‹ L'œuvre de SwinburneChapitre 20 sur 33 · VILLON · texte numérisé non relu

VILLON

ballade modèle, régulièrement construite sur quatre rimes, avec ses trois dizains en décasyllabes, flanqués d'un demidizain en forme d'Envoi; morceau charmant, rempli d'humour tendre pour le vieil enfant de Bohême dont le nom passe et repasse, dans une sonnerie de tambourin :

Villon, our sad bad glad mad brother's name (x).

Il le traduit avec amour, chaque touche répondant à une émotion :

O women's body found so tender, Smooth, sweet, so precious in men's eyes,

Must thou too bear such count to render? Yes ; or pass quick into the skies (2).

Enfin, à la mort de Rossetti, il ensevelit, dans un double rondel, Villon et Rossetti, son premier traducteur (3) .

Le professeur Walker résume en trois points la carrière de Swinburne : il enrichit à l'infini la prosodie lyrique, il marie le classicisme au romantisme et « il remet en vogue la littérature française qui dans la première partie du XIXe siècle avait exercé moins d'influence sur les écrivains anglais qu'à aucune autre époque depuis la Restauration (des Stuarts) » (4) .

i1) A Balîad oj François Villon, Prince oj ail Ballad-Makers, Athenaeum, 15 septembre 1877, reproduit dans P. B., II.

(2) « Corps féminin qui tant es tendre », P. B., II. Voir encore un rondel d'après Villon dans A Channel Passage, où l'on trouvera la traduction de dix ballades de Villon. u

(3) On an Old Roundel (Roundels, 78-79). V. Vigier, Villon en Angleterre, Revue Germanique, 1914.

(4) Literature oj the Victorian Era, Cambridge, 1910, p. 147. Précisons, en disant que Swinburne fut le héraut de Victor Hugo et de la dernière génération romantique: Baudelaire, Gautier, Banville.

Citons encore ces poèmes sur le Bi-centenaire de Corneille (Mids. Ho].), le Centenaire d'Alexandre Damas; sur Rabelais, un rondel et un sonnet; sur Voltaire, Lucifer (Channel Passage); sur la mort de Leconte de Lisle (Posthumous Poems).

B. — La Nature.

Certains poètes regardent la nature en peintres, pour ses formes et ses couleurs; d'autres ne lui demandent qu'un décor, l'arrière-plan d'un récit; quelques-uns seulement l'aiment de cœur pour elle-même, comme une source de pures émotions. Swinburne est de ceux qu'elle ravit, subjugue, extasie; poète cosmique, amant de la mer, des vents, des nuages, il se mêle aux éléments, ne s'attarde guère à observer le concret, le solide, à dessiner les contours, à fixer un détail caractéristique (*) . Pour lui, les choses ne se découpent pas immobiles dans l'espace : fluantes, il les voit se faire et se défaire, se muer en d'autres choses. Son royaume est mouvant, illimité : souffles, caresses, murmures; jeux de lumière et d'ombre, éblouissements de l'aurore et du couchant, drames de l'orage, féeries de l'arc-en-ciel. Un Shelley (c'est-à-dire un Turner de la poésie) , avec moins de grâce éthérée, plus de force et d'éclat, les ailes, non de l'alouette mais du goéland qui rame les vents, qui hume l'embrun salé :

When I had wings, my brother Such wings were mine as thine (2).

Tumultueux, emporté, rarement descriptif, il exprime les énergies physiques en des élans où revit son amour de la liberté.

Il s'intéresse à la vie des météores: pluie, neige, grêle; à la vie plus vague, plus abstraite des mois, des saisons, des années. Il peint la neige qui tombe, la neige qu'« incruste aux branches, en pinacles de pierreries, le dur souffle du vent » (3) .

(') Exceptions intéressantes dans certains vers à' Atalante et de Tristram. (2) P. et B., III: « Quand j'avais des ailes, mon frère, ces ailes étaient comme les tiennes ». (To a Seamew, 1886, voir tout le morceau). (») March, an Ode.

Il sympathise avec le vent, personnage mystérieux qui du haut des nuages cargue les voiles de la tempête (1) , qui se cache en des nids de nuages où ses ailes au matin s'empennent et se tendent; il connaît ses visages variés, l'âpre nord, le tiède sud-ouest, le nord -est à la langue de fer qui chasse les vagues vers le rivage : « C'est toi qu'elles désirent, aveugles et bafouées, pâles de colère et d'ennui, retenues par des vents qui bercent les oiseaux. » (P. et B. ,111, p. 101-2.)

L'hiver est un guerrier, bruni, grisonnant, sous ses mailles d'acier qui brillent : Winter, bright as a war-worn \ing (2) . Il maîtrise l'étendue inerte dont les flots sont bientôt « pommelés » d'écume :

A great wind grapples The wave and dapples The dead green floor of the sea with foam ;

cette écume danse à travers les lances de la pluie :

The foam that dances

Through lowering lances

Of bright white rain. (Four Songs of four Seasons) .

Mais voici l'été, dans sa splendeur étale :

In the îed-rose land, not a smile Of the meadows from stile to stile, Of the valley s from stream to stream, But the air was a long sweet dream And the earth was a sweet wide smile.

(The Year of the Rose).

Le poète invoque Mars, maître des vents, dont le rire bruyant réveille l'année engourdie :

How should not thy lovers rejoice in thee, leader and lord of the year

that exults to be born, So strong in thy strength and so glad, in thy gladness whose laughter

puts winter and sorrow to scorn?

(») A Word with the Wind, P. B., III, fin. (2) Nympholept.

Il sait la genèse des saisons (1), la lente incubation du printemps qui s'éveille au sein de l'hiver, quand la terre, « lyre encore muette », ne sent pas l'attouchement, mais seulement l'haleine du soleil (2) , quand le vague renouveau s'agite et tremble de désir, comme l'enfant qui cherche, en dormant, le sein maternel. Il aperçoit à l'extrême bord de l'hiver épuisé, la figure timide et gracieuse de la saison précoce, « fillette aux seins non éclos, aux yeux d'enfant, qui trempe ses pieds légers aux tièdes ruisseaux mouvants » :

With little unblown breasts and child-eyed looks Dips her light feet in warm and moving brooks (3).

Il salue avec une jubilation attendrie la venue et le passage des aubépines en fleurs, prodige annuel, « marée printanière », accourant des taillis et des landes, emplissant l'air comme d'une fanfare, épandant sa senteur emmiellée, poussant et amoncelant en rameaux étoiles, cascades, fusées de neige et d'écume, ses tours, ses dômes, ses thyrses de blancheur (4) .

11 dit les jours moelleux et dorés, les regrets de l'été au cœur de l'automne, ces jours où l'année qui mûrit jette un long regard sur sa jeunesse :

Can the year when his heart is fulfilled with désire of the days of his mirth Redeem them, recall or remember? (s).

Il voit partout des forces en mouvement, des principes, des éléments. La vie l'intéresse, plus que l'individu; l'arbre disparaît dans la forêt ; les lézards du Lac de Gaube ne sont que des flammes de vie innocente (harmless life that shone) .

(') Four Songs of four Seasons.

(a) Promise of Hawthorn.

(3) Promise of Spring, P. B., II.

(*) Hawthorn Tide.

(8) Comp. sur l'automne, Autumn Vision, Palace of Pan, Swimmer's Drcam, 4.

Les fleurs n'apparaissent qu'en touffes, en masses, en champs odorants dont l'éclat est un chant de triomphe. L'aubépine dit la joie du printemps (Hawthorn Tide) ; la rose, l'ardeur d'août; la violette ou pensée sauvage (x) , l'âme exquise d'un coin du Wiltshire dont le sourire apparaît à chaque détour, à chaque sentier,

On every side, on every way.

(Heart's ease Country.)

S'il s'inspire d'un lieu vu (2) Swinburne le transfigure, le colore d'un ton dominant, synthétise les traits épars qu'un peintre ne trouverait pas réunis au même site; l'île de Sark tout entière, avec ses pins, ses herbes et ses fleurs, est une « arche d'épices » odorantes :

Full of spicery, wrought an ark, from herb and flower and tree.

Le plus souvent exaltée, « dynamique », sa poésie sait rendre aussi des « paysages d'âme », l'apaisement de scènes recueillies ; la baie de Guernesey n'est dans son souvenir qu'une heure de bonheur, que sertit l'anneau d'un rondel :

The heavenly bay, ringed round with cliffs and moors, Storm-stained ravines, and crags that lawns inlay, Soothes, as with love, the rocks whose guard secures The heavenly bay.

Dans l'introduction à ses oeuvres, le poète attire l'attention sur une série de poèmes qui rendent « l'effet de la solitude dans les terres ou dans les bois (the ejject of inland or woodland solitude) (3) et que ses pièces marines ont trop fait oublier. Ces poèmes d'ailleurs s'éloignent peu du rivage; ils nous montrent la chaumière délaissée, le sentier de falaise

(*) Heart's ease = viola tricolor.

(2) Les Poèmes In the Bay, On the Clijjs, A Forsa\en Garden, la dédicace des Sisters sont inspirés par la région du West-Undercliff, dans l'île de Wight. (Voir Epître dédie).

(3) Ep. dédie.

qui s'effrite {A Cliffside Path) , le petit port endormi dans un nid tiède (A Haven) ; le jardin du moulin, enfoui dans une crique où le pas des saisons n'est plus qu'un lointain reflux, où la vie respire « aussi doucement que se parlent les roses, que s'appellent les colombes )) :

Fair befall the fair green close that lies below the mill ! Softlier hère, the flower-soft feet of refluent seasons glide... Ail the place breathes low, but not for fear lest ill betide, Soft as roses answering roses, or a dove's recall (L) .

