L’Ecole critique. Ses méthodes
Son atelier.
C’est ici que se placent les premières études scientifiquement organisées par dom Mocquereau. Elles ne lui découvrirent d’abord qu’une partie de la vérité.
Mais le jour où se ferait la pleine lumière était proche (1).
« ils se sont faits grammairiens, philologues, pa- « lécgraphes, photographes... et par là ils ont ap- « porté au lecteur impartial une admirable abon- « dance de démonstrations précises permettant de « contrôler les moindres détails de leur doctrine. « Ils ont publié en fac-similés phototypiques en- « viron 300 pièces manuscrites, prouvant que l’u- « nité du chant liturgique s’est maint» nue depuis «les origines pendant un millier d’années; ils «ont appliqué à l’étude de ces monuments les « principes de la grammaire comparée; ils les ont «analysés en artistes et en humanistes, de façon « à faire sentir leur beauté originale et à fixer « les règles de leur structure; ils ont montré, par «des analyses pénétrantes, qu’on devait conti- « nuer à faire honneur à saint Grégoire du chant «qui porte son nom. Une telle œuvre marque
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L’enquête ordonnée par dom Guéranger n'avait laissé de traces que dans quelques copies. L'enquête d’où sortit la Paléographie musicale en avait augmenté le nombre sous forme de transcriptions et, mieux encore, de photographies. Diverses communications bienveillantes avaient fait le reste. Mais c’est principalement par voie d’extraits qui avaient été multipliés les spécimens des manuscrits les plus variés.
C’était insuffisant encore pour une révision d’ensemble, consciencieuse, approfondie dans les moindres détails, et s’appliquant à tous les morceaux du répertoire, sans exception. Au premier fond de transcriptions, de photographies et d’extraits, il devenait nécessaire d’ajouter, en plus grand nombre que jamais, par l’intermédiaire des copistes ou de la pho¬
« un progrès pour la science française, en même «temps qu’elle restitue à l’Eglise la formule «exacte d’une de ses plus brillantes traditions; «elle enrichit l’étude du Moyen-âge de tout un «ordre de documents trop régligés jusqu’ici par «les paléographes, ajoute à la philologie classi- « que une branche nouvelle et ouvre a 1 histoire «générale de la musique un avenir qui promet « d’être fécond. Au point de vue pratique enfin, «elle permet d’affirmer que l’édition palestri- « nienne du plain-chant (recommandée, mais non « imposée par la Cour romaine) est une énormité « musicale. Cette conclusion s’impose avec la force «de l’évidence, à tous ceux qui ont suivi le dé- « bat sans parti pris » (J. Combarieu, Eludes de philologie musicale . - I. Théorie du rythme... suivie d’un Essai sur l’ Archéologie musicale au XIX e siècle. Paris, Picard, 1897, p. 179 ss -)-
Revenant, en note, au point de vue philologique où s’était placée la Paléographie musicale , il ajoutait:
« V. dans la Paléogr. mus. les belles études « de dom Mocquereau sur le cursus musical. Un « tel travail, à lui seul, suffirait à assurer la gloire «d’un savant; mais outre ses belles études sur «les manuscrits, sur l’histoire et distribution
tographie, les manuscrits entiers nécessaires au travail projeté.
La reproduction le plus souvent photographique ou la transcription d’un si grand nombre de documents, les voyages qui les préparèrent ou les suivirent, occasionnèrent à l’Abbaye de Solesmes des sacrifices d’argent, cela va de soi. Mais dom Delatte y pourvut magnifiquement, sans reculer devant aucune dépense reconnue nécessaire. En même temps il faisait appel à quelques-uns des spécialistes de la Congrégation.
Ainsi continuait de se développer l’œuvre de Solesmes, en recevant une organisation de plus en plus vigoureuse, sous l’autorité de dom Delatte en sa qualité d’Abbé de Solesmes et de Supérieur Général de la Congrégation de France.
