ALLEMAGNE
Musée de Berlin.— La Lutte de Jacob avec l'Ange. Jacob est vu par dernère, luttant contre l'ange qu'il a enlevé de terre. Celui-ci est vêtu de blanc ; ses ailes sont étendues , sa main droite est posée sur l'épaule de Jacob; il le combat avec sérénité et même avec un sourire bienveilUant. Peinture libre et spirituelle.
Tobie et sa femme attendant le retour de leur fils. Daté de 1645. Ce petit tableau fait pendant au suivant.
Repos de la Sainte Famille. La Vierge , en manteau bleu , se repose sur un peu de paille, près d'une chaumière et de quelques ruines. L'enfant Jésus dort, et Joseph, assis, repose sa tête sur sa main. Un ange vêtu de blanc réveille Joseph endormi. Ce morceau, daté de 1645, est « un petit bijou du maître », selon l'expression de Smith. (Catalogue raisonné of tke ivorks 0/ the most eminent painters.)
Moise brisant les tables de la Loi. Il est représenté presque de face , vêtu d'une robe blanche et levant les tables sacrées pour les jeter à terre. Daté de 1 SSg.
Samson menaçant sou beau-père. Ce tableau est connu sous le nom du Prisonnier, et passe pour représenter le petit-fils du prince d'Egmont, qui fut emprisonné pour une conspiration qu'il avait tramée contre son père. Mais M. Kolloff a clairement prouvé, dans VAnntiaire historique [Historiches Taschenbuch) de Raumer. que ce personnage était le Samson de la Bible. Il est richement vêtu ; il jette des yeux irrités sur un vieillard qui le regarde d'une petite fenêtre et auquel il montre le poing. Daté de 1 ôSy. Gravé par Leader, et, dans le Musée français , par Smith. Ce tableau a fait partie du Musée Napoléon, et i! a été restitué en i8r5.
Portrait de Rembrandt ù l'âge de vingt-huit ans. Il est vu de trois quarts; il porte des moustaches, un bonnet orné de plumes , une cuirasse ce une chaîne dor. Signé et daté de 1634.
Rembrandt dans un âge plus avancé. Son costume riche et son attitude lui prêtent une certaine dignité.
Portrait de femme. Elle est vue de trois quarts; une chaîne d'or pend sur sa poitrine ; elle tient un manteau de la main gauche. Signé et daté de 1643.
G.\LERiE DE Dresde. — L'Ange abandonne Manué. Le patriarche et sa femme sont agenouillés devant un autel sur lequel brûle le feu du sacrifice. L'ange monte ou ciel au milieu des flammes. Composition capitale, signée et datée de 1641.
Mise au tombeau. C'est un morceau fini, qui , par l'ordonnance, ressemble beaucoup à celui de Munich. Dans le lointain on aperçoit le Calvaire.
Enlèvement de Ganymède. L'enfant est enlevé par l'aigle qui la saisi par le bras et lient dans une de ses griffes la chemise retroussée, La tète est vue de trois quarts, le corps est vu de dos, en l'air. Signé Rembrandt f. iû35.
Ce pauvre Ganymède fait une grimace très-expressive mais très-
laide, et dans sa nudité il montre des formes qui sont loin d'être choisies, sans compter que la frayeur lui donne une incontinence bien peu convenable pour un dieu futur. Smith suppose que Rembrandt a voulu tourner ici la mythologie en caricature, en représentant Gan}-mède comme un lourdaud qui ne sait retenir ni ses pleurs ni ses cris, et dans un accoutrement si peu classique, unclassical raiments. Il faut convenir, du reste, que la pudeur anglaise n'avait pas d'autre moyen d'expliquer un tableau aussi incongru. On peut en juger d'après l'estampe qui en a été gravée par Cardon.
L'Amour et le Vin. Sous ce titre a été catalogué un tableau où l'on voit Rembrandt tenant sa femme sur ses genoux et levant d'un air joyeux un verre de vin. Riedel en a fait une eau-forte qu'il appelle la Double jouissance , et Fessard l'a gravé sous le titre : les Œuvres de la vigne.