Le rêve d'une vie somnolente et comme amortie hante les fins de terre, les landes salines, ces anciens estuaires où un sentier vague s'étire à l'infini :

Miles on miles on miles of désolation,

Leagues on leagues on leagues without a change !

Time-forgotten since time's création

Seem thèse borders where the sea-birds range...

Devant ces étendues mornes, toute pensée de la terre disparaît, « comme une pierre qui coule au fond de l'eau » :

Slowly, gladly, full of peace and wonder Grows his heart who journeys hère alone : Earth and ail its thoughts of earth sink under, Deep as deep in waters sinks a stone.

(By the North Sea).

Le poète goûte une paix nirvanique à s'avancer en des bancs de brume, qui estompent les formes, étouffent les bruits du monde. Il assiste à l'anéantissement, à l'écoulement des choses, au pays « plus triste que la ruine » où la terre sapée ne lutte plus avec les flots :

A land that is lonelier than ruin...

Where earth lies exhausted and powerless

To strive with the sea. (Id.^.

(') The Mill Garden (Mids. Hol).

Là dans un pli de falaise, un jardin abandonné achève de mourir :

In a coign of the rliff between lowland and highland, At the sea-down's edge between windward and lee, Walled round with rocks as an iniand island, The ghost of a garden fronts the sea, A girdle of brushwood and thorn encloses The steep square slope of the blossomless bed Where the weeds that grew green from the graves of its roses Now lie dead (').

En cet enclos où vécurent des roses, où rêvèrent des amants, le vent plane et s'ébat, en une ronde où la vie semble stérile comme la mort. Silence !... un pas, un mot prononcé réveillerait des fantômes... Et le poète, fasciné, se figure l'effritement total et l'engloutissement, quand la mer, gorgée, submergera sa proie « quand la mort elle-même semblera morte, comme un dieu suicidé sur un autel étrange » :

Till the slow sea rise and the sheer cliff crumble, Till terrace and meadow the deep gulfs drink, Till the strength of the waves of the high tides humble The fields that lessen, the rocks that shrink. Hère now in his triumph where ail things falter, Stretched out on the spoils that his own hand spread, As a god self-slain on his own strange altar, Death lies dead.

Comme il traduit ici le génie du lieu, le poète exprime l'âme des heures : allégresse du matin, douceur du soir (2) , sérénité

(*) « Dans un pli de falaise, entre les hautes et les basses terres, au bord marin de la dune, entre le côté du vent et le côté abrité, emmuré de rochers comme une île en pleine terre, le fantôme d'un jardin regarde la mer. Une ceinture de broussailles et d'épines entoure le carré en pente, lit dépouillé où les herbes sauvages qui verdoient sur la tombe des roses, maintenant gisent mortes. r> (A Forsaken Garden. P. B., II).

(2) Evening on the Broads.

de la nuit; lisez Sestina, A Ballad oj Dreamland, maint passage de Tristram ou même ce Nocturne, en français :

Car toute chose aimée est moins profonde,

O nuit, que toi, fille et mère du jour ;

Toi dont l'attente est le répit du monde,

Toi dont le souffle est plein de mots d'amour ;

Toi dont l'haleine enfle et réprime l'onde.

Toi dont l'ombre a tout le ciel pour séjour... (P. B., 11).

Il rend le silence « redoutable et adorable » de midi, la « splendide oppression que les anciens appellent panique ou nympholepsie » (*) , midi sur la montagne ou sur le Lac de Gaube, midi sous les immobiles piliers et la ramure « indivisible des pins, auguste comme une eau profonde » :

Ridged pillars that redden aloft and aloof

With never a branch for a nest

Sustain the sublime indivisible roof

To the storm and the sun in his majesty proof

And awfull as waters at rest. (2)

C'est ici qu'on retrouve l'intuition panthéiste, la communion mystique avec l'univers, chère aux poètes anglais :

<( Là l'esprit, uni à l'esprit dont l'haleine rend midi sublime dans les bois, demeure charmé sous une présence qui murmure des choses plus hautes que la vie, plus sereines que la mort, triomphantes, muettes comme le Temps :

The fpiiit made one with the spirit whose breath Makes noon in the woodland sublime Abides as entranced in a présence that saith Things loftier than life and serener than death Triumphant and silent as Time. (3)

(') Ep. dédie.

(2) Palace oj Pan.

(«) Palace oj Pan.

Dans ce poème énigmatique, A Nympholept (l), le poète qu'environne un double mystère, — la splendeur nue de midi, la profondeur des forêts — , s'enivre d'un silence qui « tremble de passion », d'une ombre qui « se pâme de désir », d'une lumière qui filtre par l'innombrable feuillage, pénètre

en flèches drues, puis se rassemble et planante, souveraine, intense, couve le bois solitaire : « Est-ce amour ou terreur qui remplit midi tremblant et pâmé?... le bois te devine, l'air t'appréhende, mais la peur, profonde et sacrée, devient douce... car c'est toi, divinité obscure..., la présence immanente et la pulsation de ta vie, ô Pan... »

The wKole wood feels thee, the whole air fears thee : but fear

So deep, so dim, so sacred, is wellnigh sweet.

For the light that hangs and broods on the downlands hère,

Intense, invasive, intolérant, imperious, and meet

To lighten the works of thine hands and the ways of thy feet,

Is hot with the fire of the breath of thy life. and dear

As hope that shrivels or shrinks not for frost nor heat.

Thee, thee the suprême dim godhead, approved afar,

Perceived of the soûl and conceived of the sensé of man

We scarce dare love, and we dare not fear : the star

We call the sun, that lit us when life began,

To brood on the world that is thine by his grâce for a span,

Conceals and reveals, in the semblance of things that are,

Thine immanent présence, the puise of thy heart's life. Pan.

De strophe en strophe, par ce rythme obsédant, un charme opère, jusqu'à ce que, dans un soupir de l'ombre, une oscillation du silence, la rêverie du poète s'arrête au seuil de l'hallucination ; il a vu croître, « comme grandit la lune dans le mois, obscure et dorée, comme une eau qu'agite l'approche de

(*) Nuu.qp6\nTrT0Ç « pris par les nymphes, ravi, en extase ». (Voir PLATON, Phèdre, p. 238). Byron emploie le mot dans Childe Harold, IV, 115.

l'aube ou de la nuit, — une forme, une face, une merveille », trop vague pour qu'on la puisse décrire :

I sleep not : never in sleep has a man beholden

This. From the shadow that trembles and yearns with light,

Suppressed and elate and reluctant, — obscure and golden,

As water kindled with présage of dawn or night

A form, a face, a wonder to sensé and sight,

Grows great as the moon through the month ; and her eyes embolden

Fear, till it change to désire, and désire to delight.

L'analogie est curieuse entre ces vers et un passage en prose de Gabriele d'Annunzio : « La grande lumière de midi lui donnait un nouveau sentiment de malaise physique mêlé à un vague trouble. C'était l'heure panique, l'heure suprême de la lumière et du silence se dressant sur le vide de la vie. Il comprenait la superstition païenne : l'horreur sacrée des midis caniculaires sur la plage habitée par un dieu farouche et caché. Au fond de ce vague trouble s'agitait quelque chose comme l'anxiété de celui qui attend une apparition soudaine et formidable ! » (*) .

La présence mystérieuse a disparu : « Pourtant je ne rêve pas, reprend le poète, le sommeil mourrait d'un rêve si étrange... »

« J'appuie ma joue à la bruyère, je bois le soleil dont l'odeur enflammée rassasie les fleurs; mes yeux se ferment, le terme du bonheur et celui de la vie se confondent :

I lean my face to the heather, and drink the sun Whose flame-lit odour satiates the flowers : mine eyes Close, and the goal of delight and of life is one.

C'est l'extase des Shelley, des Schopenhauer, le moment où le rêveur, perdu dans sa contemplation devient le support du monde, attire la nature en lui, n'est plus qu'une onde à sa surface; d'autres, comme Wordsworth, affirmeraient l'origine transcendante, surnaturelle de l'émotion ressentie. Le dernier

(') Triomphe de la mort, p. 357. Trad. Hérelle un peu modifiée.

vers de Swinburne énonce que, si le monde est un rêve,

And nought is ail, as am I, but a dream of thee,

ce rêve ne parvient à la maturité de la conscience que chez l'homme : au milieu de l'élan mystique, le poète reste fidèle aux idées de YHymn of Man : « Les cieux sont moins que nos âmes qui ont la force, ô Pan, de te concevoir et de te percevoir, par des sens plus subtils que les sens qui entendent ou qui voient » :

Whose soûls hâve strength to conceive and perceive thee, Pan With sensé more subtle than sensés that hear and see.

La Mer.

Le sentiment de la nature chez Swinburne est comme absorbé par une de ses formes, — l'amour de la mer.

Cette fois, peintre autant que poète, il saisit l'âme et l'apparence, — le mouvement, la vibration, la couleur.

La mer, ses vers l'imitent, la chantent, la « dansent ».

Un poète indien, raconte la légende (x) , vit un jour tomber à ses pieds une colombe blessée, et son coeur soulevé en sanglots ayant imité les palpitations de la créature mourante, cette plainte mesurée et modulée fut l'origine des vers. Telle est chez Swinburne, en face des vagues, de leurs bonds, de leurs sanglots, de leurs murmures, la réaction de tout l'être.

Trois poètes au XIXe siècle, Henri Heine, Victor Hugo, Swinburne, achèvent d'annexer à la poésie cet empire sans limites.