« géographique des écritures musicales, sur les « neumes liquescents, dom Mocquereau, promo- « teur et organisateur de cette renaissance musi- « cale, a émis quelques principes généraux qui « donnent beaucoup à réfléchir et font entrevoir «une science nouvtlle: c’est la création d’une « ‘‘ philologie musicale” reposant sur l’assimi- « lation des formes du plain-chant, dans les di- « verses liturgies, aux dialectes d’une même lan- « gue dont on peut suivre l’évolution à travers «Us âges, là au moins où les documents le per- « mettent; c’est la distinction si ingénieuse et si « profonde qu’il vient d’établir, dans une récente «conférence (U Art grégorien , etc. Solesmes, « 1896), entre la musique latine (le plain chant } « qui a adopté les principes rythmiques de la « prose latine) et la musique romane , la nôtre, « qui a emprunté sa mesure, ses cadences, sa « rythmique, aux mots, aux cadences et à la ry- « thmique des langues romanes. Ces vues sont « originales, aussi exactes que suggestives, et don « neront bientôt une base nouvelle, nous l’espé- «rons, à l’histoire de l’art musical livrée jus- «qu’ici aux tâtonnements, à la sécheresse des « nomenclatures ou au bavardage des anecdotes ». (Op. cit., p. 180, note 2).
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Ce n’est pas tout encore. On avait enfin sous la main d’incomparables trésors de documents. Encore fallait-il en faire un instrument de travail d’une consultation facile, et pouvant fournir immédiatement, sur un point donné, les moyens de constatation les plus sûrs, les plus rapides, les mieux classés, les plus synoptiques. Un dépouillement gigantesque s’imposait.
Dom Mocquereau ne recula pas devant l’immensité de la tâche. Il créa F instrument.
Tout un groupe de travailleurs choisis fut mis à sa disposition par l’Abbé de Solesmes, et l’on entama, suivant la méthode uniforme indiquée par le Maître, un dépoui lement minutieux de toute une bibliothèque de manuscrits. Je laisse ici la parole à dom Mocquereau lui-même dans le rapport qu’il doit lire au Congrès:
« Chaque morceau du répertoire eut ainsi son dossier, c’est-à-dire son tableau synoptique, constitué par l'alignement de chacune des versions, - semblables ou différentes, - de ce morceau, sous la version précédente, les unes sous les autres, groupées par écoles ou provenances, le tout disposé très ingénieusement en colonnes parallèles permettant de suivre, soit dans sa fixité, soit dans ses variétés, soit dans sa corruption, l’histoire d’un neume. Chaque tableau fournit donc à volonté soit l’histoire d’ensemble d’un morcean, soit l’histoire neumatique de chacun de ses éléments, l’un après l’autre.
Tout autre procédé n’aurait pu laisser dans l’esprit qu’une impression vague, désordonnée, sans cohérence; nulle trace permanente ne serait demeurée, toujours accessible au contrôle, du fondement sur lequel on aurait établi son édition.
Ce travail d’une apparence aride et qui pouvait user la patience la plus inlassable,
en vint à passionner ceux qui s’y adonnèrent, à la vue de la sûreté mathématique des résultats qn’ils obtenaient ».
Ce fut bien autre chose quand dom Mocquereau leur apprit la façon d’interroger et d’étudier ces statistiques. C’est en effet là, et c’est uniquement par ce moyen, que lui-même a pu découvrir le secret de certaines lois de composition des mélodies grégoriennes, actuellement encore inconnues de qui que ce soit, et dont c’est à peine si les anciens eux-mêmes eurent pleinement une conscience bien réfléchie.
Ainsi dom Mocquereau n’avait pas seulement fait converger à Solesmes les matériaux de l’œuvre qu’il méditait, il avait créé du même coup le procédé d’exploitation de ces matériaux, l’instrument de travail et la méthode qui leur étaient le mieux appropriés, et enfin tout un atelier de jeunes moines, déjà tellement rompus à sa méthode, qu’il est parfois obligé de compter avec eux, et d’incliner sa science devant la compétence supérieure de leurs constatations personnelles.
Un docteur en musique allemand vint l’année dernière consulter dom Mocquereau dans notre lieu d’exil, sur un travail qu’il se proposait d’entreprendre. Mis en présence du Maître et de ses élèves, à la vue du nombre et de la variété des documents dont ils disposent, de l’incomparable instrument d’étude auquel ils travaillaient, et de la façon dont ils s’en servent, il partit, en quelque sorte découragé, disant qu’il était impossible de s’engager derrière eux dans une voie pareille, et qu’ils avaient une telle avance, une telle organisation, de telles ressources, qu’on ne pouvait les empêcher d’y être toujours et partout les premiers.
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