C'est une exception singulière dans l'œuvre de Rembrandt que ce double portrait. Le peintre s'y est représenté comme un jeune viveur qui célèbre bruyamment l'amour et le vin avec la femme qu'il vient d'épouser. Je ne crois pas que, dans aucune autre peinture, il se soit montré sous cet aspect. Dans la petite eau-forte décrite par nous sous le n" 2o3, le peintre et sa femme ont une physionomie sérieuse. Soit qu'il peigne les autres, soit qu'il se peigne lui-même, Rembrandt est grave et plutôt triste. C'est très-rarement que l'expression de ses têtes est celle de la bonne humeur. Tous ses ouvrages sont recueillis; ils font penser ou songer; ils imposent.
W. Burger a fait une très-juste observation et l'a fort bien exprimée lorsqu'il a dit : « Il n'y a pas dans toutes les écoles deux peintres qui diffèrent plus l'un de l'autre que Rembrandt et Rubens; ce sont précisément les contraires : l'un est un peintre concentré, l'autre est un peintre étalé, l'un cherche la simplicité caractéristique, l'autre une somptuosité ambitieuse; l'un ménage ses effets, l'autre les pirodigue aux quatre coins de ses toiles; l'un est tout en dedans, l'autre tout en
dehors ; l'un est mystérieux, profond, insaisissable, et vous fait replier n. 32
25o L'ŒUVRE DE REMBRANDT,
en vous-même : — toute peinture de Rembrandt, même connue d'avance par des descriptions ou des estampes, cause toujours, quand on la voit pour la première fois, une indéfinissable surprise : ce n'est jamais ce à quoi on s'attendait ; on ne sait que dire, on se tait et on réfléchit; — l'autre est expansif. entraînant, irrésistible, et vous tait épanouir. Devant Rembrandt on se recueille, devant Rubenson s'exalte. » [Musées de la Hollande.)
Ce que Burger dit ici de Rubens et de Rembrandt, nous le disions des deux écoles qui sont personnifiées par ces deux grands maîtres, et nous sommes heureux de cette rencontre ou, du moins, de cette analogie de pensée : « ... La Flandre est catholique : aussi tout y est large, public, en dehors ; les habitations sont spacieuses et ouvertes, les mœurs sont faciles; la peinture est décorative, pompeuse et grande ; l'art est expansif. La Hollande, au contraire, est protestante : aussi est-elle marquée à l'empreinte de l'individualisme et de la famille; chaque maison est une casemate défendue par une grille et par un fossé; les portes sont étroites et closes; les mœurs sont sévères; la peinture est privée, recueillie, intime; l'art est concentré. » (Les Trésors de Part à Manchester.)
Le Festin d'Estlier et d'Assiie'rtts. Sous ce faux titre est catalogué un tableau capital qui représente les Noces de Samson. La fiancée, couronnée de fleurs et richement vêtue de blanc, est placée au milieu de la composition. Samson propose l'énigme aux convives. C'est le même modèle qui a servi h Rembrandt pour le prétendu Prisonnier, du Musée de Berlin.
Rembrandt. 11 s'est représenté un crayon à la main, dessinant dans un livre. Demifigure.
Portrait d'un hoiwne, en bonnet de fourrure , qui est assis dans un fauteuil sur le bras duquel il appuie sa main. Demi-figure.
Portrait d'un vieillard qui a des cordons de perles à son bonnet, et qui a les mains l'une dans l'autre. Demi-figure.
Portrait d'un jeune homme, coiff"ë d'une toque i5 plume, portant cuirasse et couvert d'un manteau brun.
Portrait de la femme du peintre, tenant dans sa main un œillet. Elle est vue jusqu'aux genoux. Daté de 1641 ? Acheté à Paris i, 5oo liv., en 1742.