Le dernier venu, par la fougue et l'éclat de sa lyre océanique, s'est mis hors de pair. Sa souveraineté semble absolue; la mer lui appartient sans conteste : il en a fait son domaine, par une possession plus continue, plus intime et plus personnelle que celle de ses devanciers.

0) Cité par Taine, La tontaine et ses fables, 306.

Chez Henri Heine, auteur de Nordsee, la mer historiée pour ainsi dire, se retire ou s'efface devant des visions pareilles aux paradis artificiels d'un fumeur d'opium.

Comme le violon de Paganini qu'il essayait de transporter en images colorées, le bruit des vagues magnétise le poète. Autour de ses crêtes qui fument, des rêves s'enroulent et prennent corps. Echos de la Grèce, Thalatta, Thalattal souvenirs de l'Edda, légendes, Maerchen ingénus, tableaux chimériques éclos du caprice de l'heure : une ville engloutie, rouge, aux toits pointus; un Christ géant, qui porte le soleil pour cœur dans sa poitrine et bénit en marchant les ondes pacifiées.

Heine n'oublie pas les objets réels, mais le matelot, la fille du pêcheur, le navire et la boussole, « âme tremblante du navire », sont des appâts qu'il tend au lecteur pour l'entraîner vers des mondes illusoires. L'œil du poète ne fait que se poser à la surface des choses. Les vagues, sont pour lui « vertes » ou « noires », il n'a pas étudié le jeu de leurs nuances, leurs croisements infinis. Les tableaux de Nordsee ne sont pas des « marines » mais les improvisations d'une fantaisie grandiose qui reçoit de la mer son excitation. L'imagination plastique de Heine fait de lui le plus traduisible des trois poètes cités : dans une langue étrangère, si le chant s'évapore, la vision demeure.

Chez Victor Hugo, la mer garde son pouvoir d'évocation, sans que l'image empiète sur la réalité.

La lune répand sur les flots son « éventail d'argent », les vagues se ruent « comme une meute livide », l'ouragan ressemble à « un bègue hurlant sur les sommets », les nuages sont des « blocs de marbre aux veines d'or » ou « des coursiers caparaçonnés d'or. » Si la comparaison parfois se prolonge, comme celle du « Pâtre Promontoire » (1), toujours elle suit de près la nature et ne s'en détache point pour vivre à part.

(') Contemplations, v. 23.

Certains aspects, certains visages de la mer hantèrent Victor Hugo. Le sentiment pessimiste qui à partir des Contemplations lui fait voir partout la nature hostile et meurtrière, se confirme en face de cette grande ennemie

Ouvrant et refermant ses flots, âpres embûches.

La mer de Swinburne est une mer presque sans barques et sans marins : le duel de l'homme avec l'océan remplit les Travailleurs de la Mer, ce roman de la vie maritime. Les poèmes Pleine Mer, les Pauvres Gens, la Rose de l'Infante résonnent de naufrages ou de batailles navales.

Dans sa dernière manière, la contemplation de Hugo devient farouche, vertigineuse. Aux confins de l'énorme, du vide et du béant, le songeur effaré se penche au bord des gouffres, entend « le mugissement de l'abîme » d'où se lèvent « d'affreuses vapeurs ».

Prophète apocalyptique, poète épique de l'homme en lutte avec l'océan, Victor Hugo s'affirme ailleurs un peintre de marines, luministe et coloriste, épris de tous les miroitements, de toutes les transparences, de tous les scintillements de la mer et du ciel, connaissant l'onde laiteuse et les flots métalliques, les pourpres de l'aurore et les braises du couchant; sachant rendre à la fois la « crinière d'or des vagues » et la blancheur glacée de l'écume, les colères de la mer, ses langueurs d'aquarelle, — et de sa brosse agile trempée d'azur et de brume, rapide comme les nuages qui courent à l'horizon, toujours prêt à nous donner ces pages irisées qui gardent la fraîcheur et l'éblouissement d'une étude en plein air, ouverte aux vents du large :

Oh ! laissez, laissez-moi m'enfuir sur le rivage Laissez-moi respirer l'odeur du flot sauvage Jersey rit, terre libre au sein des sombres mers... L'écume jette aux rocs de blanches mousselines. Par moments apparaît, au sommet des collines. Livrant ses crins épars au vent âpre et joyeux, Un cheval effaré qui hennit dans les cieux.

Victor Hugo fut devant la mer le contemplateur et le peintre, Heine, le sorcier qui, d'un coup de baguette, suspend aux flots mouvants les palais de sa rêverie. Swinburne fut cela, mais autre chose encore.

Comme Heine, il connaît la féerie des lointains mystiques, la douceur des souvenirs qui s'éveillent avec le vent du soir (Hesperia) . Il a vu sous les rocs d'argent, sous les flots bleus qui sanglotent, le corps blanc, déjeté de Sapho.

Il peint, comme Hugo, l'océan dans son infinie variété ; voici la mer céruléenne, inondée de lumière :

« Lorsque la force de l'Eté règne en plein sur la mer, lorsque les jours la subjuguent, la remplissent de la seule joie d'exister, d'un royal enchantement, d'un charme qui ne la laisse pas libre : heure après heure, comme une esclave, elle demeure enchaînée sous les fleurs et joyeuse de ses chaînes, et ses coursiers bruyants ne se mordent pas, n'agitent pas une boucle de leurs profondes et blanches crinières... »

When the might of the summer

Is most on the sea ; When the days overcome her With joy but to be, With rapture of royal enchantment, and sorcery that sets her not free But for hours upon hours As a thrall she remains Spell-bound as with flowers And content in their chains.

And her loud steeds fret not, and lift not a lock of their deep white mânes.

(OffShore).

Voici la mer triste et glauque, dans un pays de sables et de lagunes :

« Les dunes basses penchent vers la mer; un cours d'eau, — mince et tremblante veine détachée, sans pulsations — , rapide et vif et muet comme un rêve, s'écoule fatigué du soleil et de la pluie » :

The low downs lean to the sea ; the stream,

One locse thin puiseless tremulous vein

Rapid and vivid and dumb as a dream,

Works downward, sick of the sun and the rain. (')

Mais s'il décrit la nier, Swinburne la voit autrement et la rend autrement que Victor Hugo (2) .

Son coeur lyrique s'élance au devant des vagues, retombe avec l'écume, rejaillit avec l'embrun. La vie des flots passe dans ses fibres. Il dit son émoi et peint avec le rythme plutôt que par l'image « l'infinie rébellion des lames »,

The sea... with its rollers in measureless onset.

De là ces vers immenses, houleux, vallonnés, dont courent les syllabes en un mouvement de poursuite éternelle ou de chaîne sans fin :

The sea is awake, and the sound of the song of the joy of her waking is

[rolled From afar to the star that recèdes, from anear to the wastes of the wild

[wide shore. (3)

Ses moyens sont le rythme, bercement des ïambes, assaut tumultueux des anapestes et l'allitération, corde nouvelle qu'il ajoute à sa lyre.

(1) Triumph of Time, P. B. I, Cf. Swimmers Dream; Aeap Tide, Evening on the Broads.

(2) Il n'y a pas lieu de s'arrêter à des analogies de détail comme les « moutons de la mer » qu'on trouve chez les deux poètes et qui relèvent du langage populaire :

Comparez the sweet free flocks

Unshepherded, uncompassed, uncontrolled The fleeces of the flocks that know no fold (Tristram, p. 87.)

La laine des moutons sinistres de la mer.

(3) < La mer s'éveille et le son du chant de la joie de son réveil est répercuté, de loin jusqu'à l'étoile qui s'efface, de près jusqu'au sable du large rivage désert ». /n the Water (A Midsammer Holiday), comp. Channel Passage: And the rage in the roar of the voice of the water».. .

Des consonnes vibrantes imitent le bruit de l'eau qui s'écroule :

The daikness by thunders bedinned

de claires voyelles finales donnent la sensation du large :

The waters adrift and afar...

Joignez d'autres effets, symétries de la pensée et du rythme, répétitions pittoresques où le mot, assoupli, n'est qu'un geste frémissant dans l'espace :

Sail on sail along the sea Une fades and fiashes, hère on land Flash and fade the wheeling tvings on wings of mews that plunge and

[scream (')

Ajoutez le mouvement de la période, le flux et le reflux de la phrase qui s'arrête et repart, s'accroît d'un long rejet comme les nappes de la marée montante; enfin, les ressources de la syntaxe, les compléments accumulés qui donnent aux vers une prodigieuse ampleur :

Nought beyond thèse coiiing clouds that melt hTje fume of shrines that steam Breaks or stays the strength of waters till they pass our bounds of dream (-).

En ces procédés originaux, Swinburne s'écarte non seulement de Victor Hugo, mais de tous le poètes modernes pour se rapprocher inconsciemment des vieux poètes anglo-saxons qui chantent les exploits de Beowulf , tueur de monstres, marin et nageur. Cette poésie barbare sut, elle aussi, par l'allitération, les mots composés, le vocabulaire d'une étonnante

( ' ) Wings on wings est une façon de mot composé, fréquente chez Swinburne. Littéralement : « voile svr voile au bord de l'horizon, disparaît et reluit ; ici près du rivage reluisent et disparaissent les tournantes ailes sur ailes de mouettes qui plongent et crient. « On the Verge (Midsummer Holiday). Comp. Taie of Balen, III.

Drives Wave on Wave on Wave to west.

