‹ L'œuvre de SwinburneChapitre 14 sur 33 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

^èmes divers

A. — Les Héros.

ES poèmes personnels sont nombreux dans cette oeuvre. Consacrés à des amis, des parents, des poètes ou des héros morts ou vivants, ils ont pour thème l'amitié, la gloire, l'immortalité, la foi dans l'esprit de l'Homme :

The Kighest God in Mari, that is Man.

L'affection et le souvenir inspirent les dédicaces en vers à Mrs Lynn Lynton (Studies in Song) , à la sœur du poète, Alice Swinburne (Locrine) , à sa tante, lady Gordon (The Sisters) , à sa cousine, Mrs Disney Leith (Rosamund) ; l'amitié et l'admiration animent les vers à Watts Dunton :

There is a friend that as the wise man saith Cleaves closer than a brother : nor to me Hath time shown, through days like waves at strife, This trust more sure than ail things else but death This pearl most perfect found in ail the sea...

Au même groupe appartiennent les hommages à Burne Jones (P. B. 1 ) , à Richard F. Burton. l'orientaliste (P. B. II) , à Trelawny. l'ami, le dernier contemporain de Shelley, à la poétesse Christine Rossetti (Century oj Roundels) , à William Morris (Astropnel) , au peintre W. Bell Scott (P. B. III) .

Les véritables héros de Swinburne sont les génies littéraires et les apôtres tels que Mazzini.

L'hyperbole dans l'éloge, l'euphémie pindarique, ne s'adresse pas alors aux hommes de chair, mais à l'étincelle divine qu'il reconnaît en eux : ces éloges continuent les Chants d'avant l'Aube.

Chez les poètes il révère, avec le génie personnel, celui du temps qu'ils reflètent. Car « l'esprit est plus que les choses » et sans ces interprètes, « l'air subtil et fin de la Grèce antique aurait totalement disparu... rayons, vents, nuages ne seraient que des formes et des ombres mortes si l'esprit ne leur rendait grâce, si l'homme ne leur donnait un sens, une âme, une habitation dans la pensée

Clouds, beams and winds that make the live day's track Seem living — What were they, did not spirit give them back Thanksgiving?

Dead air, dead fire, dead shapes and shadows. telling Time nought ;

Man gives them soûl and sensé by song, and dweliing

In thought 0).

Parmi les Grecs il célèbre surtout Sapho, symbole de l'âme lyrique et de l'immortalité (Anactoria, On the Cliffs). Parmi les Latins, Catulle (2) .

Parmi les Anglais, l'Age d'Elisabeth, Sir Philip Sidney, (dans Astrophel) ; Marlowe, dans la belle apothéose In the Bay (3) . Shakespeare, dans cette ode prolixe, An Autumn Vision (4).

Swinburne s'est fait l'historien du drame anglais dans une série de sonnets sur les dramatistes et de Prologues pour leurs

(l) The Interpréter*, daté 16 juillet 1885 (P. B , III). (a) Ad Catullum en latîn. P. B., !. To Catulîus (C. oj Roundels) . (3) P. B., II, et encore On the Four Sides oj a Pedestal {Astrophel), (4) P. B.? II. et encore Stratford-on-Avon. 1891. (Channel Passage).

œuvres, telles Faustus, Arden of Faversham : poèmes hybrides, semi-didactiques, fatigants à force d'allusions.

Parmi les contemporains, deux aînés, Landor et Hugo furent l'objet de sa vénération particulière, comme parrains de sa foi républicaine et de sa vocation poétique.

On connaît sa visite à Fiesole, hommage « du plus jeune au plus vieux des poètes que l'Angleterre portât » :

The youngest to the oldest singer That England bore (]).

Il dédie également à Landor, en vers grecs, Atalante en Calydon. Il fête, en 1880, le centenaire de « cette âme antique », de « ce cœur aussi puissant que Milton, aussi doux que Shakespeare » dans une ode trop longue (2) , une manière d'inventaire éclairé par des notes.

Il faut choisir parmi tant d'éloges, de célébrations (3) ; nous n'en retiendrons que deux catégories : les poèmes funéraires qui expriment le sentiment de Swinburne sur l'immortalité ; et les pièces en l'honneur de Hugo et d'autres poètes français qui soulèvent des questions d'influences littéraires.

Page 1