Le catalogue de Dresde dit « la fille du peintre », mais c'est par
PEINTURES^ 25i
erreur : car le morceau en question étant signé et daté de i63S, ne peut être le portrait de la fille de Rembrandt, puisqu'il se maria en 1634, et que, s'il avait eu une fille, elle n'aurait eu alors que trois ans. C'est bien certainement sa femme Saskia c]ue Rembrandt a représentée tenant un œillet.
M. Vosmaer décrit ainsi ce portrait de Saskia : « Elle est de grandeur naturelle, vue de face jusqu'aux genoux. Debout, elle s'incline légèrement, car la main droite s'avance et présente un œillet rouge qu'elle a pris d'une table, près d'elle, où se trouvent encore deux ou trois fleurs. Le bras gauche est ramené vers le sein. Les mains et les bras, sortant à moitié des manches sont d'une belle forme, peints et dessinés à merveille. Une robe en velours rouge amaranthe est ceinte par deux chaînes à chaînons d'or carrés. Ouverte sur le buste^ la robe laisse voir le beau sein, à demi couvert d'une chemisette à plis fins bordée d'une petite ruche. Un châle brun vert, or, jaune, rayé de vert, passe sur l'épaule droite et retombe sur le bras gauche; à ce bras deux bracelets d'or; un collier de perles et un autre en corail; des perles pour pendants d'oreilles; sur la téte un petit diadème en or. Les cheveux, châtains, tombent sur le front légèrement, puis sur le dos et l'épaule droite... »
Portrait d'homme i grande barbe grise. Il est assis devant une table , ses lunettes dans une main, un tube de métal dans l'autre. Gravé par Hertel.
Buste d'un homme, vêtu d'un habit noir, avec an collet garni de dentelles. Daté de i6j3.
Buste de Rembrandt lui-même, en manteau rouge et toque de velours.
Buste de vieillard à cheveux crépus et barbe ronde , la chemise entr'ouverte au cou.
Vieillard 5 grande barbe et grand bonnet de velours. Il porte une chaîne d'or et tient une canne à pommeau d'or. Gravé parTanjé.
Vieille femme assise, pesant des pièces d'or. Elle est vue jusqu'aux genoux.
Vieillard à grande barbe, portant un haut bonnet garni de galons d'or, et tenant un gant à la main. Demi-figure, sur bois.
Buste d'homme, un livre à la main, un bonnet de velours sur la tête. Daté de 1634.
Paysage. On y voit sur les premiers plans un moulin et une charrette attelée qui se détache en silhouette obscure sur un fond plus clair. 0 Campagne d'un vert sombre, uniforme (dit M. Viardot), comme après la pluie, seulement mouchetée et là de points d'un rouge de brique par les toits de quelques masures dispersées dans la plaine. «
Galerie de Hesse-Cassel. — Sajuson livré par Dalila. Composition de sept figures. Les Philistins se ruent dans la demeure de Samson et l'insultent. L'un d'eux l'a saisi parla barbe, un autre lui crève les yeux, un troisième saisit son épéc. Dalila s'enfuit avec les cheveux de Samson dans les mains. Gravé par Jacobs et Landerer. Ce tableau, apporté au Louvre eniSr^, a été restitué i\ la galerie de Hesse-Cassel. 11 a subi quelques restaurations.
La Bénédiction de Jacob. Il étend les mains sur ses petits-enfants agenouillés; son fils Joseph et sa belle-fille sont attentifs à la scène. Cette peinture admirable, où sont réunies toutes les qualités du maître , dit Smith , a été gravée par Claessens , et par Oortman dans le Musée français. Elle a été prise par les Français en i8o5 et rendue en i8i5.
La Famille du charpentier. Un intérieur pittoresque , à demi caché par un rideau rouge. On y voit une jeune femme qui caresse son enfant et qui cherche à l'apaiser. On remarque auprès d'elle un chat et sur le parquet un petit brasier. Le maître de cette humble demeure est à l'entrée de la chambre, tenant à la main une hache. Daté de 1640 , et gravé par Oortman dans le Musée français. Pris en 1806, porté au Louvre, et restitué au musée de Hesse-Casscl en 181 5. Ce tableau, dit Smith, est au palais de Wilhelmshoe.