(2) « Rien par delà ces nuages tortueux qui se fondent comme la vapeur d encensoirs qui fument — ne brise ou n'arrête la force des eaux jusqu'à ce qu'elles passent les bornes de nos rêves. » On the Verge.

richesse, suggérer l'aspect sinistre de la mer, son crépitement de fournaise, son dos menaçant de bête écailleuse. Il ressemble encore aux anciens bardes par le sentiment qui l'inspire (') : l'artiste, l'esthète raffiné montre en son amour de l'eau salée, l'énergie d'un primitif qui se sentirait l'âme encore nue, voisine des éléments. Très sincèrement, il se croit l'enfant des vagues. C'est de lui-même qu'il parle dans la naissance de l'enfant Thalassius :

A sun-child whiter than the sunlit snows Was born out of the world of sunless things 1 hat round the round earth flows and ebbs and flows...

La mer emplit son oeuvre, l'environne, la pénètre de sa longue rumeur. On l'aperçoit à la dérobée dans Chastelard, Atalante; en échappées plus larges, dans Erechtheus; la mer envahit Tristram of Lyonesse, baigne les Poèmes et Ballades (2) , les Chants d'avant l'Aube. Songs of the Springtides, Studies in Song (3) , A Century of Roundels (4) , A Midsummer Holiday, Astrophel (5) , A Channel Passage.

(!) Voyez par exemple dans le combat de Beowulf avec Grendel la description du lac ou golfe où habitent les monstres: « c'est un lieu maudit. De là le tourbillon de vagues assombrit jusqu'aux nues ; lorsque le vent soulève la tempête perfide, l'air s'obscurcit, le ciel répand des pleurs » :

Thonon ythgebond up astigeth Wonn to wolcnum, thonne wind styreth lath gewidru. oth thaet lyft drysmath

rodera reotath... (BeowuLF, éd. HOLTHAUSEN. 1373.)

Voyez encore, pour la pleine mer, le poème intitulé The Seajarer et surtout les Enigmes (Riddles) III et IV.

(2) P et B. I. Triumph of Time, Hesperia, Satia te Sanguine;

II. In the Bay, At a Month's End, Ex Voto; III. The Armada, to a Seamew, Pan and Thalassius. A Word toith the Wind, Neap Tide.

(3) Ofi Shore, By the North Sea, Evening on the Broads ('') In Sar\, In Guernsey.

(s) On the South Coast, An Auiumn Vision, A Swimmer's Dream, Loch Torridon.

Le nom de la mer est le mot final qui met le sceau de Swinburne sur maint poème; il termine comme un aveu suprême et un regard infini la Dédicace en vers des oeuvres complètes en 1904.

Premier et dernier amour, antérieur à toute littérature, la passion de la mer est dans le sang, fait partie de la constitution du poète.

C'est jersey, c'est l'exil qui enseigne à Hugo la beauté de l'océan. Un séjour aux plages du Nord la révèle à Heine âgé de vingt-six ans. Mais « le sel de la mer », selon Swinburne, « dut s'infiltrer dans ses veines avant la naissance ». Il ne se rappelle rien de plus ancien, de plus doux que d'avoir été, enfant, porté nu dans les bras de son père et brandi comme la pierre d'une fronde, la tête en avant dans les vagues, en poussant des cris de bonheur. Bien des choses « lui ont fait peur, mais jamais la mer » (*) .

La nouveauté chez Swinburne, c'est le corps à corps avec les flots, le sentiment d'étreinte physique. Dans l'admirable Triumph of Time, l'amant repoussé par sa maîtresse tend les ' bras vers les vagues :

« Je retournerai vers la grande mère, mère et amante des hommes, la mer. Je descendrai en elle, moi et personne d'autre. Je m'enlacerai à elle, la baiserai et la mêlerai avec moi, je m'attacherai à elle, je lutterai avec elle, je l'étreindrai fortement. O belle et blanche mer, dans les vieux jours passés, née sans sœur, née sans frère, fais libre mon âme comme ton âme est libre.

« O mère si belle à la ceinture verte... Sauve-moi, cachemoi dans toutes tes vagues, trouve-moi une tombe parmi tes milliers de tombes, ces pures, froides et populeuses tombes que sont les tiennes, et qu'aucune main ne creuse, dans un monde sans souillures...

(') Conversation rapportée par Stedman. dans le Harper's Magazine, 1882.

« Je dormirai et me balancerai avec les Vaisseaux balancés dans le flux ; je changerai comme changent les vents ; mes lèvres fêteront l'écume de tes lèvres, je me dresserai quand tu te dresses, avec toi je retomberai (x) :

I will go back to the great sweet mother,

Mother and lover ol men, the sea.

1 will go clown to her, I and none other,

Close with her, kiss her and mix her with me ;

Cling to her, strive with her, hold her fast ;

O fair white mother, in days long past

Born without sister, born without brother,

Set free my soûl as thy soûl is free

0 fair green-girded mother of mine, Save me and hide rne with ail thy waves, Find me one grave of thy thousand graves Those pure cold populous graves of thine, Wrought without hand in a world without stain.

1 shall sleep, and move with the moving ships, Change as the winds change, veer in the tide ; My lips will feast en the foam of thy lips,

I shall rise with thy rising, with thee subside.

11 s'abandonne avec l'ardeur d'un amant : « Mes lèvres fêteront l'écume de tes lèvres... tes doux et âpres baisers sont forts comme le vin, tes larges embrassements. aigus comme la douleur. »

Thy sweet hard kisses aie strong like wine, Thy large embraces are keen like pain.

Ailleurs, il la révère comme sa mère et sa nourrice et, chaque fois que du haut des falaises il retrouve ce sein maternel, une ferveur le point, un acte d'amour lui monte aux lèvres :

My mother sea, my fostress, what new strand, What new delight of waters, may this be, The fairest found since time's first breezes fanned My mother sea?

(*) Trad. MoUREY, à peine modifiée.

Once more I give me body and soûl to thee, Who hast my soûl for ever : diff and sand Recède, and hearl to heart once more are we. My heart springs first and plunges, ère my hand Strike out fiom shore : more close it brings to me, More ncar and dear than seems my fatherland, My mother sea.

(In Guernsey) .

La mer est son élément natal. Il s'enivre de son arôme, comme la mouette ou le goëland et dote la poésie d'un motif inédit : l'ivresse du nageur (l) . Ici la joie des vagues et la joie des mots, des rythmes se confondent. Le poète vogue, bercé par leurs cadences, porté par l'ivresse et l'orgueil d'une expression triomphante. Il baigne dans un murmure, dans un flot de paroles, plonge au milieu des mots, les étreint, les refoule, les égrène comme des perles entre ses doigts: il est la mer. Et cette fois encore, dans la fraîcheur de l'eau qui le prend au coeur, il rencontre l'extase panthéiste. Les vers suivants ne peignent encore qu'une joie physique ou « musculaire » :

A cross and along, as the bay's breadth opens, and over us Wild autumn exults in the wind, swift rapture and strong lmpels us and broader the wide waves brighten before us, A cross and along.

{In Guernsey) .

Voici l'éblouissement du plongeur qui retrouve au fond de l'eau « dorée comme du vin », la lumière qui chante, envoyée du sommet de l'azur :

Light winged from the boundless Blue depths full of cheer Speaks joy to the heart of the waters that part not before him, but hear.

(Ofj Shore).

(') Nous en donnerons un bel exemple dans le chapitre sur Tristram oj Lyonesse.

Mais à ces joies de l'onde, l'âme a part comme le corps (*) :

It dasps and encompasses body and soûl with delight to be living and free...

Aussi lorsqu'il plonge, du sol aveuglant et torride, aux « noires délices » du Lac de Gaube, le poète goûte par avance le moment « où la vie rejetera le temps comme un vêtement » :

As a sea-mew s love of the sea-wind breasted and ridden for rapture's sake ls the love of his body and soûl for the darkling delight of the soundless lake : As the silent speed of a dream too living to live for a thought's space more ls the fhght of his limbs through the still strong chill of the darkness frorn

[shore to shore :

Might life be as this is and death be as life that casts off time as a robe, The likeness of infinité heaven v/ere a symbol revealed of the lake of Gaube.

L'ivresse du nageur, comme l'intuition mystique, ne ressemble, dit le poète, à « rien de connu » :

For the cloudlike wave that my limbs while cleaving Feel as in slumber beneath them heaving Soothes the sensé as to slumber, having Sensé of nought that was f^noton of yore.

A purer passion, a lordlier leisure

A peace more happy than lives on land,

Fulfils with puise of diviner pleasure

The dreaming head and the steering hand...

I lean my cheek to the cold grey pillow,

The deep soft swell of the full broad billow

And close mine eyes for delight past measure

And wish the wheel of the world would stand (2) .

(*) Le motif du nageur apparaît, mais plus matériel, chez Walt Whitman (Song of Myself, 22) : s'il affirme que la mer est divine, il ne semble pas le sentir comme Swinburne.

(2) « Car la vague nuageuse que les membres, en les fendant, sentent, comme dans le sommeil, se soulever sous eux, assoupit les sens et ne leur laisse aucun sentiment de ce qu'ils connurent autrefois. Une passion plus pure, un loisir souverain, une paix plus heureuse que celle qui vit sur la terre, emplissent des pulsations d'un plaisir divin, le front qui rêve et la main qui gouverne. J'appuie ma joue au frais oreiller glauque, à la douce enflure de la vague large et pleine et je ferme les yeux, de délices sans mesure, et souhaite que la roue du monde veuille s'arrêter. »

(A Sicimmer' s Dream)

De « la plus humble fleur qui grandit » Wordsworth recevait « les intimations dont le souvenir guide et anime l'existence » (*) . Swinburne attribue la même vertu révélatrice aux caresses profondes de l'air et du flot marins :

The moment's joy of the seaward swimmer Abides, remembered as truth may be.

