BELGIQUE
Musée d'Anvers. — Portrait de femme. Elle est représentée à mi-corps, coiffée d'un chapeau de feutre rouge orné d'une plume , jaune orangé , et vêtue d'une robe écarlate brodée d'or. Elle porte un collier de grosses perles, une perle longue pendante à sa boucle d'oreille, un triple bracelet de perles et des agrafes d'or ù son corsage. Les mains tiennent un manteau qui recouvre l'épaule droite. Ce portrait, confisqué en l'an VI, dit le Catalogue, fit partie du Musçe Napoléon. II fut acheté à la vente du roi des Pays-Bas, Guillaume II, au prix de 3,700 florins.
N'ayant conservé qu'un très-vague souvenir de cette peinture, qui représente la première femme de Rembrandt, nous rapporterons ce qu'en dit W. Burger. Le portrait qui fit partie du Musée Napoléon n'est pas celui du Musée d'Anvers, mais un portrait tout semblable qui est au Musée de Cassel, et qui a été gravé par W.-P. Leeuw, contemporain de Rembrandt, et par Oortman. k La peinture du Musée d'Anvers est incontestable, ajoute Burger..., quand on ne connaît pas rincontestable original du Musée de Cassel, et même après l'avoir vu, on n oserait jamais dire quelle en soit la copie. » Cela
signifie pour nous qu'un des deux morceaux, probablement celui d'Anvers, est une de ces répétitions que les maîtres font faire souvent par leurs élèves les plus habiles, et qu'ils ne craignent pas d'avouer, de signer même, après les avoir vérifiées et retouchées. Il est sûr, en effet, que Rembrandt ne s'est jamais copié lui-même, jamais répété, au grand jamais ' .
Un livre curieux a été publié à Paris et à Genève en i86g, qui a pour titre : Rembrandt et l'Individualisme dans l'art. L'auteur, M. Athanase Coquerel fils, ministre protestant, étudie à son point de vue les œuvres du maître hollandais, et il l'apprécie en tout cas avec une connaissance de l'art et une compétence qui ont le droit de nous étonner de la part d'un homme qui a consacré sa vie à d'autres pensées. Nous avons vu avec plaisir, dans ce remarquable travail, que Rembrandt était comparé à Shakespeare, auquel nous l'avons comparé nousmême. L'écrivain protestant , après a^'oir cité une con\'ersation qu'il a eue avec Ary Scheffer, fait une remarque intéressante qui lui appartient, à lui l'écrivain :
« Un secret de l'art dont Rembrandt, sans doute, n'est pas seul à faire usage, mais dont il s'est prévalu avec plus de bonheur et d'esprit que personne, consiste à placer, même dans les parties les plus obscures du tableau, quelques points qui réfléchissent la lumière. C'est de là que lui vient, pour les bijoux de toute espèce, un goût si vif qu'il attira vine désagréable aventure à sa femme, cette belle Saskia van Uylenburg, dont il était passionnément épris et qu'il se plaisait à parer avec excès. 11 existe d'elle, à Anvers, un splendide portrait vêm de velours rouge, avec des manches d'un brun roux et un grand chapeau rond en feutre écarlate; une chaîne d'or entoure la coiffe de ce chapeau ; une autre descend sur le chignon et se mêle aux beaux cheveux de la jeune femme. Des agrafes, élégamment découpées, ornent le
1. Il y a quelques jours [en septembre iSyS). nous étions au Musée d'.^nvers, et, en regardant le portrait de femme attribué à Rembrandt, nous en avons reçu une impression qui n'était pas celle qu'on éprouve en présence des peintures originales de ce grand maître.
haut du corsage et brillent sur l'épaule; le corsage lui-même est bordé d'un galon d'or. Ajoutez à tant de joj-aux un collier, des boucles d'oreilles, des bracelets. On ne s'étonne pas trop, devant une pareille ostentation, que les autorités, qui à cette époque se mêlaient de beaucoup de choses, aient fait subir à M"'' Rembrandt une réprimande sur le luxe de ses toilettes et le nombre exagéré des pierreries qu'elle portait; c'est aussi une des prodigalités qu'on a reprochées, non sans motifs, à son mari. Le plus récent de ses biographes, M. Vosmaer, cherche à l'en justifier, et prétend que la plupart des joyaux de Saskia n'ont existé qu'en peinture. Je ne suis guère de son avis. Il est clair pour moi, à voir comment Rembrandt les a représentés, qu'il les avait bien réellement sous les yeux. »
Il y a loin, il faut en convenir, de cet homme que « ses mœurs et ses goitts retenaient dans la compagnie du peuple, » selon le dire de son premier biographe, à un artiste dont la femme est réprimandée par les magistrats pour le luxe des bijoux qu'elle porte. Ce ne sont pas ordinairement les avares et les mangeurs de brouet noir qui tombent sous le coup des lois somptuaires.
Musée de Bruxelles. — Un kotnnie debout, à mi-corps, couvert d'un chapeau et vêtu de noir, sauf un col et des manchettes blanches. II est dans une embrasure cintrée, et le mur du fond porte la signature Rembrandt, /. 1641. Le jour venant du fond, la tête n'est éclairée que par des reflets et par la lumière qui glisse et tourne autour. .M. A. de Monlaigion, dans sa notice sur le Musée de Bruxelles, dit que ce portrait est (1 un chef-d'œtivre et le morceau le plus important du musée, avec le Jordaens et le van Orley. » Nous nous en référons à ce jugement, n'ayant pas d'ailleurs gardé une idée précise du tableau.
Galerie d'Arenbebg, à Bruxelles.— Le Jeune Tobie rendant la vite à son père. Le père, assis la tète renversée , subit l'opération que lui fait son fils. Ija. vieille mère, de profil à droite, tient dans ses mains la main de l'aveugle. Un ange vêtu de blanc, les ailes étendues, semble présider à l'opération. La scène est éclairée d'un rayon de soleil qui entre par une fenêtre placée à gauche. De ce coté, dans l'ombre, deux figures assises. Signé Rembrandt f. i636. Gravé par de Marcenay. Un tableau de ce sujet est mentionné dans le Trésor de la Curiosité comme ayant appartenu au prince de Carignan.
i\L Charles de Brou a remarqué que le tableau de la galerie d'Arenberg était peint sur une couche d'or.