La Femme de Rembrandt. Elle porte un bonnet de velours cramoisi, orné de plumes ; elle a des manches brunes pendantes, une robe écarlate, un collier de perles, de riches dentelles et des boucles d'oreilles. Gravé par Oortman dans le Musée français. Ce portrait a donc fait partie de notre musée ; il a été restitué en i8i5.
Comme nous Tavons dit plus haut à propos du Rembrandt qui est au Musée d'Anvers, le portrait de Saskia paraît être le véritable, Tincontestable original, dont celui d'Anvers serait une copie merveilleusement trompeuse, exécutée peut-être sous les yeux du maître par un de ses élèves. Nous voyons, en eîfet, dans Tinventaire de Rembrandt, qu'il avait chez lui des copies de ses œuvres retouchées par lui.
Un Géomètre. Un homme âgé, à barbe grise, vu de face et assis. Il est velu d'un manteau rouge bordé de fourrure. Il tient une plume dans une main et une équerre dans l'autre.
Un Officier. 11 est revêtu de son armure et il tient des deux mains le bois d'une lance. Daté de i656. Gravé dans le Musée français par Oortman. Restitué à Hesse-Casscl en i8i5.
Nicolas Brupni?tt. Jeune homme à la physionomie ouverte et gaie. 11 a des cheveux longs, blonds et bouclés. Il est vêtu de noir. Son bras droit s'appuie sur un piédestal.
Jeune Soldat revêtu d'une cuirasse à demi cachée par un manteau brun. Il porte un casque d'acier.
Portrait d'homme, en petit. Physionomie fortement accentuée; il a une barbe courte et noire, un habit brun et un bonnet de fourrure.
Un Gentilhomme. Il est en pied, de grandeur naturelle, et paraît environ quarantecinq ans. Il porte barbe et moustaches ; ses cheveux sont blonds et bouclés. Il s'appuie d'une main sur un piédestal; de l'autre main, qui pend à son côté, il tient un gant : l'autre gant est â ses picJs. Tout son vêtement est de soie noire, et son collet est uni et rabattu. Signé et daté de 1639.
Vieillard à barbe, avec des cheveux courts et gris. Il est vu de profil regardant en bas, et il est vêtu de brun.
Paysage. Contrée montagneuse, coupée par une rivière sur laquelle est jeté un pont de bois. Du côté opposé, deux chasseurs suivent une route. Quelques chèvres animent le bord de la rivière. Gravé par Forster dans le Musée français. Ce paysage a figuré au Louvre. Il a été rendu à la galerie de Hesse-Cassel en i8[5.
Paysage traversé par une rivière sur laquelle est jeté un pont d'une seule arche. iTn pêcheur et un homme à cheval sont les figures les plus remarquables du tableau.
Une rivière glacée. On y voit des patineurs. Sur la droite, un homme assis, et, un peu en arrière, une femme suivie d'un chien. Un des patineurs est assis sur la glace, occupé ù attacher ses patins. Signé et daté de r636.
Galerie Suermondt, à Aix-la-Chapelle, — Portrait d'homme [dit un Rabbin dans les catalogues). Il est assis presque de face dans un fauteuil, sur le bras duquel s'appuie une de ses mains abandonnée; l'autre main retient les plis d'une houppelande garnie de fourrures. Il porte au cou une chaîne d'or et de pierreries. Ce tableau, signé Rembrandt, 1645, a passé dans les collections Fonthil-Abbey, Durand-Duclos, Nieuwenhuys et Théodore Patureau. C'est à la vente de ce dernier amateur, faite en iSSy, que M. Suermondt l'acheta au prix de i5,ioo fr.