Appuyant l'oreille au sein des vagues, sentant contre leur cœur battre le sien, le poète n'est plus « qu'un flot de la mer infinie, un son dans le chant infini » :

As we give us again to the watets, the rapture of limbs that the waters enfold /s less titan the rapture of spirit whereby, though the burden it quits were

[sore, Our soûls and the bodies they wield at their will are absorbed in the life

[they adore. (2)

1 he whole world's heart is uplifted, and knows not wrong ; The whole world's life is a chant to the sea-tide's chorus Are we not as waves of the water, as notes of the song? (')

( ' ) To my Sister.

(2) In Guernsey.

(3) In Guernsey. Comparez pour l'exaltation spirituelle et le sentiment de fusion dans la nature, ces vers de Thalassius :

Now too the soûl of ail his sensés felt

The passionate pride of deep sea-pulses dealt

Through nerve and jubilant vein,

As from the love and largess of old time ;

And with his heart again

The tidal throb of ail the tides keep rhyme

And charm him from his ou)n souVs separate sensé

With infinité and invasive influence

That made strength sweet in him and sweetness strong

Being no more a singer, but a song.

« Maintenant l'âme de ses sens éprouvait l'orgueil passionné des profondes pulsations de la mer, transmises aux nerfs et aux veines joyeuses, venant de I amour généreux d'autrefois; et de nouveau, les pulsations de toutes les marées battent en mesure avec son cœur et leur charme, par une influence envahissante et infinie, l'enlève au sentiment de son âme séparée ; et sa force devenait douce et sa douceur devenait forte, car il n'était plus le chanteur, mais le chant. »

Swinburne s'élève, par la grâce du rythme et l'amour des vagues, à l'intuition métaphysique. L'absolu se manifeste à lui dans le nombre ou l'harmonie. Son Dieu se chante, et la plus haute fonction du poète est de vibrer d'accord avec ce chant. Son verbe souverain est le rythme, et Swinburne salue dans la mer la source éternelle de ce don divin :

I last least voice of her voices Give thanks that were mute in me long To the soûl in my soûl that rejoices For the song that is over my song. Time gives what he gains for the giving Or takes for his tribute of me :

My dreams te the wind everliving My song to the sea. (*)

Un champ nouveau fleurit assez tard dans l'œuvre de , Swinburne, la poésie de l'Enfance (3) .

Les grâces de l'enfant, les perles de son rire, la lueur qui

(1) Danwich

« Moi, la dernière et la moindre de ses voir,

Je rends des grâces qui se turent longtemps,

A 1 âme de mon âme qui se réjouit

Du chant qui domine mon chant.

Le temps donne ce qu'il gagne en retour

Ou prend de moi comme tribut :

Mes rêves, — au vent éternel,

Mon chant, — à la Mer.

(2) Voici, dans l'ordre des recueils, la liste des poèmes dont nous marquons d'un signe les plus dignes de sélection :

Dans Poems and Ballads, II : « A Birth-Song » (date 19 octobre 1875) ; A Child's Song.

Dans Tristram of Lyonesse and orner Poems : « Herse » ; Twins : « Sait of the Earth » ; « Seven Years old » ; Eight Years old ; Comparisons ; « What

transparaît sous sa paupière endormie l'emplissent d'un ravissement religieux. Il s'agenouille, comme un berger d'Adoration devant ce « coquillage rose », un pied d'enfant :

A baby's feet, Iike seashells pink (Rondel 48)

Aussi la critique hostile, ne voyant que le sujet extérieur, put-elle répéter que ce poète n'avait point d'idées, no fit subject-matter , que son horizon poétique se limitait à l'orteil d'un nouveau-né. En vérité, le poète découvrait l'enfant sous son aspect divin.

Voici un chant de nativité :

Out of the dark sweet sleep

Where no dreams laugh or weep

Borne through bright gâtes of birth

lnto the dim sweet light

Where day still dreams of night

While heaven takes form on earth White rose of spirit and flesh, red lily of love

What note of song hâve we

Fit for the birds and thee Fair nestling couched beneath the mother-dove?

Ï3 Death? » ; A Child's Pity ; « A Child's Laughter » ; « A Child's Thanks » ; A Child's Battles ; A Child's Future ; « A Dark Month » (suite de trente-deux poèmes) .

Dans A Century of Roundels : « A Baby's Death » (36 à 42) ; « Bénédiction »; « Etude réaliste » (48 à 50); « Babyhood » (51 à 54); First Footsteps; A Ninth Birthday (56 à 58) ; Not a Child (59 à 61).

Dans Astrophel: A Moss Rose.

Dans Studies in Song : Six Years old.

Dans A Midsummer Holiday : Nine Years old ; « After a Reading » ; Maytime in Midwinter; A Cradle Song (Pelagius, A Ballad of Appeal to Christina Rossetti se rattachent au même sujet).

Dans Poems and Ballads, III : In a Garden ; A Rhyme ; Baby-Bird ; Olive.

Dans A Channel Passage : « A Clasp of hands » ; To a Baby Kinswoman (mai 1894) ; Three weeks old.

N.B. — Un florilège, The Springtide of Life, Poems of Childhood, illustré par Rackham, a paru chez Heinemann en 1918.

Nay, in some more divine

Small speechless song of thine

Some news too good for words

Heart-hushed and smiling, we

Might hope to hâve of thee,

The youngest of God's birds.

If thy sweet sensé might mix itselt with ours

If ours might understand

The language of thy land Ere thine become the tongue of mortal hours. (l)

Le ton du morceau est un respect attendri pour le mystère de l'Enfant, une reconnaissance pour ce bienfait qui s'ignore; ce don des dieux, ce « sel de la terre » ; l'enfant nous demande la bénédiction et devrait plutôt nous la donner; l'enfant qui nous remercie aurait droit à nos remerciements :

How low soe'er men rank us, How high soe'er we win, The children far above us Dwell, and tiiey deign to love us, With lovelier love than ours, And smiles more sweet than flowers ; As though the sun should thank us For letting light corne in.

With too divine complaisance, Whose grâce misleads them thus, Being gods, in heavenly blindness They call our worship kindness.

(') « De l'obscur et doux sommeil, où nul rêve ne pleure ou ne vit, issue des lumineuses portes de naissance à la douce lumière incertaine où le jour rêve encore de la nuit, tandis que le ciel prend forme sur la terre, — blanche rose d'esprit et de chair, lys d'amour, quelle note ont nos chants qui convienne aux oiseaux et à toi, charmant oisillon blotti sous ta mèrecolombe ? En un de tes divins gazouillements sans paroles, des nouvelles qui dépassent les mots, voilà ce que, le cœur apaisé, nous attendrions de toi, si ta sensibilité pouvait se mêler à la nôtre, si la nôtre pouvait saisir le langage de ton pays, avant qu'il ne devienne la langue de nos heures mortelles. » A Birih-Song, P. B. II.

Our pebble-gift a gem :

They think us good to them, Whose glance, whose breath, whose présence, Are gifts too good for us.

Victor Hugo disait, avec moins de fraîcheur et de fantaisie :

Car les petits enfants étaient hier encore Dans le ciel et savaient ce que la terre ignore.

Wordsworth, dans ses Intimations of Immortality, attribuait à l'enfant le reflet, la réminiscence d'un monde supérieur, mais son style écrase l'enfant sous le pavé d'une épithète : mighty philosopher: il l'appelle « un » puissant philosophe.

Chez Swinburne les grâces du rythme, l'exubérance lyrique du poète se prêtent à célébrer la grâce de l'enfance, idéale pour lui comme la beauté de la fleur, de l'étoile ou de la rosée ; Herse (x) est un hymne aux yeux de l'enfant :

Its mild miraculous eyes,

à sa chair, « trésor de fossettes rieuses » :

What price could pay with earth's whole weight of gold

On least flushed roseleaf's fold Of ail this dimpling store of smiles that shine

From each warm curve and line, Each charm of flower-sweet flesh, to reillume

The dappled rose-red bloom Of ail its dainty body, honey sweet

Clenched hands and curled up feet That on the roses of the dawn hâve trod

As they came down from God ? (')

(') Le titre, une énigme pour bien des lecteurs, est expliquée dans ces vers :

The best mens tongue that ever glory knew

Called that a drop of dew which from the brtathing creature's kindly wornb Came forth in blameless bloom.

Herse = (par], rosée. L'Odyssée, IX, 222 appelle Ipoai des agneaux nouveau-nés.

(') Quel prix paierait de tout l'or de la terre, le moins empourpré pli

Comme l'auteur de la Sieste de Jeanne, avec un charme plus pénétrant, Swinburne décrit le sommeil de l'enfant. Il s'incline sur les berceaux pour surprendre « le chant de l'âme enfantine, le rythme que la douce âme chantante écoute à peine, et n'entend qu'à moitié » :

The song that the sweet soûl singing Half listens and hardly hears.

Il épie sur un front endormi les rêves qui sourient et qui passent « comme passe une lueur sur la surface polie d'un lac, entre deux nuages » :

As light on a lake's face moving

Between a cloud and a cloud Till night reclaim it, reproving

The heart that exults too loud,

So brief and unsure, but sweeter

Than ever a moondawn smiled, Moves, measuied of no tunes meter,

The song in the soûl of a child.

As the moon on the lake's face flashes

So haply may gleam at whiles A dream through the dear deep lashes

Whereunder a child's eye smiles.

