‹ L'œuvre de SwinburneChapitre 19 sur 33 · GAUTIER, BANVILLE · texte numérisé non relu

GAUTIER, BANVILLE

ode et un sonnet en français, une élégie latine In Obitum Theophili poetae, et des 'EmYpauuaTa èmGuuPic-ia eîç GeôqpiXov.

L'influence de Banville et du Parnasse français domine chez les esthètes qui fleurissent entre 1870 et 1880.

Pour la mort de Banville, Swinburne écrivit en 1891 sa Ballad of Melicertes et un sonnet en français :

La plus douce des voix qui vibraient sous le ciel Se tait : les rossignols ailés pleurent le frère Qui s'envole au-dessus de l'âpre et sombre terre Ne lui laissant plus voir que l'être essentiel... (l).

En ses jours de caprice et de jeu, Swinburne ressemble au gracieux rimeur qui s'écria :

L'oiselet retourne aux forêts, Je suis un poète lyrique !

Comme Banville il s'essaie, avec la joie d'un bon ouvrier, aux formes lyriques les plus rebelles, ballades, sextines, doubles-ballades. Les Cent Rondeîs (A Century of Roundels , 1883) font penser aux Trente-six Ballades joyeuses (1873) . Le rondel swinburnien de onze vers sur deux rimes avec triple refrain, qui serait mieux appelé rondeau, ne correspond exactement d'ailleurs ni au rondel ni au rondeau décrits par Banville dans son Petit Traité de Poésie française (IX) . Swinburne l'a défini dans un exemple qu'on peut réduire au schéma (B) abaB bababaB (B représentant le refrain, que forment les premiers mots du premiers vers) .

A Roundel is wrought as a ring or a starbright sphère With craft of delight and with cunning of sound unsougbt, That the heart of the hearer may smile if to pleasure his ear A roundel is wrousht.

(') Reproduit dans Astrophel.

N. B. L. Richter ne dit mot de Banville dans son travail Swinburne's Vertiâltniss zu Fran\reich, etc.

Its jewel of music is carven of ail or of aught Love, laughter, or mourning — remembrance of rapture or fear That fancy may fashion to hang in the ear of thought As a bird's quick song runs round, and the hearts in us hear Pause answer to pause, and again the same strain caught, So moves the device whence, round as a pearl or tear, A roundel is wrought (').

L'influence du Parnasse français eut pour effet de remettre en honneur certains rimeurs de la vieille France et certaines formes oubliées, telles que la ballade, importée au XIVe siècle, par Chaucer, mais négligée dans la suite. Andrew Lang, par ses études et ses fantaisies critiques, fit connaître Banville et De Nerval, publia les contes et des fabliaux et donna, en 1872, ses Ballads and Lyrics of Old France. Dobson tourna des vilanelles et des triolets (2) . Le poète à la mode fut Villon, découvert antérieurement par D. G. Rossetti (3) . Il y eut une Villon Society pour laquelle John Payne fit en 1878 une traduction complète et littérale des oeuvres du vieux poète, qu'on regardait à tort, d'après Banville, comme l'inventeur de la Ballade. Edmund Gosse, E. W. Henley paraphrasaient la Ballade des Dames en chantant l'un les « cités », l'autre, les « acteurs » de jadis.

Swinburne offre au « Prince des faiseurs de Ballades » une

(') « Un rondel est formé comme une bague ou une sphère brillante, avec talent et délice et un art de sons imprévus, en sorte que le coeur sourit si, pour plaire à l'oreille, un rondel est formé. Ce joyau de musique est taillé dans tout et dans rien, dans l'amour, le rire ou les pleurs, un souvenir de joie ou de peur que la fantaisie façonne, pour la suspendre à l'oreille de la pensée ; comme tourne le chant rapide d'un oiseau — et notre cœur écoute les pau3e3 répondre aux pauses et la mélodie jaillir à nouveau — tel se meut le caprice dont, comme une perle ou une larme, un rondel est formé. »

(2) Essays on Old French Forms dans Old Word Idylls, 1883.

(s) Il avait traduit entre autres la Ballade des Dames du temps jadis, par ce refrain :

But where are the snows of yester years? (Mais où sont les neiges d'antan?)

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