W. Burger a fait une brochure intéressante sur la galerie Suermondt.
Comme on le voit, ce portrait a de belles provenances, et il a été payé un bon prix. Malgré tout, nous redirons ici ce que nous en avons dit à Tarticle de la vente Patureau, dans le Trésor de la curiosité : « ... Si Taspect en est d'abord magnifique, on s'aperçoit bientôt que Texécution en est lourde, que la barbe est grossièrement rendue, que des couleurs épaisses, promenées partout avec pesanteur^ y tiennent lieu des touches spirituelles du maître et de ses empâtements fiers. » Nous devons dire toutefois que notre impression n'est pas celle de tous les amateurs, et que le choix fait par M. Suermondt, connaisseur fort éclairé, est en faveur de ceux qui regardent la peinture comme originale, tandis qu'elle ne nous paraît être, à nous, qu'une copie trompeuse ou bien un pastiche habile.
Pinacothèque de Munich. — D Adoration des bergers. La Vierge est assise à côté île
l'enfant Jésus; saint Joseph, un peu arrière, tient une lampe qui projette une vive lumière sur l'enfant. Deux bergers et une vieille femme sont agenouillés. Un peu plus loin, on aperçoit plusieurs bergers avec leurs femmes et une petite fille, plus un homme qui tient aussi une lampe. Gravé par Hess.
Il nous souvient de la profonde impression que nous fit ce tableau, assez semblable, comme ensemble seulement, à l'estampe décrite sous le n° 19 de notre œuvre. Tout y est peint librement, par rudes méplats et uniquement pour l'effet à quelque distance. A la lueur mystérieuse de la lampe, on distingue un dieu vagissant, une mère souffreteuse et quelques têtes à demi perdues dans l'ombre. Ces têtes, profondément individuelles, sont sculptées à grands plans ; mais l'expression est déjà très-fine, et à travers les apparences d'une ébauche heurtée , on y démêle des sentiments intimes, le christianisme naissant et na'if des pasteurs de l'Écriture, la foi des pauvres.
Jésus enseigne dans le Temple. Petites figures sur un petit panneau.
L'Elévation de la croix. Jésus estattaché à la croLx, que plusieurs hommes s'efforcent de dresser. Un officier, à cheval, vêtu d'un costume asiatique, préside au supplice. Des spectateurs entourent la croix, et dans l'éloignement on aperçoit les deux malfaiteurs qui seront crucifiés avec le Sauveur. Le ciel est orageux et un jour sombre donne à la scène un aspect terrible. Gravé ù l'eau-forte par Hess.
La Descente de croix. Cette composition est la même que Rembrandt a gravée dans la grande planche décrite par nous sous le n* 56.
S'il n'y a aucune différence entre le tableau et la gravure, comme nous croyons nous en souvenir, il est assez vraisemblable que la peinture a été faite par quelque élève de Rembrandt d'après l'estampe, car on peut assurer que Rembrandt n'a jamais exactement reproduit en peinture ce qu'il avait peint. II n'a jamais copié ni personne ni luimême.
La Mise au tombeau. Le sépulcre est à la gauche du spectateur. Joseph d'Arimathie porte un flambeau dont il cache la lumière avec sa main; il est suivi par une vieille femme. Au pied du sépulcre sont les trois Maries et, un peu en arrière, les disciples; on aperçoit encore quelques autres figures dans l'obscurité du caveau et dans le lointain. Gravé aussi par Hess.
La Résurrection. Un ange est descendu du ciel. La pierre du tombeau est levée, et
Jésas-Christ apparaît enveloppé de son linceul. Les gardes, saisis d'épouvante, sont renversés à terre ou s'enfuient. Gravé par Hess.
L'Ascension. Le Sauveur, vêtu d'une robe blanche, s'élève sur un nuage, les mains étendues. Cinq anges sont sous ses pieds, d'autres l'adorent; les disciples et les saintes femmes sont aussi en adoration, les uns agenouillés, les autres levant les bras. Gravé à l'eau-forte par Hess.
Les tableaux qui précèdent ne valent pas, à beaucoup- près, V Adoration des bergers. La Mise au tombeau et la Résurrection ont été restaurées et sont dans un triste état. LÉlémtioîî de la croix ei V Ascension nous parurent d'une qualité inférieure, et nous récrivîmes, sur le lieu même, à la Galette des Beaux- A rts : « Ce ne sont, disions-nous, que des esquisses, non pas vives et animées, mais au contraire soignées et pénibles. Le seul morceau de Rembrandt qui soit tout à fait digne de lui et entièrement de sa main, c'est une Nativité (nous voulions dire une Adoration des bergers), qui rappelle une précieuse estampe du maître, bien connue des amateurs. »
Ag-ar renvoyée par Abrahani. Nous n'avons gardé aucun souvenir de ce tableau. Il est sur bois.