A Dark Month, XI.

Voici une berceuse aussi simple, aussi pure que les Chants d'Innocence de Blake :

Soft as fire in dew, Still the life in you Lights your slumber through.

de pétale de rose du trésor de fossettes rieuses qui brillent en chaque creux tiède, en chaque ligne de cette chair fleurie, pour éclairer le rose pommelé de ce corps mignon, de ces tendres mains serrées, douces comme le miel, de ces pieds crispés qui foulèrent les roses de l'aurore, en arrivant du ciel.

Four white eyelids keep Fast the seal of sleep Deep as love is deep :

Yet, though ciosed it lies, Love behind them spies Heaven in two blue eyes.

(Cradle Songs.)

Il célèbre son rire, « doux et fort, haut et clair, pur son de la pure lumière qui s'élance des sommets les plus roses du Matin » :

Soft and strong and loud and light

Very sound of very light

Heard from morning's rosiest height.

(A Child's Laughter.)

La plus jolie des fleurs de mai, la rose qui jaillit du bouton n'offre pas « de plus rose désarroi » que l'enfant qui éclate de rire :

The Mayflower loveliest held in Ma}'

Of ail that shone and stay not .

Laughs not in rosier disarray.

(Babyhood, Rondels, 53.)

Il consacre aux enfants des chants de naissance (l) et d'anniversaire, parfois, hélas! des épitaphes. Il décrit leurs premiers pas (First Steps) , « le poème potelé » de leur chair, la chaude pression de leur mains minuscules (A Clasp of Hands) ; raconte en rimes fantasques leurs jeux, leurs batailles (") et pleure la « fin de l'enfance » qu'il place vers l'âge de neuf ans ( ') .

(') Birth-Song de 1875, Twins de 1881, pour les enfants de W. M. Rossetti.

(J) The praise which fires our lips is

A knight's whose famé éclipses

AU of theirs (A Child's Battiez).

(3) Nine Years old.

On lui a reproché de cacher l'enfant sous des éloges et des hyperboles (*) . Le lecteur anglais, avide de précision, de- , mande « un bébé concret ». Swinburne, à la vue d'un enfant, , s'échappe dans un monde idéal, rosé, lumineux; il synthétise, il éternise comme un poète et un platonicien. Certes, il s'inspire d'enfants vus; les lettres à sa mère, que nous donne Mrs Disney Leith, sont pleines d'anecdotes sur « Bertie » et sur le petit monde qu'il rencontre dans ses promenades à Putney; mais s'il avait mis en vers ces anecdotes, il serait tombé dans la mièvrerie. Lyrique, il dit sa propre émotion. Pourtant il a su peindre d'après nature le garçonnet en train de lire, la lumière qui se joue sur son front attentif, sa mine absorbée, ses traits mobiles où la curiosité se détend en joie :

Such tricks and such meanings abound on the lips and

the brows that are brighter than light, The demure little chin, the sedate little nose, and the

forehead of sun-stained white, That love overflows into laughter and laughter subsides

into love at the sight.

Each limb and each feature has action in tune with the

meaning that smiles as it speaks, From the fervour of eyes and the fluttering of hands in a

foretaste of fancies and freaks, When the thought of them deepens the dimples that

laugh in the corners and curves of his cheeks.

As a bird when the music within her is yet too intense to

be spoken in song, That pauses a little for pleasure to feel how the notes from withinwards throng, So pauses the laugh at his lips for a little, and waxee within more strong.

(!) THOMAS, op. cit. 190-1; Times, Lit. supplem., 13 décembre 19(8.

As the music elate and triumphal that bids ail things of

the dawn bear part With the tune that prevails when her passion has risen

into rapture of passionate art, So lightens the laughter made perfect that leaps from Us

nest in the heaven of his heart.

Deep, grave and sedate is the gaze of expectant intensity

bent for awhile And absorbed on its aim as the taie that enthralls him

uncovers the weft of its wile, Tiîl the goal of attention is touched, and expectancy

kisses delight in a smile (')

Le cycle A Dar^ Month est le fruit du séjour que fit aux Pins le neveu de Watts Dunton, âgé de sept ans.

En trente et un petits poèmes, autant que de jours dans le mois, le poète raconte l'ennui d'un mois de mai triste comme décembre, par le départ du jeune hôte.

Qu'importe mai, soupire le poète, sans la lumière de ce rire (if we drin\ not the light of his laughter) , si la main aimée ne

(!) « Tant de plis et d'expressions se marquent sur les lèvres et ce front plus clair que la lumière, ce modeste menton, ce calme petit nez, ce front blanc tacheté de soleil, — que l'amour se prend à rire et le rire se reprend à aimer.

« Chaque membre, chaque trait se meut d accord avec le sens qui sourit et qui parle, dans les yeux ardents, les mains qui se tendent vers des images et des frasques dont «idée creuse des fossettes rieuses aux coins et aux courbes des joues.

« Comme l'oiseau, dont la musique est trop intense pour se répandre en chant, s'arrête un moment pour le plaisir d'entendre les notes affluer au fond de lui, ainsi le rire s'arrête sur les lèvres et croît au dedans.

« Comme la musique triomphale qui associe toutes choses à l'aurore, quand son chant prévaut, quand son amour s'élève dans l'extase d'un art passionné, tel éclate le rire parfait qui s'élance de son nid vers le ciel de ce cœur.

« Profond, grave et recueilli, le regard d'attente intense qui se penche pour un temps, absorbé par son objet, tandis que le récit qui le captive découvre peu à peu sa treme, — jusqu'à ce qu'il touche au but et que l'attente étreigne, en souriant, le plaisir. »

(Vers de sept pieds, anapestes). (Ajter a Reading.)

tâtonne plus aux poignées des portes (XII) , si le regard franc n'entre plus dans la chambre avec la timide sûreté de l'aurore ? (XVII) . Vide est le nid d'où naguère le sommeil de l'enfant charmait la demeure, épandait une douceur sur les nuits (XXVII) . Les jours passent, traînant sombrement leurs « tresses de nuages » (XXVIII) .

Et le poète a soif et faim d'une voix, d'un souri. 5. Il est l'esclave sans maître, le sujet sans roi, le cheval sans éperon, le berger sans étoile (XV, XXVI) ; ses voiles pendent languissantes, faute du souffle d'un enfant (XXIV) . Veut-il chanter les passions, les actions des hommes ? un visage enfantin s'interpose, et les lignes qu'il trace ne montrent que lui:

Between my hand and rny eyes The Iines of a small face rise, And the lines l trace and retrace Are none but those of the face.

Cette frêle donnée ne va pas sans des redites, un joli cliquetis de mots qui parfois touche à la préciosité (*) .

Le poète répète à satiété ce motif : le printemps est sans joie (2) (I, X, XVII) ; il se met à la place de l'enfant (X, XVIII) : pense-t-il à « l'ami qui n'étant ni père ni mère, n'a

(M A twilight fire-fly may suggest

How fiâmes the fire that feeds the sun :

A crooked figure may attest

In little space a million.

But this faint-figured verse, that dresses

With flowers the bones of one bare month,

Of ail it would say scarce expresses

In crooked ways a miîlionth.

(2) Motif inverse dans Maytime in Midwinter, — un hiver printanier :

A new year gleams on us, tearful And troubled and smiiing dim...

But the bird of my heart makes cheerful The days that are bright for him.

droit qu'à des miettes d'affection ? (XII) . Sans doute l'enfant ne se souvient pas, non qu'il ait moins de cœur mais parce qu'il vit dans le présent plus rapidement que nous (X) . Avec un humour tendre, une exagération d'humilité, le poète renonce à peindre ce roi « à la bouche plus douce que les cerises, aux yeux plus bruns que les mûres » (XIII) .

Au vingtième jour, point un nouveau thème, le Retour : Le jour en parle à la nuit, le gazon se fait plus doux pour les pas de l'absent (') . Au trente et unième, après une apostrophe au vent : « O vent du sud -ouest, vent du printemps, aux pieds de soleil, aux ailes de nuage, aux lèvres de miel, réjouis-toi ! » bondit un hymne aristophanesque, un chant de bienvenue et d'allégresse intitulé « Soleil levant » :

For the house that was childless awhile, and the light

of it darkened, the puise of it dwindled, Rings radiant again with a child's bright feet, with the

light of his face is rekindled.

And the silence of nightfall is music about him as

soft as the sleep that it hushes.

We awake with a sensé of a sunrise that is not a gift

of the sundawn's giving (2).

Ce cycle qui n'est qu'une série de variations musicales sur son épigraphe, « la maison sans enfants », soulève à nouveau la question de l'influence de Victor Hugo. Il est curieux

(') The ways that were glad of his feet

In the woods that he knew Grow softer to meet The sensé of his footfall anew.

(2) « Car la maison qui fut sans enfants, — sa lumière obscurcie, son pouls ralenti, — résonne et rayonne de nouveau des pieds clairs de l'enfant, s'illumine du rayon de sa face.

« Et le silence de la nuit tombante est une musique autour de lui, douce comme le soleil qu'elle berce ; et nous nous réveillons avec le sentiment d'une aurore qui n'est plus celle du soleil. »

qu après avoir comme Hugo chanté la mer, Swinburne célèbre / comme lui les enfants.

La paternité révéla ce motif au poète français. « Lorsque l'enfant paraît... » vit le jour en 1830, dans les Feuilles d'Automne; l'enfant reparaît çà et là dans les romans, dans la Légende des Siècles; enfin le grand-père lui consacre un volume en 1877.

