions anatomiques. Les horrifîques prouesses de ses héros sont en partie des guerres et des batailles. Or, c'était un usage traditionnel du poème épique, que de décrire les coups donnés et reçus dans les « apertises >> d'armes. On sait con-'bien les poèmes homériques se plaisent à préciser, dans le détail le plus minutieux, la description des blessures : ils nous disent la partie du membre atteint d'abord par l'arme, les organes lésés, les effets du coup. On devine quel intérêt les auditeurs des rapsodes, curieux de tout ce qui touchait à la guerre, attachaient à ces descriptions anatomiques. A l'exemple d'Homère, ^'irgile les multiplia dans son œuvre. Elles devinrent un ornement classique de l'épopée. <( Si tu veux, dira Ronsard dans la Prétace de la Franc'mdc, faire mourir sur le champ quelque capitaine ou soldat, il le faut navrer au plus mortel lieu du corps... et en cela tu dois être bon anatomiste. »
Rabelais possédait trop bien l'anatomie, pour ne pas céder parfois au plaisir d'imiter ou de parodier l'épopée dans cet usage. — Il ne s'en avise pas encore dans le Pantagruel ; une seule fois, et très brièvement, il nous donne une description anatomique en nous montrant Panurge raccommodant la tête d'Epistémon : « et les afusta justement vene contre vene, nerf contre nerf, spond3'le contre spondyle'. » Dans le Gargantua, la campagne picrocholine lui offre une nouvelle occasion de développer ce thème. Chaque variation comporte d'ailleurs, outre l'effet général d'imitation et de parodie du poème épique, des nuances comiques qu'il est intéressant d'étudier, pour constater quelles riches contributions ces sciences médicales ont apportées à l'œuvre de Rabelais. Tout d'abord, ces descriptions sont comiques par le caractère invraisemblable et imprévu de leur exactitude. — Au chapitre xliv du Gargantua, Rabelais nous donne avec une précision technique, admirée des médecins modernes, la description des effets des deux coups de bracquemart par lesquels Frère Jean se défit de ses archers: « En férut l'archer qui le tenait à dextre, lui coupant entièrement les venes jugulaires et artères sphagitides du col.