Portrait de Rembrandt. 11 parait âgé d'environ cinquante-huit ans; !a tcte est recouverte d'un grand bonnet de velours noir. Il porte la main gauche à son front. Peinture très-rembrunie, gravée à l'eau-forte par Hess.
Portrait de Govaert Flinck. Il est en demi-figure, les mains croisées, et posées sur l'appui d'une fenêtre. Gravé par Schmidt.
Portrait de la femme de Govaert Flinck. Elle est en demi-figure et fait pendant au précédent. Signé : Rembrandt f. 1642.
Deux portraits, d'un jeune homme en grand chapeau et d'une jeune dame, en demifigure, se faisant pendant.
Buste d'un vieillard en casaque rouge et bonnet noir. Sur bois.
Turc coiffé d'un riche turban ; peint sur bois. Forme ovale.
Vieillard assis dans un fauteuil et tenant une canne à la mai n ; il est coiffé d'un bonnet fourré.
Paysage. On y voit des cabanes de pêcheurs au bord d'une rivière. Buste d'un jeune homme en bonnet rouge.
Galerie du Belvédère, à Vienne. — Portrait de Rembrandt, jeune. Il est coiffé d'un bonnet fourré. Son vêtement est une pelisse brune, retenue par une ceinture dans laquelle sont passés les pouces de ses mains. Figure de grandeur naturelle, jusqu'aux genoux. Peinture sur bois extrêmement vigoureuse d'exécution et d'effet ; œuvre magistrale (dit
M. Viardot), de Tcpoque où commence la seconde et toute-puissante manière du maître.
Portrait de Rembrandt, plus âgé. 11 est en buste, vu de face, un grand cliapeau sur la tête; il porte un pourpoint rouge avec une pelisse brun froncé par-dessus.
Portrait d'homme. Il paraît environ trente-cinq ans; il est vu de face, et sa physionomie est celle de la bonne humeur. Il est vêtu de soie noire avec une fraise blanche, et il porte un manteau sur l'épaule gauche. Sa main droite fait le geste d'un homme qui parle.
Une Dame assise, vue de trois quarts, tenant ses gants dans la main gauche. La droite repose sur le bras du fauteuil. Elle est coiffée d'une cornette blanche garnie de dentelle; elle porte une robe de soie noire dont le corsage est richement brodé d'or, et une fraise éclatante de blancheur.
Une Vieille Femme, qui ressemble à la mère du peintre. Elle est vue de face, la tête enveloppée d'un mouchoir blanc et recouverte d'un capuchon de velours brodé d'or. Elle est revêtue d'une pelisse fermée par devant avec une agrafe d'or. Elle appuie ses deux mains sur un bâton. Excellent morceau, signé et daté de lôSg.
Un Jeune Homme qui est couvert d'un grand chapeau. Il tient un livre dans les mains et paraît chanter. Gravé par Prenner.
Un Juif, à barbe noire, coiffé d'un grand chapeau usé, et s' appuyant de la main droite sur un bâton. Il est revêtu d'un costume asiatique et vu dans le demi-jour.
Jeune homme cuirassé. Il porte une toque garnie de plumes. 11 appuie sa main droite sur la hanche et tient une canne dans la gauche. Figure sur bois, vue jusqu'aux genoux. Gravé par Prenner.
Un Homme de qualité, coiffé d'une toque de velours. 11 est peint dans une guirlande de fleurs de la main de Daniel Seghers ou Segers, dit le Jésuite d'Anvers. Bois, ovale; petit buste.