L'Art d'être Grand-père fut peut-être pour Swinburne un exemple stimulant, mais il aima les enfants d'une autre façon que Hugo.

Les enfants de Victor Hugo s'appellent Georges et Jeanne, nomment leur tante Dédé, mangent des confitures, tombent et se font une cicatrice, vont au Jardin des Plantes et devant la cage du lion, interrogent le grand-père illustre qui les tient par la main, les guide et les instruit. ,

Ce caractère local, parisien, familial et bourgeois diffère . profondément de l'inspiration de Swinburne. Ce dernier est lyrique, impersonnel et détaché, ni père, ni grand-père, ni oncle. On ne trouve chez lui qu'une seule anecdote, celle du petit garçon qui pleure sur l'histoire des crocodiles dont on a tué la mère :

He was so sorry, sitting still apart, For the poor little crocodiles, he said ;

un seul détail de costume, un peu mièvre : l'enfant coiffé d'un bonnet de peluche que le poète compare à une rose moussue (A Moss Rose) .

La passion de Swinburne pour l'enfance est antérieure à Y Art d'être Grand-père. Nous savons que dès sa jeunesse, « la vue du bébé dans les ménages amis, le rendait fou ». Le Birtk- Song, des Poèmes et Ballades (2e série) paraît en 1 875 . Il est vrai que la Sieste de Jeanne, en 1877, lui arrache un cri d'admiration (l) ; que la pièce intitulée From Victor Hugo, dans

i1) « Chacun des 38 vers qui composent la Sieste de Jeanne sera conservé par les générations à venir avec le même soin jaloux qui conserve aujour-

le même recueil de Poèmes et Ballades, traduit Les Enfants Pauvres ( ') de Hugo ; et qu'il donne une place de plus en plus large, dans les recueils suivants, au sujet consacré par le maître. N'oublions pas toutefois que l'éloge du livre de Hugo commence par une citation qui réserve la priorité de Swinburne : « Moi qu'un petit enfant rend tout à fait stupide » (2) . D'ailleurs ce motif littéraire était moins neuf en Angleterre qu'en France. Notre poète lui-même cite ses devanciers Blake, Christ ina Rossetti ; il célèbre les enfants de Shakespeare, surtout Mamilius, du Conte d'Hiver (3) , les écrivains de l'enfance, Lamb, Dickens et déclare n qu'il sera beaucoup pardonné à George Eliot, parce qu'elle aima beaucoup les enfants. »

D. — Poèmes satiriques, politiques, patriotiques.

Les poèmes révolutionnaires eurent un épilogue dans les sonnets Dirae ("'), dirigés contre les ennemis de l'Italie, les

d'hui chaque fragment d'or pur. chaque éclat de pierre précieuse échappés au naufrage de Simonide ou de Sapho. Pas une ligne de ce merveilleux poème qui n'ait pu être enchâssée par une moindre main que celle des plus grands poètes, pas un vers (mais après tout, ce n'est qu'une façon de dire que le poème est de Hugo) qui n'offre le modèle de la plus exquise beauté, de la plus idéale perfection, du charme suprême auquel le langage humain puisse atteindre! » >lfnenaeum, 2 février 1877.

i1) Art d'être Grand-père, XV, V:

Prenez garde à ce petit être

11 est grand et contient Dieu, cp. P BU:

Take heed of this small child of earth.

N- B. — Les épitaphes d'enfants que Swinburne publie dans les RondeU en 1884 sont antérieures à celles qu'il découvre dans Toute la Lyre (1888. voir Studies, p. 259).

('-') Victor Hugo, p. 81.

(•') Shakespeare, p. 222 et suivantes.

(') Vingt sonnets publiés la plupart, dans l'Examiner en 1873; quelquesuns dans la Fortnightly Review en 1869.

auteurs de l'échec de Mentana, Pie IX, Ferdinand II, l'Autriche et surtout Napoléon III qu'ils poursuivent d'une haine virulente et monotone.

Quand le poète supplie la maladie (sonnet Intercession, en 1869) de ménager « cet Augustule » pour qu'il assiste à sa propre chute, quand il accable dans la mort (The Descent into Hell, 1873) celui qu'il appelle chien, ver, Judas, écume, sa violence fait regretter l'humour de Byron contre Georges III ou l'imagination lyrique des Châtiments.

Swinburne parodie le dogme de l'Immaculée conception et lapplique à la naissance de l'Usurpateur (The Saviour of Society, 1860) ; une chose le console de l'Année terrible (A Year's Burden) , c'est que « arraché du cou de l'homme, coupé comme par une charrue, le serpent qui souillait le monde vient d'être lancé en enfer ». Victor Hugo, plus méprisant, dira :

Que ma colère en feu reste sur les sommets Et ne descende pas à frapper ce cadavre... Et le noir justicier sur les cimes frappant Laisse vivre le ver et pourrir le serpent (')•

Swinburne excuse ses violences dans un sonnet calme (Apologia) dont le style épigrammatique fait penser à Landor :

If wrath embitter the sweet mouth of song

The wrongdoing is not ours, but ours the wrong

Who hear too long on earth and see to long

The grief that dies not with the groan that dies (2).

Dans les Chants d'avant l'Aube, l'événement n'était que l'occasion de visions lointaines, d'aspirations infinies. L'actualité domine au contraire dans les pièces politiques où le

(1) Après l'Ecroulement de l'homme, « Toute la Lyre, Il ».

(2) « Si la colère rend amère la douce bouche du chant, la faute n'est pas à nous, mais c'est nous qu: souffrons d'entendre et de voir trop longtemps sur la terre le mal qui survit au râle des mourants. »

312 fŒUVRE DE SWINBLRNr.

poète, vieillissant, manifeste son humeur en des élans que modère la forme exacte du sonnet : Bismarck à Canossa, Le Tunnel de la Manche (1882) , Carnot (1894) , Le Verdict (sur l'affaire Dreyfus en 1899) (') .

Il faut distinguer le poète humanitaire, qui appartient à tous les peuples, du citoyen anglais liseur de journaux et prompt à s'enflammer.

Le poète n'abandonne rien de son idéal, qui rayonne avec une sérénité nouvelle dans le drame Marino Faliero. Il continue sa lutte contre le Dieu personnel et les religions positives. Dans ce testament philosophique, Y Autel de Justice (The A Itar of Righteousness 1 904) , il affirme une fois de plus que « à travers les ténèbres, les éclipses de nuages qui passent, luit, disparaît et reluit l'Esprit qu'éclaire l'amour d'une vie meilleure » :

Through the darkness and the splendour of the centuries, loud or dumb. Shines and wanes and shines the spirit, lit with love of life to corne.

11 déplore la folie de l'homme qui, pareil à l'enfant, se fait un dieu à son image et adore « le créateur qu'il créa » :

Made God in his likeness and bowed him to worship the Maker he made.

Il dénonce une dernière fois « ce dieu d'épouvante, ce Cerbère (God Cerberus with throats triune) que ne purent détruire ni Mahomet, ni Calvin, ni Borgia », et salue la délivrance de « l'homme, le véritable crucifié », sortant du sépulcre, où demeure enseveli le faux dieu :

Man crucified rose again from the sepulchre builded to be

No grave for soûls of the man who denied thee, but Lord, to thee.

Dans sa dernière période, il attaque notamment le tsarisme : Ballad of Bulgarie, 1876 (2) : sonnets The White Czar et

(') A Channel passage.

(2) Cj. la brochure en prose, Note on the Moscovite Crusade, 1876, où il proteste contre l'idée d'une croisade contre les Turcs et en faveur des

Rizpah (1878) , à propos de la dernière guerre d'Orient; The Launch oj the Livadia (1880) où il souhaite la mort d'Alexandre II, Dysthanatos et Euonymos (1881) où il célèbre son assassinat ; sonnet sur la persécution des Juifs (*) ; ode sur les prisons (Russia, an Ode, 1890). Il devenait de plus en plus sévère aussi pour l'impérialisme allemand et M. Gosse annonce la publication de certains vers qui prouvent qu'il a prédit le crime de l'Allemagne presque en mourant (2) .

Il reste fidèle à l'idée républicaine, à tous ses premiers héros : sonnet sur Kossuth ( 1 878) , poèmes pour Louis Blanc (3) , pour Mazzini (4) , pour le tyrannicide Orsini (D) , pour Aurelio Saffi (6) , pour Giordano Bruno (7) .

Mais s'il ne renonce pas aux vastes espoirs des Chants d'avant l'Aube, il perd son optimisme, sa foi messianique, s'accoutume aux longs ajournements. Il est curieux qu'il ait cité à Lord Morley la Liberté de Stuart Mill comme son évangile politique (8) .

L'unité italienne s'est faite sans la république et la répu-

Bulgares, qui aurait « Alexandre II pour Godefroid de Bouillon et Carlyle pour Pierre l'Hermite. »

(*) Daté 23 janvier 1882. En voici les derniers vers:

Face loved of îittle children long ago

Head hated of the priests and rulers then,

If thou see this, or hear thèse hounds of thine

Run ravening as the Gadarean swine,

Say, was not this thy Passion, to foreknow

In dealh's worst hour the works of Christian men?

(2) GOSSE, p. 293. Déjà dans les Poèmes posthumes de 1917, nous trouvons un poème sur Karl Blind, daté de 1907 qui contraste la vieille Allemagne de Blind avec celle de Bismarck et de Guillaume II.

(3) Midsummer Holiday.

(4) Studies in Song, Mids. Hol.

(5) Studies in Song, 1880.

(6) Channel passage, 18%.

(7> P. et B.. II. et deux sonnets de YAihenaeum, 1889 (Astrophel) .