Ce fut une mode en ce temps-là, parmi les Anversois, de faire encadrer des madones de Rubens ou tel autre sujet pieux, quelquefois des portraits de femme, dans une guirlande de fleurs peinte par ce jésuite qui était passé maître en son genre. Mais il faut convenir que c'était là une in\'ention contraire au sentiment de l'art. Il n'y a pas de figure qui ne soit écrasée par un tel cadre, d'autant plus que Seghers harmonisait sans affaiblir, et attaquait ses tons dans leur éclat et leur fraîcheur. Bien que je n'aie pas vu le portrait de la galerie du Belvédère, je suis assuré qu'une tête peinte par Rembrandt, avec ses couleurs fondues dans le bitume, ses rouges salis, ses jaunes rances, doit faire un étrange effet au milieu d'une guirlande de tulipes et d' œillets, ou de lis et de roses.
Collection Lichstenstein, à Vienne. — Vénus apparaissant à Énée. La déesse, un
arc dans la main, un carquois sur l'épaule, apparaît au héros, qui plie un genou devant elle. Enée est accompagné de deux chiens. On voit dans les nuages le char de Diane traîné par dcu.x cygnes et une nymphe. Peinture d'une exécution facile et libre.
Ce qu'on appelle ici Ténus apparaissant à Énée est catalogué par M. Viardot, comme dans le livret du Belvédère, Diane et Endymion ; mais les cygnes attelés au char de la déesse caractérisent Vénus; et si l'arc et le carquois sont les attributs de Diane, il ne faut pas oublier que Vénus, quand elle apparut à Énée, était déguisée en chasseresse... siispenderat arciim penatrix. Il est à remarquer que Rembrandt n'a jamais composé un tableau à la légère et sans avoir lu les textes où il en puisait la donnée. Quant à sa manière de traiter la mythologie, elle peut paraître grotesque, mais elle était sérieuse, et l'intention qu'on lui prête quelquefois, d'avoir voulu tourner en ridicule la fable antique, n'entra point dans son esprit, je le crois fermement. Rembrandt avait sa poésie à lui, et il y plongeait les trivialités les plus repoussantes. « Rien de laid en fait de style (dit M. Viardot), rien de beau en fait de mouvement, de lumière et de couleur comme cette lourde et resplendissante déesse qui descend d'un char traîné par des cygnes. »
Galerie Esterhazy, à Vienne. — Ecce homo. Les figures sont en pied et de grandeur naturelle. Jésus est au centre du tableau, presque nu, la couronne d'épines sur la tète, le roseau à la main. A gauche, un groupe de soldats l'insultent. Pilate se lave les mains. Une femme lui verse l'eau d'une aiguière d'or.
"L' Ecce homo est une peinture capitale et passe pour un des chefsd'œuvre de maître. « On croirait, dit M. Viardot, voir l'ouvrage d'un de ces peintres du IV= siècle à qui saint Cyrille recommandait de faire du Christ le plus laid des hommes; ou plutôt Rembrandt, le protestant, le réformé, l'ennemi des traditions et des pompes catholiques, Rembrandt, qui comprenait l'Évangile à la manière naïve du Moyen âge, et non à la manière païenne de la Renaissance, a voulu faire de son Christ le Christ des gueux. C'est pourtant avec ce ramas d'êtres communs, presque ignobles, que Rembrandt est arrivé par la force de
l'expression, par l'irrésistible puissance de la couleur et du clair- II. 33
obscur, à faire une œuvre si prodigieuse et si belle, que les termes manquent pour rendre l'éclat dont elle brille aux yeux et l'admiration qu'elle excite dans l'àme. »
Collection du comte Czernini, à Vienne. — Judn donnant le gage à Thamar. Une Sainte Famille, dont les têtes (dit M. Viardot) sont des portraits fort maussades, et dont l'exécution est fort négligée.
Tête de vieille en prière. Morceau admirable.
Abraham recevant Agar. Beau ton, expression touchante; costumes naïfs du temps de Rembrandt, comme toujours.
Collection du comte Schonborn, à Vienne — Deux tableaux : le Soii^e de Jacob et Agar dans le désert, dont nous n'avons pas la description.