(8) Gosse, p. 293.

314 l'œuvre de swinburne

blique dont il saluait l'avènement en France l'a quelque peu déçu ; Swinburne, qui a regardé l'Italie, puis la France, comme « une seconde patrie », s'avise qu'il y a peut-être plus de liberté en Angleterre, bien qu'il ne croie pas celle-ci parfaite et ne cesse point d'aspirer au progrès :

Where the footfall sounds of England, where the smile of England shines Rings the tread and laughs the face of freedom, fair as hope divines Days to be, more brave than ours and lit by lordlier stars for signs. (')

La transition vers ce nouvel esprit se voit dans l'Ode à Athènes (1882), où l'amour de la liberté et de l'Angleterre s'unit au culte d'Athènes : la Grèce est la mère de la civilisation, de la conscience humaine, mais les Anglais, marins et poètes, sont ses héritiers et la victoire sur l'Armada vaut Salamine :

Since the songs of Greece fell silent, none like ours hâve risen Since the sails of Greece fell slack, no ships hâve sailed like ours... (a)

Avec de tels sentiments, Swinburne put s'associer, sans palinodie, par ses poèmes Commonweal et Y Armada, au jubilé national de 1887 :

With just and sacred jubilation Let earth sound answer to the sea For witness, blown on winds as free How England, how her crowning nation Acclaims this jubilee. (3)

Il ne se ralliait pas toutefois à la royauté, comme le fit Carducci, conquis dans sa vieillesse par le charme personnel

(') England, An Ode.

(-) L'Ode à Athènes nous achemine vers l'Ode à l'Armada (1888) qu'il ne faut pas confondre avec V Armada (1887). Les deux odes devaient d'après Swinburne « fixer son rang comme poète lyrique au sens le plus élevé du mot » (Ep. dédie). D'après nous, l'Ode à Armada est inférieure à la première. Sur les poètes anglais égalés aux grecs, cf., Miscellanies (en prose), p. 150.

(*■) The Commonweal.

de la Reine-Mère d'Italie; il n'aspirait pas au titre de Lauréat et s'il rend hommage à Victoria, « reine sans reproche » (a blameless queen) , il ajoute que sa reine et sa mère à lui, c'est la patrie : Th.ee mother, thee our queen... Au moment même, il écrit à sa sœur : « Il paraît que mon ode a plu au Prince de Galles, à la Reine et à son ex-Premier W. E. G. (Gladstone) ; c'est, ma foi, généreux de leur part: je n'ai jamais rien écrit de plus républicain comme ton ni comme esprit ! » (*) . Il donne pour titre à son poème jubilaire le nom de la république de Cromwell, The Commonœeal et proteste, en 1895, contre le refus d'une statue à Cromwell « par un parti de réaction et de désunion » (2) .

Son radicalisme s'affirme dans A Word from the Psalmist (3) où il attaque l'esprit d'accommodement et de compromis. Le rejet du projet d'extension du droit de suffrage en 1884, l'anime, contre les Lords, d'une verve cinglante et prophétique :

Ciear the way, my lords and lackeys ! You hâve had your day Hère you hâve our answer : England's yea instead your nay : Long enough your house has held you : Up, and clear the way ! (*)

Le mépris de l'homme né qui s'intéresse moins aux titres de noblesse qu'aux origines réelles rend cruels ses traits contre les ducs appelés « Leurs Grâces » par la grâce de leurs mères qui ornèrent le lit du roi Charles :

They are worthy to reign on their brothers, To contemn them as clods and as caries Who are Grâces by grâce of such mothers As brightened the bed of king Charles! (s)

(x) Disney Leith, p. 192.

(2) Cromwell's statue, publié dans A Channel Passage.

(3) Mids. Holiday.

(') lbid.

(5) A Word for the country (Mids. Holiday). Du même recueil: le Crépuscule des Lords et I^os Deos Laudamus, Hymne d'un journal conservateur, réponse à une phrase de la Saturday Review qui disait: a qu'il n'est

Seulement, le poète se montra moins sévère quand les Lords s'opposèrent, quelques années plus tard, non plus à la réforme électorale, mais au Home Rule. L'amour de l'Océan dont l'Angleterre est la fille d'élection,

The sea's own heart must needs wax proud To hâve born the world a child like thee,

le souvenir d'un père amiral, sans doute aussi l'influence de Watts-Dunton (*) , tout conspire à produire en Swinburne un patriotisme qui, se détournant de l'Europe, embrasse d'un amour plus ardent les Iles Britanniques et les prolongements que lui font les mers. Le poète se laisse attirer par l'Impérialisme et l'Unionisme combinés.

Non content de chanter la bataille de l'Armada qui délivra l'Europe du papisme, comme Athènes la délivra de l'Asie barbare, il célèbre la gloire de Nelson, dans Trafalgar day (1895) , le Centenaire de la Bataille du Nil (1898) .

En principe, il n'a pas changé d'idéal : la mission de l'Angleterre « le mot d'ordre qu'elle tient de l'Océan » (2) n'est-il pas de répandre la Liberté } Mais tout de même, ce nouveau nationalisme s'accorde mal à ses premières sympathies humanitaires.

Naguère citoyen de l'Europe, voici qu'il brave l'envie, la rancune des nations :

The tribute of rage and of rancour The tribute of slaves to the free To the people whose hope has its anchor Made fast in the sea.

aucun homme, fût-il César ou Périclès, Shakespeare ou Michel-Ange qui, en entrant dans la Chambre des Lords n'en reçût plus d'honneur qu'il n'en pouvait conférer. »

(M Watts-Dunton dédie: « A notre plus grand poète patriote A. C. Swinburne » son Salut Jubilaire aux hommes de la Plus Grande Bretagne (réunion de Spithead en 1897). Voir DOUGLAS. Th. Watts-Dunton, p. 273.

(2) « The watchword of the sea » (Commonweal, str. XIX, XX) .

Il accuse « l'obscure Moscovie, reptile plein de rancoeur » et, non sans perspicacité, « la basse Allemagne aux ruses flagrantes » (*) :

Dark Moscovy, reptile in rancour Base Germany, blatant in guile They wait for thee riding at anchor On waters that whisper and smile.

Il ne manqua plus au nationalisme de Swinburne, pour de- y venir populaire, que de s'appuyer, comme celui de Kipling, sur la religion nationale.

Ce patriotisme jaloux qui ne veut pas qu'un tunnel sous la Manche prive l'Angleterre de « sa ceinture inviolée », qui regarde les îles britanniques comme une trinité sainte :

Three in one, but one in three God, who girt her with the sea Bade our Commonweal to be (2)

le rapproche des conservateurs ; la haine contre Gladstone et jf son parti « de désunion et de dissolution », complète la ressemblance. De là ses poèmes The Commonweal, a Song for Unionists (1886), The Question (1887), ses attaques personnelles contre Parnell (3) et contre « l'apostat », le « bourreau de Gordon », — injures courantes contre Gladstone lors des affaires d'Egypte (4) . S'il réclame encore l'indépendance

(*) Version définitive de Un Mot pour la Marine. (A Word for the Navy dans « A Channel Passage », 1904). Les premières éditions (brochures de 1886 et 18%). sous l'impression des « intrigues françaises en Egypte » portaient :

False France, as a serpent in rancour.

Strong Germany, girded with guile.

L'auteur, surveillant l'horizon politique, supprima l'épithète malveillante pour la France, aggrava l'épithète pour l'Allemagne.

(2) The Union, dans a Astrophel », 1894: The Channel Tunnel, sonnet de

(3) Ballad o/ Truthful Charles, St. James Gazette. 1889.

(4) Apostasy, sans date, publié comme les deux précédents poèmes dans « A Channel Passage ».

de la Crète (*) , il accable la « menteuse Irlande » et regrette en 1889 (2) le poème où il demandait, en 1867, la grâce des Fenians condamnés. On est choqué de voir Swinburne oublier les séculaires injustices commises envers l'Ile-sceur (3) . Il répond : « Se révolter aujourd'hui, sous prétexte d'horreurs commises par Cromwell, c'est comme si la France du Midi se révoltait encore à cause des dragonnades de Louis XIV... tout républicain doit être pour l'unité, contre un parti d'anarchistes et d'intrigants » (4) . Et il compose en 1893 un chant d'Union, qui s'adresse à « tous les Irlandais unionistes et non seulement aux Ulstériens ».

Il put se croire encore du côté de la liberté, contre une minorité oppressive, lorsqu'il prit parti pour les Anglais dans la guerre des Boers. On n'en regrettera pas moins le sonnet Transvaal, du 9 octobre 1899 (5) où, écoutant une foule mal informée, il invective « les loups » qui s'attaquent « à des nourrissons ». Mais s'il s'est trompé dans l'appréciation des faits, nous répétons qu'il ne renia jamais ses principes et que des sonnets éphémères échappés à son humeur impulsive ne sauraient effacer l'inspiration des Chants d'avant l'Aube, témoignage durable de son véritable idéal politique.

(') For Greece and Crète, « Channel Passage ».

(2) Fortnightly Review, février. Voir aussi une lettre en français sur la question irlandaise, dans ie Rappel du 26 mars 1883.

(3) Son poème le plus violent contre l'Irlande est The Ballad of Truthful Charles, publié for prioate circulation par Wise en 1910.

(') Disney Leith, 230, 232, lettres à sa mère.

(5) A Channel Passage : Les autres poèmes sur la guerre des Boers, sur la victoiie (Astraea victrix) et sur la paix (The first of June) corrigent l'impression du premier sonnet.

Page 1